Sur la transition énergétique en France

 

 

Je cite :   «Les enjeux sont de taille : il s’agit de modifier les grands équilibres énergétiques, en réduisant la part du nucléaire à 50% de la production d’électricité en 2025 contre 75% aujourd’hui, et de diminuer la dépendance aux énergies fossiles, en rendant le pays plus sobre et en développant les énergies renouvelables. Le projet de loi, qui fera l’objet d’une communication mercredi en Conseil des ministres, comprend 80 articles, dont une série de grands objectifs : réduction de la consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à 2012, de la consommation des énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à 2012, ou encore une part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie de 32% en 2030.»

 

En réduisant la part du nucléaire en passant de 75% (d’après RTE2012) à 50%, il existe plusieurs choix différents entre eux :

  • On réduit le nombre de centrales nucléaires et on compense cette perte par les énergies renouvelables :  il va falloir trouver comment produire 134,2 TWh (sachant que 1 TWh = 1 milliard de kWh) avec les éoliennes et les panneaux solaires. Mais cela va alourdir le prix de l’électricité du fait du coût élevé de la filière photovoltaïque et celle de l’éolien, et du fait du coût du démantèlement des centrales nucléaires… Dans ce choix n°1, il faut trouver en énergies renouvelables de quoi remplacer l’équivalent de 4 à 5 centrales nucléaires (l’équivalent moyen de 15,3 gigawatts).
  • On augmente la part d’énergies renouvelables sans réduire le nucléaire :  dans ce cas, pour que la part du nucléaire passe de 75% à 50%, la production totale d’électricité augmente de 49,6% du fait de l’augmentation de la part des énergies renouvelables tout en conservant les centrales nucléaires. Ce choix n°2 est mauvais si l’on compte faire des économies électriques, sachant que ce cas particulier fait passer la part de ce qui n’est pas nucléaire (donc les énergies thermiques, renouvelables, fossiles…) de 136,5 TWh à 404,9 TWh, la différence étant de 268,4 TWh, soit une production surnuméraire de 30,6 GW, soit l’équivalent moyen de 9 centrales nucléaires.
  • On réduit le nombre de centrales nucléaires sans remplacer par des énergies renouvelables dans l’immédiat :  il faudra assumer une perte de production de 268,4 TWh, c’est-à-dire une baisse de production électrique totale de 49,6%, qui équivaut à perdre 9 centrales nucléaires sur les 19 que nous possédons. À part l’économie d’électricité réalisable réellement en débranchant les appareils électriques non utilisés, on ne peut cependant pas réduire la consommation d’électricité quand on en a vraiment besoin (on ne va pas rationner ni même interdire l’accès des dialysés à l’électricité dans les hôpitaux, par exemple).

 

Oui, je le dis, on ne peut pas recourir indéfiniment à l’énergie nucléaire : même si j’ai raconté la grande efficacité du nucléaire par rapport aux autres moyens énergétiques, la liste des inconvénients doit cependant être évoquée. L’uranium présent dans l’écorce terrestre n’est pas éternel, l’extraction minière de l’uranium en Afrique où les contextes géopolitiques peuvent soudain varier c’est aussi une contrainte, sans oublier les conditions de travail pour les mineurs de fond (ils ont un équipement adapté de protection ?), et sans oublier non plus les risques liés au nucléaire : directs (Tchernobyl), ou indirects (Fukushima, à cause d’un tsunami). Sans omettre non plus le problème des déchets nucléaires qui s’accumulent…

Il faut donc un changement, c’est inévitable, mais cette transition doit demeurer raisonnable, rationnelle, et compatible avec les moyens économiques disponibles. Si les coûts baisseront à l’avenir, tant mieux, je souhaite que cela réussisse. Mais si cela bascule dans un gouffre financier, ce sera franchement la catastrophe…

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

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