Étude d’un exemple d’équivalent-CO2 (suite)

J’ai reçu aujourd’hui le nouvel annuaire téléphonique (Pages jaunes). À l’intérieur, une rubrique promeut les progrès réalisés en économie de papier en faveur de l’environnement : vrai, les pages sont composées de papier recyclé, l’annuaire est moins large, et il pèse significativement moins lourd qu’auparavant.

 

L’année dernière, l’annuaire de la Poste équivalait à 2,3 kg de CO2. En 2014, il équivaut à 2 kg de CO2.

L’an dernier, j’avais établi la preuve que la combustion d’un annuaire des pages jaunes équivaut à la production de 1,4 kg de CO2. Mais pas 2,3 kg. Je trouvais une différence inexpliquée de 900 grammes.

Cette année, il se passe un truc intéressant, ça va compléter ma petite enquête de chimie quantitative. J’avais pesé l’annuaire l’an dernier, mais j’ai aussi pesé le nouvel annuaire récemment reçu. L’annuaire de 2013 pesait 860 grammes. En 2014, le nouvel annuaire pèse 780 grammes. La pesée prouve que la masse de l’annuaire a baissé de 9,3% depuis l’année dernière. On peut constater qu’à ce niveau, de réels efforts sont entrepris pour réduire les masses de papier, c’est un bienfait. Or cette pesée (via la variation de masse d’une année à l’autre) va se révéler essentielle pour évaluer la crédibilité de ce qu’on appelle l’empreinte carbone.

En bref, on a vu que des efforts réels sont effectués pour le respect de l’environnement. Mais au niveau des calculs en ce qui concerne l’équivalent-CO2, c’est une autre histoire…

En thermodynamique et en chimie quantitative, nous savons que la quantité de dioxyde de carbone qui est émise par combustion est proportionnelle à la masse de papier que l’on aura brûlé. Pour être clair : l’annuaire de cette année est moins lourd, donc il émettra moins de CO2 que l’annuaire de 2013 si l’annuaire de 2014 était brûlé. C’est logique.

En 2013, j’avais montré que la combustion de 860 g de cellulose (soit la masse de l’annuaire de 2013) avec 1019,26 g de dioxygène, cela produit 1401,48 g de CO2 et 477,77 g d’eau.

Dans le cas de l’annuaire de 2014 qui pèse 9,3% de moins que l’annuaire de 2013, on applique un coefficient : on divise par 1,10256 ou bien on multiplie par 0,90698. Ainsi, on fait réagir par combustion 780 g de cellulose avec 924,45 g de dioxygène afin de produire 1271,11 g de CO2 et 433,33 g d’eau.

Or, l’annuaire indique que cette année, en 2014, un annuaire équivaut à 2 kg de CO2. La combustion montre que 780 g d’annuaire libère à peu près 1,27 kg de CO2, pas plus. Ce qui fait une différence massique de 729 g en 2014. Et c’était une différence de 900 g en 2013.

D’où provient cette différence massique inexpliquée ? Le transport des annuaires avec des véhicules motorisés émetteurs en CO2 ? Chaque année, et d’une année à l’autre, je présume que c’est le même nombre d’annuaires qui sont distribués : grosso modo 10 à 20 millions d’annuaires comme estimation approximative, à mon avis. Or comme le nombre d’annuaires distribués reste sensiblement le même, leur transport via les véhicules motorisés (et émetteurs de CO2) reste quantitativement le même. Or de 2013 à 2014, la différence massique est en diminution, elle n’est pas constante. Ou alors, moins d’annuaires sont distribués (-19% apparemment) et des abonnées n’en recevraient pas ?

La question est simple : comment expliquer la différence massique observée entre la combustion chimique de la cellulose et l’équivalent-CO2 ; et comment expliquer la variation de cette différence de 2013 à 2014 ?

 

Pour terminer, à la page 5 de l’annuaire de 2014, et donc à la même page que ce que j’ai dit plus haut, il y est mentionné qu’une lessive réalisée avec une machine à laver équivaut à 850 g de CO2.

Comme on sait qu’un kWh d’électricité équivaut (en France) à environ 90 g de CO2 émis par les centrales à charbon, et si l’on suppose qu’une lessive nécessite une heure de lavage, mon calcul indique que la puissance électrique moyenne de la machine à laver est de l’ordre de 9,4 kilowatts, ce qui est une valeur bien trop élevée pour être crédible…

On est paumé avec le concept d’équivalent-CO2, c’est abscons, évasif, on est dans le flou… Pourquoi ne pas utiliser des unités de mesure plus concrètes et plus accessibles à l’entendement comme le Joule, voire le kilowatt-heure ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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