QI, population et effet Flynn

Il y a quelque chose qui me chiffonne…

Voici le paragraphe qui déclenche mon scepticisme.

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Le QI de la population augmenterait-il de 3 points tous les 10 ans ?

Il existe un contre-sens. En effet, la construction des tests de QI est empirique : aucune théorie complète ne la sous-tend. La moyenne du QI standard est fixée à 100. Cette moyenne est invariable puisque la moyenne des QI individuels reste égale à 100 par calibrage des tests de QI. Parler de variation du QI de la population n’a donc aucun sens vis à vis de la définition du concept de QI… L’étalonnage fixe par construction la moyenne de 100, l’écart type et la distribution a priori associée à ces contraintes dans la méthode bayésienne (c’est-à-dire la seule n’introduisant pas d’information ajoutée) se trouve être la courbe de Gauss. C’est donc sur elle qu’on étalonne le test. Tous les tests fixent la moyenne à 100. L’écart-type est le plus souvent fixé à 15 (on parle alors de QI Standard), parfois à 16 ou même à 24 (Cattell).

On évalue le QI d’une personne par rapport à une moyenne. Mais parler de variation QI de la population contredit la notion même de la moyenne.

Non seulement l’effet Flynn contredit la définition du QI qui se base sur une moyenne toujours fixée à 100, mais non seulement le QI varie d’une personne à l’autre mais le QI d’un seul individu varie d’un test à l’autre. J’ai moi-même démontré que 9 tests de QI présentent des résultats discordants, le QI varie entre 103 et 143 pour mon cas sur ces 9 tests, et la moyenne de mon QI sur ces 9 tests est de 126 avec une incertitude de plus ou moins 11 points. Un QI individuel n’est donc pas exact selon un nombre précis, il présente lui-même une marge d’incertitude. https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/   L’effet Flynn prend-il en compte cette marge d’incertitude pour les QI individuels ?

Pour reprendre la question suivante : «Le QI de la population augmenterait-il de 3 points tous les 10 ans ? », je dis que cela n’est pas crédible. Les hommes et les femmes qui nous ont précédés n’étaient pas idiots, surtout des personnages remarquables comme Ératosthène, Hipparque, Thalès et d’autres qui étaient vraisemblablement plus intelligents que mes contemporains endoctrinés par les pseudo-sciences et les sectes…

Certains penseront sans doute que j’exagère. J’ai de bonnes raisons de penser que le niveau a baissé décennie après décennie. Pour compléter le présent article, je vous propose une expérience, et vous obtiendrez peut-être les mêmes résultats. Est-ce qu’autrefois, il y a environ un siècle, les jeunes écoliers étaient moins intelligents que ceux de maintenant ? Pour vérifier un truc, je propose un petit exercice qui a été utilisé lors du certificat d’études primaires de l’année 1920 (destiné à des candidats âgés d’environ 12 à 14 ans). Voici l’énoncé, il est assez court et simple : «On fait un mélange de 84 L de vin avec 16 L d’eau. Que faut-il ajouter de vin pour que 75 L du nouveau mélange ne contienne que 4 L d’eau ?». Notre expérience avec cet exercice consiste à proposer à des jeunes du même âge que ceux qui passèrent l’examen à résoudre cet exercice. On peut même proposer l’exercice à des jeunes plus âgés (des lycéens de Terminale S, pourquoi pas ?), voire même des chefs d’entreprise aussi. La correction des copies vous révélera des surprises…

«Euh, c’est cela ouiii, c’est un test, le test IKUL…»

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Alors, le QI de la population augmenterait-il avec le temps ? J’en doute… Autrefois, les fautes d’orthographe étaient moins fréquentes, et les jeunes gens savaient compter et surtout réfléchir. C’est une observation. Avec la polémique concernant l’épreuve de mathématiques du Bac S de 2014, qui m’a complètement sidéré, d’ailleurs, j’ai la preuve que le sujet de maths n’était pas insoluble, alors que j’étais un lycéen moyen (filière F6) j’ai pu trouver les solutions : https://jpcmanson.wordpress.com/2014/06/20/la-session-2014-de-lepreuve-de-maths-du-bac-un-carnage/  Ce n’est pas l’intelligence qui manque à la plupart des contemporains, mais le courage et la motivation… La question que je me pose : est-ce que les jeunes sont suffisamment évalués pour remédier efficacement à leurs difficultés ? Non, apparemment. Mais pourquoi ? Puis je reste dans l’incompréhension devant ce paradoxe : des lycéens échouent aux maths du Bac S parce qu’ils n’ont pas le niveau, et pourtant le score de réussite au Bac cette année atteint un nouveau record, avec 87,9% de réussite…

Autrefois, c’était les meilleurs élèves qui passaient leur certif d’études primaires, ainsi ils étaient motivés et avaient un bon niveau par rapport à la moyenne. En ce qui concerne le Bac, son accès s’est démocratisé : entre 1962 et 1974, le nombre de bacheliers a été multiplié par 2,3. Et à partir de 1985, ça s’est accéléré : +5% par an.

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Pourquoi le taux de réussite au Bac a t-il gonflé à partir de 1984 ? Et pourquoi était-il stable pendant les années 1970 et jusqu’en 1984 ? Est-ce que les efforts des élèves ont progressé, ou alors leur a t-on facilité leur réussite ? Voila un questionnement plus concret et plus direct que l’effet Flynn.

En 1995, une évaluation entre des copies d’élèves du certificat d’études de 1925 et des élèves de même niveau scolaire de 1995 à qui on a fait passer les mêmes épreuves, montre que les élèves de 1995 sont globalement moins performants en orthographe et en calcul. Il faudrait que je retrouve cette évaluation pour en examiner les détails. Quelques minutes plus tard, j’ai réussi à mettre la main sur cette évaluation, la voici : http://web.archive.org/web/20090214012945/http://membres.lycos.fr/reconstrlecole/Lois/certif2095.html  C’est intéressant. Je cite : «Les élèves d’aujourd’hui (1995) ont commis, en moyenne, sur les dictées proposées, environ 2,5 fois plus de fautes que ceux des années vingt […]. La baisse est plus prononcée pour les garçons que pour les filles. Depuis un siècle, les compétences orthographiques des élèves ont donc d’abord crû puis décru, le niveau moyen d’aujourd’hui étant inférieur à celui des années vingt, mais supérieur à celui qui prévalait au début de la IIIe République. L’analyse de la répartition des types de fautes commises montre que les élèves d’aujourd’hui font proportionnellement deux fois moins de fautes de langue et de signes orthographiques que ceux des années vingt». Mais aussi : «Mathématiques : L’évaluation permet de distinguer la réussite au problème et les compétences calculatoires des élèves.
La comparaison sur l’ensemble des générations montre que les élèves des années vingt étaient plus nombreux à réussir complètement le problème proposé au certificat d’études de l’époque que ceux d’aujourd’hui (1995).».

J’ai trouvé ça plutôt intéressant. Mais je précise un truc : évaluer des élèves c’est pour les aider, pas pour les sanctionner. Pour certains, l’évaluation du niveau des élèves est tabou…

Que certains prétendent que l’effet Flynn signifierait une augmentation de l’intelligence, ça me fait rire. L’effet Flynn est un phénomène apparent, il ne traduit pas une réalité intrinsèque (les petits mogwaïs se transforment en vilains gremlins, par exemple). La mesurabilité de l’intelligence humaine est un fantasme occidental parfois excessivement porté aux nues…

Pour en revenir à l’effet Flynn observé : des tests d’intelligence qui donnaient des résultats moyens de 100 points dans les années 60 donnent aujourd’hui des résultats de 120. C’est normal, puisque les tests de QI ne sont pas fixes, ils sont calibrés de façon à avoir toujours une moyenne de 100.

Mais un QI individuel est-il fixe ? Non. Passez une dizaine de tests de QI : vous verrez qu’ils ne donnent pas du tout le même résultat. Dans mon cas, un test m’attribue un QI de 103, un autre m’attribue 143. Je pense qu’un QI d’une personne pourrait être défini avec une moyenne sur un certain nombre de tests indépendants. Comme le QI est déjà assez variable pour une seule personne d’un test à l’autre, est-ce que l’effet Flynn pourrait éventuellement présenter une marge d’incertitude ? Pour un QI individuel, la marge atteint environ 22 points de QI, c’est-à-dire qu’un individu ayant un QI moyen de 126, l’incertitude est de 22 points autour de cette moyenne, on aura donc un QI moyen de 126 plus ou moins 11 points. Ainsi si un QI d’une population restreinte varie de 20 points en plus de 50 ans, ne serait-ce pas lié à une marge d’incertitude ou un biais statistique ? Voila ce que j’essaie d’expliquer.

Je pense que si on s’amusait à compliquer artificiellement les tests de QI, les gens testés seront très motivés pour améliorer leur score au plus vite (parce que les gens ont un égo et une fierté). C’est parce que les gens veulent avoir un bon score qu’ils apprennent à améliorer leurs scores, d’où un recalibrage régulier de la moyenne pour les tests. L’effet Flynn s’auto-entretient : plus on complique les tests, mieux les testés veulent y réussir et réussiront. Les tests de QI sont à la mode, d’autant plus que l’égo des gens est démesuré. Si un jour les tests de QI devenaient impopulaires, ou si les gens manquent de confiance en eux, ou si les intellectuels leur paraissent ringards, les gens ne seraient plus motivés à s’améliorer eux-mêmes en multipliant les tests, et l’effet Flynn s’inverserait.

Les tests de QI ne mesurent pas l’intelligence, ces tests ne servent qu’à mesurer la capacité à réussir des tests de QI. C’est tautologique.

Puis voici un argument présentant la preuve qu’il existe une contradiction dans les publications : vous êtes plus intelligents que vos parents d’après la revue Science & vie Junior n° 279 (décembre 2012), mais cela contredit le magazine Science & Vie qui publie dans son numéro 1135 du mois d’avril 2012 un dossier sur l’intelligence humaine, laquelle serait en stagnation, voire en régression, avec en titre : l’intelligence humaine en panne ; l’article pose la question suivante : l’intelligence a cessé de progresser ; aurait-elle atteint ses limites ?

Si on fait passer des tests de QI à nos aînés et aux jeunes, qu’est-ce qui pourrait expliquer que les jeunes aient des scores plus élevés ? La vieillesse altère les performances intellectuelles. Les jeunes suivent des études, tandis que les seniors ont commencé à travailler assez jeunes dès l’âge de 14 ans. Voila des arguments qui démentent l’idée que les jeunes seraient plus intelligents que les anciens.

Il est malsain de tenter de classer les êtres humains selon leurs différences entre eux, sous peine de créer et entretenir des préjugés et des idées reçues.

Le concept de QI est seulement un indicateur, il a ses limites, il n’est pas un outil à finalité scientifique dans le sens rigoureux du terme. Déjà que personne n’a donné une satisfaisante définition objective et complète de ce qu’on appelle l’intelligence… L’intelligence est-elle le contraire de la connerie ?… Ou vice versa… Ou les deux… Enfin, je ne sais plus trop…

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© 2014 John Philip C. Manson

 

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