Une météorite qui frôle un parachutiste ?

Un parachutiste aurait filmé la chute d’une météorite qui l’aurait frôlé.

 

Quelques détails m’intriguent et me laissent sceptique :

  • La vitesse faible de la météorite présumée (300 km/h) par rapport à la vitesse habituelle des objets célestes (plusieurs km par seconde).
  • L’absence d’incandescence typique du phénomène connu sous le nom «d’étoile filante».
  • La probabilité pour qu’une météorite et un parachutiste soit sensiblement dans un même endroit et quasiment en même temps…

 

Selon moi, la vitesse astronomique d’un corps solide pénétrant une atmosphère dense est bien trop élevée par rapport au freinage assuré par la résistance de l’air. Cependant, après renseignement, les petits corps ralentissent beaucoup tandis que les corps plus massifs (plusieurs tonnes) sont bien moins ralentis.

Je cite l’article «Météorite» sur Wikipedia :

«Le météoroïde pénètre dans l’atmosphère à une vitesse qui varie de 11 à 72 km/s. La traînée atmosphérique provoque sa décélération jusqu’au « retardation point » (point de ralentissement correspondant au maximum de la décélération et qui a lieu le plus souvent à une altitude de 20 km) à partir duquel le météore s’éteint et le météoroïde réaccélère sous l’influence de la gravitation. Accélération et décélération s’équilibrent progressivement, il atteint sa vitesse finale, généralement de 90 à 180 m/s, lors de son impact. Les météoroïdes de plusieurs tonnes sont moins ralentis, conservent une partie de leur vitesse initiale et ont une vitesse à l’impact bien plus élevée

À condition que Wikipedia dise vrai, évidemment…

Soyons optimistes, l’hypothèse de la décélération est donc retenue.

Mais qu’en est-il pour les autres détails ?

À 150 ou 300 km/h, la météorite n’est plus incandescente, certes.

Un corps solide de 5 kg qui chute à 300 km/h aurait été mortel s’il avait percuté le parachutiste… Mais quelle en est la probabilité ?

Sachant qu’environ 100 tonnes de météorites de tailles diverses tombent chaque jour sur Terre, alors on peut dire qu’en moyenne il y a une chute de 5 kg de cailloux toutes les 4,3 secondes. Et 100 tonnes par jour, ça équivaut, pour simplifier, à 20 000 météorites de 5 kg chacune. Donc cela concerne des dizaines de milliers d’endroits aléatoires sur l’intervalle d’une journée. Dans les faits, les gros bolides sont plus rares que les corps les plus petits. L’essentiel, c’est beaucoup de poussières qui tombent. Et plus c’est gros, moins c’est fréquent.

Pour se faire une idée de probabilité avec un ordre de grandeur représenté par la superficie quadrillée de l’aire terrestre : supposons qu’une météorite se localise dans le même mètre carré de localisation qu’un homme (parmi 7 milliards d’humains possibles) s’y trouvant aussi, en sachant que la Terre a une surface de 5,1×10¹⁴ m². A priori, sans être certain, une chance sur des dizaines de milliers pour que cela arrive en 24 heures. Mais en même temps, le temps de sauter quelques minutes en parachute ? Encore plus rare. Une chance sur un milliard ? En effet, quelle peut être l’ordre de grandeur de la probabilité qu’une météorite de 5 kg passe assez près d’un parachutiste quelconque, au même endroit, et au même moment ?

J’ai pris l’hypothèse que les 7 milliards d’humains pratiquent tous le parachutisme, et que chaque saut en parachute dure entre 5 minutes et 16,6 minutes. Il y aurait environ entre une chance sur 1000 et une chance sur 3500 pour qu’un de ces parachutistes rencontre fortuitement une météorite. C’est une estimation vague, peut-être biaisée, c’est juste pour avoir une première idée.

Comme 100 tonnes de météorites couvrent toute l’aire de la Terre en une journée, alors 5 kg de météorite a une zone de probabilité de 90,1 km de rayon pour un laps d’environ 4 secondes; et il faut avoir beaucoup de chance pour se retrouver au même endroit et surtout au même instant que la météorite dans une étendue aussi vaste. En effet, une météorite de 5 kg tombe par hasard sur un département français (90 km de rayon d’envergure équivaut à peu près à l’étendue d’un département), et ça tombe par hasard sur ma tête (oui, c’est un remake de la pomme de Newton dans le cadre de la découverte de la gravitation universelle).  😉

Et 100 tonnes de météorites en 24 heures sur toute la superficie terrestre, cela équivaut à une concentration surfacique d’environ 2 microgrammes par mètre carré, soit aussi 0,2 gramme par kilomètre carré. L’équivalent d’un carat de diamant (unité massique) par km².

Le Dr Goulu pourrait peut-être donner une évaluation quantifiable de la probabilité de rencontre entre un parachutiste et une météorite de 5 kg ?  🙂

Le parachutiste a t-il plus de chance qu’un heureux gagnant du jeu Euromillions ? Ou alors ne s’agit-il que d’un énième buzz, voire même la diffusion d’un poisson d’avril ?

Si l’événement est authentique, c’est un scoop intéressant. Mais qui peut s’assurer de l’authenticité ? Pas les journalistes, hein.

Puis je m’aperçois que je ne suis pas le seul sceptique, voila que je cite cet article ci-joint : http://www.leparisien.fr/insolite/video-le-parachutiste-et-la-meteorite-les-scientifiques-sceptiques-04-04-2014-3740643.php

  • «Je suis un peu sceptique sur cette histoire, mais ce n’est pas totalement ridicule», a réagi un astronome, Scott Manley, sur Twitter. «Si j’étais amateur des théories de conspiration, je dirais que c’est facile d’incruster (la pierre, ndlr) dans la vidéo». «Je ne peux dire si c’est authentique ou non (…) Mais cela semble invraisemblable», a aussi estimé un blogueur spécialisé dans les questions d’astronomie, Phil Plait. De son côté la chaîne publique NRK continue de confirmer l’authenticité du film.

 

Pour résumer mon scepticisme, je pense que la faille de ce que l’on pourrait appeler un fake est celle de l’improbabilité de l’événement. En effet, par exemple, dans un laps de temps de quelques minutes et à un endroit précis sur Terre, quelle est la probabilité pour qu’une météorite de 5 kg percute le toit de ma maison ?

Un dernier détail : la météorite filmée sur un laps de temps de l’ordre de 30 centièmes de seconde, elle me paraît trop nette, pas de traînée floue. Quand on photographie les véhicules de sport lors des 24 heures du Mans ou un concours de Formule 1, les images prises ont un degré de flou non négligeable.

meteor

La météorite présumée ci-dessus, et ci-dessous une Formule 1 en mouvement :

f1

Dans les deux cas, les auteurs de la prise de vue ont bougé afin d’ajuster le cadrage. Or pourquoi la météorite apparaît-elle si nette ?

Depuis l’invention des Smartphones et des iPhones, les adeptes des soucoupes volantes extraterrestres n’arrivent plus à convaincre les pigeons. Merde, ces nouveaux gadgets technologiques font des photos beaucoup trop nettes ! Les soucoupes volantes ça ne prend plus. Alors ils inventent d’autres trucs pour nous amuser…

 

iconlol

 

Complément du 7 avril 2014 :

Une recherche me conduit à cet article : http://www.slate.fr/life/68421/chances-chute-meteorite

On y apprend que les zones urbaines concernent 3% des terres émergées, et seulement 1% de toute la surface terrestre (continents et océans).

Des météorites qui tombent pour faire des dégâts en zone urbaine, c’est peu fréquent, mais cela arrive.

Enfin, détail très intéressant, on apprend aussi qu’il tomberait au maximum 84 000 météorites de plus de 10 grammes chaque année. Pour les objets de plus de 400 grammes, on ne dépasserait pas quelques centaines de pierres par an. 

Bref, plus les météorites sont massives, plus elles sont rares. Alors, combien de météorites de 5 kg tombent chaque année sur Terre ? Une dizaine ? Une seule ? En supposant la rareté annuelle d’une météorite de 5 kg, si l’article dit vrai à propos des météorites plus légères, alors la rencontre fortuite d’un parachutiste avec ce caillou céleste est plutôt très improbable… Je privilégie la piste du canular.

Je cite :

«La majorité de ce qui nous arrive de l’espace n’est en fait que de la poussière. Près de 100 000 tonnes de poussières de météorites rentrent dans l’atmosphère terrestre chaque année. Parmi celles-ci, 90% pèsent moins d’un gramme.»

 

Puis voici une page intéressant de l’ENS de Lyon : http://planet-terre.ens-lyon.fr/article/chute-meteorites.xml#caracteristiques-geocroiseurs

En examinant la figure n°6, on voit qu’un météore de 5 kg (5000 g) a une masse logarithmique de 3,7 d’après l’échelle du diagramme, ce qui correspond à un flux logarithmique de 3 sur l’échelle, soit un flux d’environ 1000 chutes par an, soit environ 2 à 3 météorites de 5 kg chacune par jour en étant optimiste. Une rencontre fortuite et physiquement rapprochée dans un intervalle de temps de plusieurs minutes (le temps d’un saut en parachute) semble très improbable.

D’après l’ENS de Lyon, voir en fin de page sur http://planet-terre.ens-lyon.fr/article/chute-meteorites.xml :   gagner en un seul tirage une grille avec les 6 bons numéros du Loto au hasard parmi 49 boules numérotés serait 23 000 fois plus probable que l’impact d’une météorite de 1 kg sur un avion en vol durant 10 heures.

Autre information très intéressante : selon Alan Harris, chercheur au Space Science Institute de Californie, un humain a une chance sur 720 000 d’être touché par un astéroïde au cours de sa viehttp://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?f=220&t=53234

Je cite aussi : «  La probabilité d’une chute de météorite sur un homme durant sa vie s’estime sur un ordre de 1 chance sur 100 millions à un milliard : 10 à 100 fois moins, par exemple, que de gagner au loto ! »

Comme quoi, les journalistes devraient mieux vérifier d’abord la véracité d’un scoop plutôt que prendre le risque de colporter des rumeurs…

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Publicités