Les plantes dépolluantes, une mode New Age ?

Ce qui motive la réouverture de ce dossier, ce sont des éléments nouveaux. En effet, j’ai découvert fortuitement un livre axé sur les plantes dépolluantes.

En voici la couverture :

couverturelivre-depolluantes

Tout d’abord, je n’ai absolument rien contre les plantes d’intérieur, je suis même très favorable à leur présence dans une maison. Les plantes apportent de la gaîté, c’est beaucoup plus sympa que dans une chambre d’hôpital…

En revanche, la critique est portée sur des affirmations qui ne semblent pas fondées, il y a des arguments bizarres, des points à corriger, et je vais m’en expliquer.

Je ne conteste pas le talent des deux auteurs à travers leur art, ce sont 1 journaliste et 1 paysagiste d’intérieur. Mais un livre quelconque est fait pour être lu et pour être analysé.

J’ai survolé le contenu du bouquin. Je vais aborder environ 7 détails qui méritent d’être cités.

Le cas du radon :

radon

Oui, le radon est un gaz radioactif, et plus dense que l’air. Il aurait fallu souligner que le radon est produit par les roches granitiques que l’on trouve dans les régions montagneuses comme la Bretagne et le Massif Central. Le radon est nettement plus rare dans les régions sédimentaires comme le Bassin Parisien.

Le radon ne se combine pas avec d’autres éléments chimiques (c’est un gaz inerte), mais peut néanmoins se solubiliser dans l’eau, semble t-il.

 

Le cas des ondes électromagnétiques :

electromagn

 

En ce qui concerne les ondes électromagnétiques, il y a quelque chose qui pose problème ici.

En effet, le spectre compris entre 10 kHz et 300 GHz concerne les ondes radio. Les ondes radio sont bien des ondes électromagnétiques, elles servent pour la transmission TV et pour les postes de radio. Mais les ondes radio ne sont qu’une partie du spectre électromagnétique.

Voici ci-dessous le spectre des ondes électromagnétiques :

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  • Le spectre électromagnétique réunit les ondes radio (qui ont la plus faible énergie), les microondes, les infrarouges (qui sont les rayonnements thermiques), le spectre visible (les couleurs sont dues à des rayonnements électromagnétiques), les rayons ultraviolets (UV), les rayons X et les rayons gamma.

À noter que seuls les rayons ionisants (susceptibles de provoquer des réactions chimiques, des destructions moléculaires) peuvent endommager les tissus vivants et provoquer des cancers. Les rayonnements ionisants concernent les UV, les rayons X et les rayons gamma. Soulignons aussi que les rayons gamma ont une fréquence électromagnétique qui vaut des milliers de milliards de fois celle des ondes radio utilisées en téléphonie mobile.

Les infrarouges peuvent provoquer des brûlures, mais ne sont pas ionisants.

Je ne connais aucune preuve qui démontrerait que les ondes radio puissent avoir des effets délétères observés et connus sur les organismes vivants. Les ondes radio sont très peu énergétiques. La psychose alimentée régulièrement par les médias se rapporte surtout à un quelconque principe de précaution que sur la base de preuves scientifiques. Voir cet article :  https://jpcmanson.wordpress.com/2014/04/29/lelectrosensibilite-une-realite/

Le plus étrange, c’est que certains se plaignent des champs électromagnétiques émis par les appareils électriques, alors que la planète Terre possède un champ magnétique omniprésent et que le rayonnement cosmologique fossile rayonne dans toutes les directions en permanence, et que pour ces phénomènes naturels non-négligeables, personne ne s’en plaint. Étrange, non ?

Bronzer au soleil, même avec une crème solaire protectrice, c’est plus dangereux pour la peau que les ondes radio utilisées toute l’année avec la TV, les ordinateurs et les téléphones. Pour l’OMS, 50 à 90% des cancers de la peau sont imputables aux UV solaires. Les UV peuvent provoquer des cancers cutanés tel que le mélanome, provoquer un vieillissement prématuré de la peau (rides), des brûlures (coup de soleil), des cataractes.

Mais en ce qui concerne les ondes radio, je doute qu’ils soient impliqués dans les troubles endocriniens, neurologiques, vasculaires et immunitaire. Il y a une différence entre la psychose propagées par les forums d’internet et les études scientifiques (fondées sur des preuves concrètes) publiées dans les revues scientifiques à comité de lecture. Le principe de précaution ne fait pourtant pas office de preuve.

 

Le cas de la photosynthèse :

photosynthèse

Le schéma sur la photosynthèse est correct.

 

Sur le cas de la bioépuration :

bioépuration

Par contre, là, le schéma se réfère à des suppositions.

La plante utilise l’oxygène et le CO2 via ses feuilles, tandis que les racines absorbent l’eau et les sels minéraux, la plante peut transpirer de l’eau. Mais on peut douter de l’absorption des polluants, surtout si ces polluants sont très peu solubles dans l’eau et/ou s’ils sont peu biodégradables… Les polluants sont, pour nombre d’entre eux, non métabolisés par les plantes. De plus, l’ammoniac et le formaldéhyde peuvent brûler chimiquement les plantes si leurs feuilles y sont exposées.

Supposons que vous croyez que les plantes peuvent dépolluer la présence de formaldéhyde dans l’air. Il peut exister une toute autre explication au phénomène. Par exemple, on place un aquarium que l’on rempli d’eau (20 à 40 litres, grosso modo), et on met l’aquarium dans une pièce polluée au méthanal. Le méthanal est le formaldéhyde, ces deux noms désignent la même molécule (H2CO). Ce qui est intéressant, c’est que l’on retrouvera du formaldéhyde dans l’eau de l’aquarium au bout d’un temps suffisant. Cela dépollue l’air beaucoup mieux que les plantes seraient supposées le faire… Pourquoi donc ? Parce que le formaldéhyde est très soluble dans l’eau : 400 grammes de formaldéhyde par litre d’eau à 20°C. Plus précisément, le formaldéhyde est environ 40 000 fois plus soluble dans l’eau que le dioxygène de l’air. La solubilité aqueuse peut à elle seule expliquer une prétendue absorption de gaz nocifs. En théorie, plus le gaz nocif est biodégradable et plus il est soluble dans l’eau, plus la dépollution de l’air est efficace. Encore plus efficace pour dépolluer l’air intérieur : on aère la pièce pendant au moins 10 minutes en ouvrant les fenêtres, pour renouveler l’air, tout simplement…

Le monoxyde de carbone se combine t-il à la chlorophylle des plantes ? Chez les animaux, l’intoxication au monoxyde de carbone se fait par l’action du gaz toxique sur l’hémoglobine. Or chez les plantes, en théorie, cela devrait s’appliquer sur la chlorophylle. L’hémoglobine et la chlorophylle sont des molécules chimiquement proches : ce sont des porphyrines (l’une de fer, l’autre de magnésium).

Concernant des polluants comme l’ammoniac, le benzène, le toluène et les phtalates, je doute sérieusement de leur métabolisation par les plantes… Surtout quand ce sont des solvants organiques.

 

Sur le cas de l’absorption des ondes électromagnétiques :

 

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L’absorption des ondes électromagnétiques par les plantes est une énorme blague…

Une plante reconnue par plusieurs chercheurs, dit-on ? Mais qui, justement ?

Les ondes radio traversent la matière, sauf les métaux. Les métaux sont opaques aux ondes radio. Faites une expérience avec des cactus de l’espèce concernée et placez-y un petit poste de radio : si les cactus absorbaient les ondes radio, le poste de radio ne pourrait plus capter ces ondes radio pour retransmettre auditivement le signal reçu… On parie que le récepteur radio fonctionne encore parmi ces cactus. De même si on teste avec un téléphone mobile.

Si on envoie des micro-ondes vers ces cactus, le rayonnement micro-onde accélérera la vitesse moyenne des molécules d’eau contenues dans les cactus, et cette eau s’échauffera. Là, je ne crois pas qu’il s’agit de ça dont les auteurs veuillent faire allusion…

Concernant la lumière visible : tous les objets opaques ont une couleur. Les plantes sont vertes, elles réfléchissent donc la lumière jaune et bleue, mais les plantes vertes absorbent réellement la lumière rouge. Si les plantes vertes n’absorbaient pas la couleur rouge, elles apparaîtraient blanches (si aucune couleur n’est absorbée) ou violettes ou marrons. Et si les plantes absorbaient toutes les couleurs du spectre visible, elles apparaîtraient noires.

En bref, il n’y a pas que les cactus qui absorbent la couleur rouge, mais les autres plantes vertes aussi.

Au cas où certains l’ignoreraient encore : les couleurs que nous voyons, ce sont des ondes électromagnétiques qui se propagent jusqu’à nos yeux.

Contrairement aux Schtroumpfs et aux NaVi (les aliens bleus du film « Avatar« ), si notre peau n’est pas bleue, c’est parce que la peau ne la réfléchit pas, le bleu est donc absorbé. Non, non, calmez-vous, avec les couleurs vous n’êtes pas «irradiés», non non, bien sûr que vous n’allez pas mourir…

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En continuant la lecture du livre, j’ai trouvé des détails sur la prétendue radio-absorption des ondes électromagnétiques :

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La prétendue absorption des ondes électromagnétiques par les plantes (à part le cas de la couleur rouge dont j’ai parlé), est une croyance.

D’ailleurs, les auteurs précisent, en croyant de bonne foi que le phénomène est réel, qu’il est associé à la pratique de la géobiologie.

Or la géobiologie est un sujet que j’ai déjà analysé via mon blog. Voir ici :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/19/remarque-sur-un-site-pro-radiesthesie/

La géobiologie irrationnelle est en lien avec les croyances du New Age qui récupèrent et dénaturent certains aspects de la science en modelant des croyances travesties faussement en science par l’emploi d’un jargon scientifique qui ne sert qu’à masquer l’absence de fondement objectif.

La géobiologie irrationnelle parle même d’ondes qui n’ont rien à voir avec les ondes électromagnétiques : les ondes de forme, et les courants telluriques, ou lignes ley.

Voir ici :

 

Si William Wolverton (NASA) a vraisemblablement testé des plantes pour tester la dépollution de l’air, cela date cependant des années 60 ou 70. À l’époque, les scientifiques essaient de trouver des moyens pour réoxygéner l’air confiné dans les capsules spatiales pilotées par les astronautes. Plus récemment, certains ont suggéré de faire pousser des plantes sur Mars afin de disposer d’oxygène pour maintenir une base spatiale permanente sur la planète rouge. Depuis Wolverton, le thème des plantes dépolluantes c’est devenu surtout un hobby exploité par des croyants dont certains ont des connaissances assez lacunaires en physique et en chimie. Puis à propos de plantes, d’oxygène, d’écologie et de conquête spatiale, j’ai écrit récemment un article assez explicite à propos du projet Biosphère II, vous devriez lire ça : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/12/quand-les-sectes-instrumentalisent-la-science-comme-alibi/

Dépolluer l’air ? Il existe un moyen tout simple : une pompe aspire l’air, l’air passe d’abord à travers un filtre à poussière (comme celui d’une voiture dans le moteur), puis l’air est refoulé dans une cuve où il barbote dans de l’eau présente dans la cuve, le but est que des gaz nocifs soient dissouts dans l’eau, ensuite l’air purifié (partiellement ou complètement) ressort de la cuve pour être renvoyé dans le milieu ambiant. Pour le cas du formaldéhyde : on peut dissoudre jusqu’à 400 grammes de formaldéhyde par litre d’eau à 20°C. Mais un gros problème se pose : que fait-on de l’eau usagée ? On ne peut guère la jeter dans l’environnement. Une solution : l’hydrolyse ou la pyrolyse de la molécule. Peut-être inefficace (voire pire) avec les substances non biodégradables comme les halogénures organiques (comme le PVC, le trichloéthylène, etc).

 

Il faut se garder de l’intrusion du mysticisme New Age dans les domaines qui ne doivent relever que de la science. Parce que l’on sait comment ça commence, mais personne ne sait comment cela finit… Autrefois, au Moyen-Âge, les décisions politiques des rois et des reines s’appuyaient sur les déclarations solennelles des astrologues auxquels les souverains y croyaient dur comme fer… (d’après le documentaire «Secrets d’Histoire» sur Agnès Sorel, vu à la TV le 29 juillet dernier). Il n’y a pas pire comme décisions que celles qui ont été motivées par des dérives irrationnelles.

L’inoculation du mysticisme dans la science (et même dans la politique) est un égarement qui ne fait que nous éloigner du réel…

 

L’absorption électromagnétique par les plantes est-elle prouvée ?

cactus

Dans le livre, seul Wolverton est cité nominativement.

Quant aux chercheurs italiens, allemands, suisses, on ne sait ni qui ils sont, ni quels sont les références des études expérimentales qu’ils auraient réalisées.

  • Puis je souligne qu’il y a une différence méthodologique entre des expériences menées par un organisme de recherche scientifique impartial et les «études» conduites par une association aveuglément partisane…

Un écran d’ordinateur et de TV émet des ondes radio de faible puissance. En aucun cas des corps non métalliques n’interfèrent avec les ondes radio. Les métaux réfléchissent ou dévient les ondes radio, et quand les corps ne sont pas des métaux ils sont traversés sans difficulté par les ondes radio.

Puis en ce qui concernent les rayons X et les rayons gamma, ils peuvent être absorbés par la matière, mais dans un cas assez explicite : plusieurs mètres d’épaisseur de plomb métallique. Autrement, les rayons X et gamma traversent très facilement la matière, de façon pénétrante, et en ionisent les atomes.

Le seul cas où les plantes vertes (et pas seulement les cactus) absorbent des ondes électromagnétiques, c’est le cas de la couleur rouge (c’est pour cela que les plantes apparaissent sous une couleur verte. Dans une chambre dans laquelle on allume une ampoule rouge, comme chez les photographes professionnels qui utilisent la photographie argentique, les plantes habituellement vertes y apparaissent en couleur noire (en fait le noir est l’absence de couleur), le vert étant une combinaison du bleu et du jaune, ces couleurs sont absentes dans une chambre éclairée par une lampe rouge.

En dehors du cas de la couleur rouge, absorbée par les plantes vertes (sauf les pétales rouges des roses rouges), l’absorption des ondes électromagnétiques (en dehors du spectre visible et des UV qui sont eux aussi absorbés par la chlorophylle pour la photosynthèse) par les plantes est une idée très douteuse, sans fondement d’après moi. Je pense que c’est une croyance forgée par une certaine pensée magique inspiré par du mysticisme.

Les plantes dépolluantes ? C’est à prendre avec des pincettes. Nous devrions demander ce qu’en pensent les botanistes, les biologistes, les biochimistes. Car jusqu’à présent, le thème est principalement diffusé par les journalistes, les écologistes partisans, les internautes crédules, avec parfois un peu de mysticisme, c’est-à-dire des personnes qui ne sont pas familières avec la science et qui n’ont même pas objectivement expérimenté elles-mêmes…

  • Dans le lien ci-contre, j’ai le plaisir de voir que des internautes se posent des questions :  http://www.blog.terracites.fr/plantes-depolluantes-miracle-arnaque/
  • En septembre 2011, l’ADEME annonce la remise en cause des plantes dépolluantes :  http://www.actu-environnement.com/ae/news/Ademe-plantes-depolluantes-avis-air-interieur-efficacite-13495.php4   Je m’en doutais que les plantes dépolluantes ne sont qu’un baratin marketing.
  • S’il existe une efficacité avec un substrat complet, cela ne concerne que des concentrations très faibles de polluants, de l’ordre de 1 molécule de gaz polluant pour un million de molécules d’air. Pour des concentrations plus élevées de polluants, ceux-ci sont nocifs pour les plantes.
  • A t-on démontré que les plantes dépolluantes sont un phénomène distinct de la solubilité des gaz ? Ou alors seule la solubilité peut expliquer le phénomène, sans qu’il n’y ait besoin des plantes ? Après tout, un aquarium rempli d’eau ensemencée de bactéries pourrait «purifier» l’air, d’une part par la dissolution des gaz, et la dégradation des gaz par les bactéries.
  • Selon l’Ademe, la priorité reste la prévention et la limitation des sources de pollution accompagnées d’une ventilation ou plus généralement d’une aération des locaux. Ouvrir les fenêtres tous les jours, ne pas bloquer les orifices d’aération, entretenir les chauffe-eaux et chaudières ou réduire l’utilisation de produits chimiques figurent parmi les préconisations de l’Agence en matière d’amélioration de la qualité de l’air intérieur. (En effet, c’est encore plus simple !)
  • UFC – Que choisir : http://www.quechoisir.org/environnement-energie/air/air-interieur/actualite-plantes-depolluantes-inefficaces où l’on lit : «Inutile de céder aux sirènes des publicités des catalogues de jardineries, aux affiches ou aux étiquettes présentes dans les rayons concernant des plantes qui promettent d’améliorer la qualité de l’air intérieur du logement : leur efficacité n’est pas prouvée ! Efficacité nulle en conditions réelles»
  • N’en déplaisent aux best-sellers des jardineries, les plantes dépolluantes brassent de lairhttp://www.terraeco.net/Les-plantes-depolluantes-ne-font,54324.html  L’argument des plantes dépolluantes a fait fleurir le commerce, mais il est plus marketing que scientifique.

 

Ainsi, nous ne devrions pas croire des salades sur les plantes dépolluantes… Mais cela ne doit pas cependant nous dissuader d’installer des plantes à domicile. Ce qui est avéré, c’est que la verdure est une source d’oxygène, et que le CO2 est absorbé pour produire de la cellulose (qui est la structure solide des plantes vertes). Le seul risque avec les plantes d’appartement, ce sont les allergies au pollen…

Moi j’ai toujours rêvé d’avoir des plantes carnivores excitées comme des fauves affamés, afin d’y jeter des gourous par exemple. Aussi bons crus que cuits, qui l’eut crû ?

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© 2014 John Philip C. Manson

 

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