Le triangle des Bermudes

Le site de la radio Europe 1 consacre un article sur le triangle des Bermudes. En substance, Europe 1 affirme que « des chercheurs russes font un parallèle entre l’apparition d’un cratère en Sibérie et le triangle des Bermudes ».

Ces chercheurs avancent une hypothèse géophysique : des émanations de méthane, provoquant, semblerait-il, les accidents si souvent attribués à cette zone mystérieuse.

Mais tout ce qui se raconte depuis des décennies, et actuellement, sur ce fameux triangle des Bermudes, est un ensemble de nombreuses légendes. Selon un rapport du World Wide Fund for Nature en 2013, le triangle des Bermudes ne fait pas partie des 10 endroits les plus dangereux pour la navigation.

Le triangle des Bermudes n’est pas un ensemble de faits, il est l’invention d’un journaliste et écrivain, Vincent Gaddis (1913-1997), un passionné d’énigmes et de mystères. En février 1964, il forgea en couverture du magazine Argosy l’expression « Triangle des Bermudes ». Il popularisa beaucoup de phénomènes paranormaux. Il lança une mode dans le thème du paranormal, avec le triangle qu’il avait dessiné sur une carte.

Beaucoup d’hypothèses, souvent les plus farfelues, ont été avancées pour « expliquer » le triangle des Bermudes : pour expliquer les mystérieuses disparitions, certains auteurs évoquent les extraterrestres, l’influence de l’Atlantide, une distorsion spatio-temporelle ou des champs magnétiques surnaturels tandis que d’autres optent pour des perturbations climatiques, des réactions physiques ou chimiques naturelles liées à l’environnement de ce secteur (par exemple la remontée en surface d’hydrate de méthane) ou encore des défaillances humaines.

Cependant, il faut pourtant souligner que le triangle des Bermudes est une zone géographique dans laquelle les accidents et disparitions ne sont statistiquement pas plus fréquentes qu’ailleurs sur Terre…

En 1975, le bibliothécaire américain Lawrence David Kusche reprit à la source tous les témoignages sur le sujet. Son livre, The Bermuda Triangle Mystery resolved, démontre notamment qu’une grande partie des disparitions ont eu lieu à d’autres endroits que dans le Triangle des Bermudes, et que les ouvrages sur ce thème colportaient surtout des spéculations, sinon des inventions et des mensonges, pour entretenir le prétendu mystère connu

En 1975, le cabinet d’assurances Lloyd’s de Londres indiquait (à raison) que le « Triangle des Bermudes » n’était pas plus dangereux que d’autres routes maritimes internationales. En 2006, les compagnies d’assurances ne jugent pas utile de majorer leurs primes pour les navires ou avions amenés à traverser cette zone.

Le triangle des Bermudes est une légende inventée par un journaliste. Il n’y a donc rien à expliquer autour d’un phénomène qui n’existe significativement pas… Je suis surpris que des chercheurs russes prennent cette légende au sérieux… En effet, pourquoi suivre la piste du méthane alors qu le fameux triangle imaginaire n’est pas sujet à plus d’accidents et disparitions qu’ailleurs ?

Voici un argument qui invalide l’hypothèse du méthane dans le triangle des Bermudes : si le méthane se diffuse dans l’air, et si des avions y circulent, le méthane s’enflamme et les avions explosent. Or, les témoignages ne relèvent pas d’explosions.

Que faut-il penser de tout cela ? Que le journalisme sensationnaliste n’a rien à voir avec le journalisme scientifique.

Autre chose, je relève cette phrase dans leplus.nouvelobs.com : « Igor Yeltsov, directeur adjoint de l’institut Trofimuk de géologie et géophysique, branche sibérienne de l’Académie des sciences russe, n’a pas hésité à faire le lien entre les cratères et le triangle. »

La Sibérie fait partie de la Russie, il n’y a qu’une académie russe des sciences. Pourquoi y aurait-il une branche académique distincte ? En me renseignant via l’université de Lille, je constate que c’est pourtant authentique : Trofimuk Institute of Petroleum Geology and Geophysics of the Siberian Branch of the RAS, Novosibirsk.

Il aurait été logique d’avancer l’hypothèse des hydrates de méthane dans un contexte où le triangle des Bermudes présenterait des accidents plus fréquents qu’ailleurs. Or, ce n’est pas le cas. Et il n’y a guère d’explosions d’avions d’après les témoignages… Pour moi, même si l’hypothèse du méthane est intéressante, elle est inutile : il n’y a statistiquement pas plus d’accidents dans le triangle des Bermudes, car sinon l’hypothèse du méthane vaudrait sur toute la superficie des océans et pas spécifiquement dans le triangle.

 

Drôle d’histoire… C’est comme raconter que c’est un produit d’entretien de couleur bleue qui est la cause d’un tsunami (qui n’existe pas) dans la cuvette des WC…

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© 2014 John Philip C. Manson

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