SVJ

La vulgarisation scientifique, selon moi, est un domaine de première importance dans l’éducation, juste après les fondamentaux que sont l’écriture, la lecture, la culture générale et le calcul. Je suis cependant inquiet de l’évolution des moyens ouvrés pour faire de la vulgarisation scientifique. J’avais déjà expliqué pourquoi, dans ce blog, à travers plusieurs articles.

L’autre jour, j’ai procédé à un examen des titres des couvertures mensuelles du magazine S&V. Mais la vulgarisation de la science pour un public plus jeune ce n’est guère plus rassurant avec SVJ, l’équivalent de S&V, pour les juniors. Je vais expliquer pourquoi.

En examinant l’index du site de SVJ, on découvre quelques pages de couvertures du magazine de vulgarisation scientifique pour la jeunesse.

  • SVJ 292 :  «Huit inventions folles de la science-fiction»: pourquoi ne pas évoquer les inventions scientifiques qui sont des réalités, elles ?
  • SVJ 293«Où se cache la matière noire ? La plus grande énigme de l’univers.» Bien, c’est de la cosmologie et de l’astrophysique. Mais pour que la matière noire se cache quelque part, il faut que celle-ci existe. À ce jour, la matière noire est une hypothèse scientifique. On n’en a pas de preuves convaincantes pour le moment. Et si l’hypothèse de la matière noire (présentée à tort par certains comme une certitude et une découverte) était une sorte de rustine pour sauver une théorie de la crevaison ?…
  • SVJ 294 :  «À quoi pensent les animaux ?». Peut-on réellement se mettre à la place des animaux ? Notre anthropocentrisme limite beaucoup notre compréhension de la conscience des animaux d’une espèce à l’autre.
  • SVJ 295 :  «Les superpouvoirs de l’ADN». Nous sommes des humains ordinaires, avec un ADN normal. Nous ne sommes pas des superhéros. Cela ne sert à rien de théâtraliser la science en essayant d’en faire plus que ce qu’il n’en faut. Les superpouvoirs, c’est une expression pompeuse, ça fait référence aux mythes et à l’imaginaire. Les mécanismes de l’ADN sont naturels, nul besoin d’y ajouter une subjectivité que l’on pourrait qualifier de mystique.
  • SVJ 297 (juin 2014) :  «Le mensonge, comment le détecter.»  Je ne sais pas si SVJ présente un avis critique sur les détecteurs de mensonge. Depuis son origine, la fiabilité des détecteurs de mensonge a été vivement critiquée. Des individus entraînés peuvent tromper le détecteur en contrôlant leurs émotions, tandis que la fiabilité de détecter les mensonges n’est pas absolue : dans 5% des cas (au minimum, sinon pire) on risque d’accuser à tort des innocents. Cependant, en France et en Belgique, les détecteurs de mensonge n’ont pas valeur de preuve devant les tribunaux, heureusement. «On a vu le Big Bang» : faux, on a vu une image (via la mission WMAP) datée de 380 000 ans environ après le Big Bang, on ne verra jamais le Big Bang car les photons ne se dissocièrent de la matière que 380 000 ans après le Big Bang.
  • Un « hors série » de SVJ est consacré aux loups garous, aux zombies et aux vampires. À ce niveau, c’est de la science-fiction ou de la heroic fantasy, c’est-à-dire des genres littéraires, très populaires au cinéma (il m’arrive de regarder ces genres de films pour me distraire, mais tout cela n’a rien à voir avec de la science ni de la vulgarisation scientifique). Ou au mieux une analyse sociologique des croyances qui hantent les humains.

 

Dans l’index du site de SVJ on y voit même un sondage relatif aux superpouvoirs :

superpowers

Moi, j’aurais personnellement préféré exprimer le choix d’être assez intelligent sans être trop con non plus.

iconlol

Mais voyez ici ce sondage demandant un avis sur les superpouvoirs : ça parle de télékinésie, de télépathie…

De la science ? Euh ?!… Pas étonnant que le public marche à fond dans les parasciences et autres croyances. Le rôle de la vulgarisation scientifique est de susciter des vocations, un intérêt pour les sciences, avec des moyens pertinents, ludiques aussi si on veut, mais dans la rigueur avec laquelle l’on doit dire ce qu’est la science, et dire ce qui ne relève pas de la méthode scientifique. Il faudrait par exemple inciter à réaliser des expériences scientifiques (contrôlées par un adulte si cela est une éducation donnée à des enfants). Depuis les débuts de l’essor moderne des sciences, du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours, je fais remarquer que l’expérimentation est remplacée peu à peu par des « connaissances » livresques. On lit des livres, on n’expérimente pas par soi-même, le plus souvent. C’est préoccupant. Des livres peuvent contenir des erreurs, on peut croire des erreurs par accident, ou par négligence, ou en prenant de mauvaises habitudes. Et de nos jours, la vulgarisation ressemble plus à de l’imaginaire collectif, une scénarisation de la science plutôt qu’à des faits qui sont observés, discutés, expérimentés, avec des hypothèses passées au peigne fin (par l’esprit critique) afin de tenter de les réfuter quand elles sont intrinsèquement fausses. Se remémorer des livres n’est pas savoir. La connaissance scientifique du monde ne vient que de l’expérimentation. Voila ce que j’en pense, quoi…

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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