Travailler protège t-il contre la maladie d’Alzheimer ?

Je cite :

«Selon une étude publiée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le fait de travailler plus longtemps réduirait les risques de contracter la maladie d’Alzheimer. Menée sur plus de 400 000 retraités, cette étude a démontré qu’une année supplémentaire d’activité professionnelle diminuerait de 3% les risques de développer cette maladie. C’est la première fois qu’un lien significatif est établi entre un départ plus tardif en retraite et la diminution des risques d’Alzheimer.»

Une étude statistique sur 400 000 personnes, l’échantillon est quantitativement satisfaisant, c’est déjà ça. Mais je conserve du recul par rapport aux résultats de cette étude.

Est-ce par le fait qu’on travaille plus longtemps qu’il y aurait une prévention contre la maladie d’Alzheimer ? On pourrait cependant considérer l’hypothèse en inversant la causalité : seuls ceux qui conservent leur santé peuvent continuer à travailler, la maladie contraint les gens à arrêter leur activité.

Puis 3% de risques en moins pour une année supplémentaire, c’est assez restreint comme gain.

L’effet que l’annonce a fait sur moi, c’est que certains suggèrent que nous devrions travailler plus longtemps. Il y a une bonne raison pour cela : la population vieillit, il y a de plus en plus de seniors et de moins en moins d’actifs, et il devient de plus en plus difficile de payer les retraites aux retraités. Il est sûr qu’en ce qui me concerne, je ne dois espérer toucher une retraite décente quand cela arrivera, et je pense que je vais devoir continuer mon activité professionnelle au-delà de l’âge de la retraite. Le travail est le seul moyen d’avoir des revenus suffisants. Les seniors retraités, j’en connais nombre qui vivent seuls (divorcés ou veufs) et dans la précarité, le plus souvent avec des problèmes de santé dus à la vieillesse.

L’autre jour, j’avais évoqué mes statistiques sur une ville française de 5000 habitants : dans cette ville, l’âge moyen du décès est de 77 ans (hommes et femmes confondus), ce qui suggère en apparence que nous vivons assez longtemps, mais quand on tient compte de la marge autour de l’âge moyen de décès, j’ai pu observer que le taux de mortalité devient significative à partir de l’âge de 50 ans (cancers, crises cardiaques, AVC, maladies professionnelles, accidents, suicides, etc…). Ce n’est pas très rassurant…

Il y a une forme d’ironie quand on nous incite de travailler plus longtemps. En effet, dites à des ouvriers de travailler plus longtemps dans une usine d’amiante, par exemple… Comme cela augmentera la mortalité par cancer des poumons, c’est sûr que les ouvriers mourront du cancer avant d’avoir eu le temps d’être atteints d’Alzheimer… Continuer à travailler en tant que profession libérale ou comme patron, c’est moins contraignant qu’en tant qu’ouvrier, c’est clair. Vous croyez que des maçons pourront continuer à travailler dans leur métier où les conditions sont pénibles ? Je connais des travailleurs du BTP qui, une fois ayant atteint le cap de la cinquantaine, se plaignent de douleurs chroniques, comme les lumbagos et les douleurs articulaires, c’est fréquent, et cela les rend inaptes à continuer leur travail. Quand ce sont des salariés, ils sont indemnisés quand ils sont en arrêt de travail. Mais des entrepreneurs freelance qui bossent seuls dans certains métiers pénibles, eux ils n’ont pas le statut de salariés, et tout arrêt de leur entreprise est très préjudiciable pour leurs revenus… Voila, c’est ça que je tenais à faire remarquer.

Travailler plus longtemps ? Comme patron en commandant une équipe, ou comme fonctionnaire, sans doute… Pour les métiers pénibles, entendre la suggestion selon laquelle il faudrait prolonger l’activité alors qu’il existe des travailleurs usés et éreintés, c’est se foutre du monde. Puis là en ce moment, en ce mois de juillet 2014, le temps tend à la canicule, il fait plus de 30°C au moment ou j’écris cet article : essayez d’imaginer les conditions de travail des maçons en ce moment, ils en chient, s’ils sont jeunes ça ira à peu près, mais s’ils bossent encore dans des chantiers de maçonnerie à 65 ou 70 ans c’est inhumain pour eux.Voila, quoi.

Je ne conteste pas l’étude de l’INSERM, mais je la trouve assez ironique. Autre chose à faire remarquer, c’est que les seniors qui prolongent leur activité professionnelle, ça ôte les chances des jeunes qui espèrent trouver un travail un jour, car en effet les seniors prennent la place des jeunes… Mais trouver un travail en tant que salarié, ça devient plus rare que de gagner le gros lot à la loterie : il n’y a pas de travail ni pour les jeunes ni pour les aînés.

 

Pour terminer, en ce qui concerne le cerveau humain, mieux vaut continuer à s’en servir et l’entretenir. En effet, le cerveau s’use et perd ses capacités si on ne s’en sert pas. Il faut toujours s’occuper à tout âge, même en prenant la retraite, il faut s’occuper l’esprit. Mais je suis sceptique quand j’entends dire que l’on pourrait prévenir la maladie d’Alzheimer en gardant une vie active… Même avec de la bonne volonté et une bonne hygiène de vie, on ne peut pas empêcher l’apparition des maladies liées à la sénescence.

Autre info : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/retraites-contre-alzheimer-il-faut-travailler-plus-longtemps-17-07-2014-1846844_57.php    D’après ce site, «Cinq ans de travail en plus réduisent le risque de 15 %», ce qui confirme mon calcul du risque d’Alzheimer.

Je définis le risque maximum d’Alzheimer à 1, valeur du risque dans le cas où l’on prend immédiatement la retraite sans continuer à travailler.

Voici l’équation d’évaluation du risque, d’après mes calculs, à partir des données :      y(x) =  1 – (0,97)^x   

Avec x = le nombre d’années supplémentaires de travail, et y(x) le degré de risque d’Alzheimer), égal à 1 en l’absence d’années de travail en plus, et inférieur à 1 pour x supérieur à 0.

Avec 5 ans supplémentaires, on a environ 15% de risques en moins d’avoir la maladie. Mon calcul indique qu’avec 10 ans de travail en plus, ça réduirait le risque de 26%.

Mais la quantification du risque a ses limites. Dix ans de travail supplémentaire, ça correspond à prendre sa retraite à 72 ans au lieu de 62 ans. Plus on ajoute des années de travail, moins c’est crédible de prétendre qu’on amoindrit le risque d’Alzheimer, car lorsque l’on s’approche de l’âge critique moyen de décès (espérance de vie), les individus finissent par mourir (qu’ils soient retraités ou encore au travail). De plus, si on choisit d’être optimiste, alors si on fait 15 ans de travail en plus, on réduirait le risque d’Alzheimer de 37% environ, ce n’est qu’un bénéfice assez partiel, le reste de la population n’est pas épargné par la maladie, et le pire c’est que 15 ans de travail en plus c’est avoir atteint l’âge moyen de décès (77 ou 78 ans)… N’aurait-on pas de meilleurs résultats avec l’effet placebo ?

 

Je pense qu’on devrait mettre au point un médicament (ou même plusieurs) pour traiter la maladie d’Alzheimer, c’est le meilleur moyen de combattre cette terrible maladie. Le travail comme thérapie ? Pfff, n’importe quoi…

Je ne suis pas le seul à douter de l’annonce de l’INSERM, comme l’indique ces exemples de témoignages ci-dessous :

lepoint

Moi-même j’avais un grand-oncle qui a bossé toute sa vie comme entrepreneur en maçonnerie, cela ne l’a pas empêché de mourir de la maladie d’Alzheimer, malgré qu’il ait été longtemps actif. Mon grand-père maternel, lui, qui a pris sa retraite à 60 ans il y a déjà longtemps, n’a pas Alzheimer, et il est toujours vivant (je prévois le champagne s’il devient centenaire).

Le travail c’est la santé, prendre sa retraite c’est la conserver !

J’ajouterai même que le travail rend cinglé, surtout quand les entrepreneurs se demandent quotidiennement comment ils vont s’en sortir quand on voit comment ils sont écrasés de charges… On devrait comparer la durée du travail et le taux de suicide, pour voir si c’est lié. Chiche ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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