L’urine, un « or jaune » ?

urine

 

Chaque humain produit 38 000 litres d’urine dans sa vie. En vérifiant par calcul, alors cela correspond à 1,35 litres d’urine par homme et par jour pendant 77 ans.
C’est approximativement correct.

L’urine comme application dans la santé et comme source d’énergie ? Cela se discute…

L’urine comme test de grossesse lors de l’antiquité égyptienne ? C’est à partir des années 1970 que l’on a vu apparaître les tests modernes fiables de grossesse.
Dans les années 1960, il existait un test connu sous le nom de test de Friedman (on observait l’ovulation d’une lapine via l’injection d’urine dans l’ovaire de l’animal).
Plus tôt, dans les années 1940 et 1950, c’était le test de Hogben (avec des grenouilles). Ainsi, avant les tests modernes actuels, simples et rapides, les anciens tests entre les années 1940 jusqu’aux années 1970, étaient fiables aussi, mais plus difficiles à réaliser.

Cependant, pour les méthodes plus anciennes, dans l’Egypte antique, il semblerait qu’une femme présumée enceinte devait uriner plusieurs jours de suite sur deux sacs : un premier rempli de blé, le second rempli d’orge. Si les contenus des deux sacs germaient, cela signifiait (en apparence) que la femme était enceinte. On pensait également que ce test permettait de prédire le genre du bébé : si l’orge germait en premier, elle attendait un garçon ;une fille si c’était le blé. Mais ce test antique s’apparente plus à de la croyance qu’à de vraies observations empiriques. Urine ou eau plate, les céréales germent, et la vitesse de germination est variable selon la température et l’hygrométrie du lieu, et selon la qualité des grains des céréales…
Une autre version du test égyptien raconte que la femme supposée enceinte devait uriner sur des tiges de blé ou d’orge avant de vérifier ensuite la croissance de ces tiges…

Actuellement, les tests urinaires de grossesse ont une fiabilité comprise entre 98% et plus de 99%, selon les types de tests.

Selon des chercheurs, l’urine des femmes ménopausées favoriserait l’ovulation ? Qui sont ces chercheurs, justement ? Pourquoi ne pas citer leurs noms afin qu’on vérifie les sources ? Et ces femmes ménopausées, prenaient-elles un traitement médical de traitement de la ménopause ou pas ? Car la progestérone et les oestrogènes en tant que médicaments ça peut faire varier les résultats ! De plus, en l’absence de traitement de la ménopause, je ne vois absolument pas comment l’urine de femmes ménopausées peut favoriser l’ovulation ovarienne, sachant que lors de la ménopause, les ovaires cessent la libération d’ovules. C’est contradictoire.

Cependant, je découvre ce texte, je comprends mieux : « La FSH est une gonadotrophine sécrétée par l’hypophyse qui entraîne le développement folliculaire et la maturation de l’ovocyte dans le cycle ovarien normal. Après la ménopause, la FSH et une autre gonadotrophine hypophysaire, la LH, sont sécrétées en grandes quantités dans l’urine. L’hMG (human menopausal gonadotropin) est une préparation purifiée à partir de l’urine de femmes ménopausées. »  Source : http://www.fiv-geneva.ch/fr/traitements/inducteurs-ovulation.html

Et l’urine de dromadaire comme traitement contre le cancer ? Je suis tombé sur ça : http://www.larecherche.fr/actualite/vie/chameaux-donnent-leurs-anticorps-a-science-01-12-2000-87752  c’est une histoire d’anticorps et de gammaglobulines dans le sang de chameaux. L’article de La Recherche date de l’an 2000. D’autres pages sur Google donnent cependant des infos moins pertinentes en ce qui concerne la pisse de dromadaire.

Puis en ce qui concerne l’urinothérapie, qui consiste à boire l’urine comme si c’était un médicament sain pour la santé, c’est à considérer avec méfiance.
Cette urinothérapie est connue sous le nom d’amaroli, c’est une pratique originaire de l’Inde. Soyons clairs : il n’y a pas de preuves scientifiques d’un effet thérapeutique de cette pratique ! L’urine est composée de déchets minéraux et organiques, il y a même des toxines. Mais les vitamines ? Les vitamines sont assimilées dans l’organisme, et l’urine transporte et rejette des déchets.

Avez-vous déjà conservé occasionnellement de l’urine dans une bouteille ? Dans les heures qui suivent, l’urine se décompose sous l’effet des bactéries, cela devient même un bouillon de culture… De plus, il y a dégagement de sulfure d’hydrogène, qui est un gaz toxique. L’urine c’est nocif pour la santé, cela peut causer une septicémie…
L’urine contient de nombreux poisons, produits naturellement par l’organisme, ou externes, tels que les drogues qui ont été consommées. En effet, uriner a comme rôle l’épuration des déchets du métabolisme cellulaire, et l’épuration des toxiques à élimination rénale. Dans les stations d’épuration pour le traitement des eaux, on y retrouve des traces de nombreux médicaments qui ont été urinés par des personnes qui ont pris ces médicaments.
Vous boiriez l’urine d’un mec qui souffre d’une infection urinaire ou qui est toxicomane ou qui prend des médicaments ou qui a la grippe ou l’Ebola ? Même l’urine d’une personne en bonne santé est composée de toxines, sans oublier que les bactéries décomposent rapidement l’urine et que cela peut vous infliger une péritonite si vous la buvez…

L’usage de l’urinothérapie est capable de risque sanitaire de masse comme cela s’est produit au Cameroun en 2003… Dans ce pays, l’urgence fut telle que le ministère de la Santé a martelé ce message clair : « Compte tenu des risques de toxicité, à court, moyen et long terme liés à l’absorption de l’urine, le ministre de la Santé déconseille la consommation de l’urine et invite ceux qui en font la promotion à y mettre fin sans délai, sous peines de poursuites ». Un spécialiste camerounais explique un exemple : « L’accumulation d’urine dans l’organisme, dans le sang notamment, suite à une insuffisance rénale aiguë, est dangereuse. Si l’on n’intervient pas en faisant une dialyse, c’est la mort qui survient en quelques jours ».

C’est très clair : l’urine n’est absolument pas thérapeutique, bien au contraire.

Qui sont les urinothérapeutes qui font la promotion d’une « médication » risquée ? Ces « urinothérapeutes » conseillent aussi malheureusement à leurs « patients » d’exclure toutes médications et trouvent ainsi beaucoup de leurs fidèles chez les adeptes New Age, du naturel, et des médecines parallèles…

Autant pisser dans un violon…

Ensuite, utiliser l’urine comme source de cellules souches ? Il existe apparemment des cellules souches que l’on peut extraire de l’urine (d’après des travaux d’une équipe chinoise d’un institut de Canton), en me renseignant sur le sujet. Mais pour le professeur Chris Mason, chercheur à l’University College de Londres, l’urine constitue « probablement l’une des pires sources » de cellules souches, avec « très peu de cellules » et une « très faible » possibilité de les reprogrammer en cellules souches.
Certains fantasmes tournent autour de l’urine, présentée comme une panacée, ou comme un nouvel or jaune… Les cellules souches proviennent de la moëlle épinière, à l’origine. L’urine n’est qu’un milieu par lequel les déchets (et quelques cellules isolées) sont éliminés. Ce n’est pas l’urine qui produit des cellules souches.

Ensuite, l’urine comme carburant ? Par sa composition minérale, et salée, l’urine est un électrolyte, comme l’eau de mer, la saumure ou tout autre milieu contenant des minéraux dissouts. Ainsi, certains pratiquent l’électrolyse de l’urine pour extraire de l’hydrogène afin de l’utiliser comme combustible… Mais pour cela, il faut une batterie électrique qui fournit de l’élecricité pour produire cet hydrogène, sans omettre qu’il existe une perte d’énergie par effet Joule… Il est plus fiable d’utiliser directement la batterie électrique pour fournir un travail plutôt que suivre plusieurs étapes de transformations chimiques avec un rendement de 40% ou moins… L’électrolyse de l’urine ou autre électrolyte pour fabriquer des gaz inflammables, c’est contraire à la démarche du développement durable qui vise à réaliser des économies plutôt que des gaspillages… Il se peut qu’on gaspille le double d’énergie par électrolyse plutôt qu’en utilisant directement la batterie électrique.

A propos de l’utilisation de l’urine comme source d’énergie, j’ai déjà eu l’occasion de traiter un sujet similaire dans mon blog : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/30/un-generateur-electrique-fonctionnant-a-lhydrogene-produit-avec-de-lurine/

Ce qui est intéressant de se poser comme question : il faut comparer le bilan énergétique des opérations, dont l’opération de l’électrolyse productrice d’hydrogène, et l’opération qui consiste à utiliser directement la batterie électrique. En comparant, on s’aperçoit que l’ajout d’étapes intermédiaires (extraire l’hydrogène de l’électrolyte) ne fait que faire perdre de l’énergie (car le rendement n’atteint jamais 100%)…

Dans l’image ci-dessus, on peut lire qu’une voiture peut parcourir 400 km avec 5 kg d’hydrogène issus de l’urine de 1250 personnes.

Si chaque personne produit 1,35 litre d’urine en un jour, alors 1250 personnes auront produit 1687,5 L d’urine en un jour. Et comme l’urine contient 95% d’eau, alors 1687,5 L d’urine contiennent 1603 L d’eau (soit 1,6 mètre cube). Et dans ce volume d’eau, il y a 178 kg d’hydrogène et 1425 kg d’oxygène. Ainsi, pour produire 5 kg d’hydrogène, l’on aura électrolysé qu’à peine 3% de l’urine. Mais pour produire l’hydrogène, il faut fournir de l’électricité.

Il faut 571,7 kJ d’énergie pour produire 2 grammes d’hydrogène, si je ne me trompe pas. Mais le rendement est évidemment inférieur à 100%, il faudra sans doute fournir le double d’énergie.
Ainsi, pour produire 5 kg d’hydrogène, il faudra fournir au moins 1,43 GJ, soit plus de 400 kWh, ce qui n’est pas rien ! Mieux vaut connecter directement la batterie électrique à la voiture que produire à perte tout cet hydrogène…

Puis pour parcourir 400 km, cela équivaut à 30 L d’essence environ, soit environ 1 GJ d’énergie, soit environ 280 kWh, ce qui est à peu près dans l’ordre de grandeur des 400 kWh de l’hydrogène.

Je ne perçois pas l’intérêt de gaspiller de l’énergie en faisant une électrolyse avec un rendement de 40% ou moins par rapport à l’utilisation directe de la batterie (dont le but est d’éviter justement la perte électrochimique d’énergie)… C’est plus économique d’utiliser la batterie électrique seule. L’ajout de l’électrolyse ne fait qu’augmenter le gaspillage.

Mais les médias masquent tous ces détails par un enthousiasme exagéré et suspect… Les médias jettent de la poudre aux yeux, le public ne voit que du feu.

Ensuite, on lit que 1 L d’urine alimente un générateur pendant 6 heures. Si cela fonctionne selon le principe de la pile électrique, c’est-à-dire le contraire de l’électrolyse, et avec l’emploi de 2 métaux distincts pour les électrodes (du fer et du zinc par exemple). Le choix de l’urine, car c’est un milieu conducteur. Du vinaigre ou du jus de citron aurait été tout aussi valable. Mais de là à vanter l’urine comme de l’or jaune, ou un El Dorado, c’est abusif.

L’urine, ensuite, comme fertilisant ? En tant que source d’électricité, comme une pile électrique, je ne vois pas comment…
Mais l’urine décomposée par les bactéries, et qui s’enrichit en ions ammonium, c’est une source d’azote pour les plantes : de la vieille urine diluée avec de l’eau, c’est un bon engrais pour la végétation. Il faut diluer l’urine avec de l’eau, car sinon cela brûle les plantes. Les feuilles d’automne en décomposition progressive, ça aussi, c’est un apport naturel (et nécessaire) pour enrichir les sols.

L’enthousiasme et le ton que l’on rencontre dans l’article en image ci-dessus sont quand même troublants et suspects. L’ami de la raison et de la vérité, c’est le doute, pas l’aveuglement de l’enthousiasme…


© 2014 John Philip C. Manson

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