Être bon en maths et en lecture, dans les gènes ?…

Ce matin, je découvre ces articles sur le même sujet :

 

En titre sur l’article de LCI : «Être bon en maths ou en lecture, ça va souvent de pair et c’est dans les gênes». Dans les gènes plutôt (cette faute me gêne).  😉

Mais voila, cette soi-disant étude me laisse sceptique. Tenter d’expliquer les difficultés scolaires par la génétique, c’est s’inventer des excuses.

Que dit l’étude ? L’étude britannique raconte qu’entre 10% à 50% des gènes liés à la maîtrise de la lecture chez l’enfant interviennent aussi dans la compétence en mathématiques. Cela présente une bien grande marge…

Je cite : «« L’étude ne pointe pas de gènes spécifiques liés à l’alphabétisation et au calcul », explique Robert Plomin. « Elle suggère plutôt que l’influence génétique sur des caractéristiques complexes, comme les capacités d’apprentissage, ou des troubles fréquents, comme la dyslexie, relève d’une multitude de gènes ayant chacun un tout petit effet », poursuit-il.»

Cela reste très vague si les chercheurs ont tenté de prouver une influence génétique. Suggérer n’est pas prouver.

La génétique n’explique pas tout. L’environnement socioculturel a un rôle prédominant dans l’apprentissage. J’ai grandi entouré de livres, je les ai lus, je pratique la lecture depuis tout petit. Je suis fermement convaincu que si j’avais grandi sans les livres, je serais nettement moins apte à la lecture, voire même aussi l’écriture. C’est une question de volonté et d’habitude. Concernant l’aptitude au calcul : c’est en faisant régulièrement des maths qu’on devient mathématicien… Dixit le proverbe : «C’est en forgeant qu’on devient forgeron».

La plasticité naturelle du cerveau permet à celui-ci de s’adapter à tout nouvel environnement. Les êtres humains ont en commun les gènes spécifiques pour le langage, et tout ce qui y est lié (lecture, écriture, calcul, raisonnement…) est dû à la pratique seule, dans une démarche volontaire.

À tout miser sur la génétique, on finira peut-être par entendre que si les lycéens n’ont pas réussi l’épreuve de maths au Bac S de 2014, c’est parce que c’est génétique… Que cela est une maladie, et que leur échec n’est pas causé par un manque de travail ou d’assiduité… C’est un peu trop facile et gonflé, quand même, de trouver des excuses…

Quiconque fait des efforts réussit. Je suis né gaucher. Je peux lire à l’envers, écrire à l’envers, comme dans un miroir. Dans l’autre sens aussi, heureusement. J’ai entendu dire qu’il y a des dyslexiques chez les gauchers. Autrefois je ne sais pas si les dyslexiques étaient dépistés. Nous connaissons tous des troubles à l’apprentissage quand on débute : on fait de gros gribouillis, des dessins très approximatifs, mais à force de pratique on progresse. À mes débuts à l’école primaire, j’avais une écriture épouvantable, énorme. Comme tout le monde. Au collège, j’écrivais encore quelques fautes d’orthographe. J’ai pris peu à peu le sens de la précision, de la concision, en prenant habitude. Autrefois je ne savais pas tourner les phrases, dans l’expression écrite. Je l’ai appris avec le temps. Ma surdité ne m’a pas empêché de suivre des études supérieures, mais ça n’a pas été facile, gérer cela est plus dur que tout étudiant qui n’a pas ce problème. Même quand la vie n’a pas été favorable, il faut aller de l’avant, il faut continuer à avancer. Et on n’a pas le choix, sinon on se laisserait aller.

Si l’on trouvait pour tout problème d’apprentissage une excuse bidon ou une excuse de bonne foi, sans que le moyen ne soit basé forcément sur des preuves scientifiques convaincantes, cela n’inciterait plus les jeunes à apprendre à travailler, à faire des efforts, à prendre confiance en eux. Ce serait malhonnête et contre-productif… Ce ne serait pas rendre service aux jeunes. C’est gâcher des talents futurs que la négligence de responsables aura sacrifié.

Ah, au fait, si vos parents possédaient une bibliothèque et que cela vous a incité à lire dès votre plus tendre jeunesse, remerciez-les…

 

Autour du sujet :

Détail important à propos de la plupart des auteurs que je cite : Ce n’est pas parce que je partage un lien du web afin d’appuyer mes arguments que cela signifie que je suis d’accord avec tous les points de vue des auteurs que je cite ; je ne cite que les avis que je trouve les plus pertinents. Par exemple, j’avais récemment donné deux citations de H. L. Mencken dans l’index de mon blog, et connaissant que Mencken avait cependant aussi des préjugés non les plus nobles, je fais savoir que je ne cautionne absolument pas ceux-ci. Les êtres humains ont des atouts et des torts, c’est ainsi. Et j’ai tenu à préciser ceci, au cas où l’on penserait que je cite éventuellement des auteurs conservateurs, libéraux ou autres, si cela arrivait. Par exemple, ce n’est pas parce qu’un étudiant en philosophie s’intéresse aux textes philosophiques de Martin Heidegger (auteur connu pour son antisémitisme) que cela signifie qu’un étudiant adhère automatiquement à ses préjugés ineptes. On ne peut donc ni tout généraliser, ni tout mélanger.

 

 

  • « Qui sait lire et écrire a quatre yeux. »   (proverbe albanais)
  • « Celui qui hésite, regrette. »  (proverbe albanais)

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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