Commentaires épistolaires sur l’astrologie

Dans un vieux forum d’astronomie appartenant à un ami, j’ai reçu récemment un message privé d’une femme (l’orthographe est conservée telle quelle), en date du 15/03/2014 :

Sujet du message : [Contact] Merci !

Contenu du message :

J’adore votre article sur l’astrologie c’est pour cela que je vous écrit, ça ne repose sur rien de concret mais ayant grandi dans un milieu où il y en était question, j’ai tendance en cas de déprime, à m’y référer et ensuite je doute et je regrette ! Et puis comment une boule de gaz pourrait influencer notre destinée ?! De plus, le plan de l’écliptique sans cesse en mouvement, comment être sure de son signe ? Je veux bien croire aux phénomènes des marées mais encore faut-il qu’on me les explique. J’ai connu des vierges, des cancers et pourtant ça n’a pas marché en amour alors certes j’ai autour de moi des couples qui ont « des signes compatibles » mais est-ce bien cela qui fait que leur couple fonctionne ?! L’astrologie crée une dépendance, un doute c’est malsain et surtout devant le nombre d’articles, de charlatans, qui croire ? Dès que je rencontre une personne je veux savoir son signe, ça me prend la tête ! Vais-je m’entendre ou pas avec elle !  J’espère m’en défaire au plus vite !

Ma réponse publique :

L’habitude est une seconde nature. Et l’on peut avoir de mauvaises habitudes. La liberté de croyance consiste à avoir le droit de toujours croire, en connaissance des faits ou non. Une prise de conscience de se découvrir dans l’erreur implique une volonté de se corriger de ses propres erreurs. En parallèle à la liberté de croyance, il y a aussi celle de la liberté de douter.

Croire est une liberté, mais c’est aussi trop simpliste et réducteur. Croire dispense de réfléchir. Douter incite à la réflexion et au dialogue, à la remise en question, revoir à partir de bases objectives.

Connaître l’avenir est un très vieux fantasme humain. Vouloir connaître l’avenir est naturel. Vouloir connaître l’avenir est un réflexe normal de survie. Peut-on connaître l’avenir ? Peut-être, ou pas, ça dépend. Mais si on cherche des moyens de connaître le futur, mieux vaut se baser sur des moyens objectifs réellement fiables. L’astrologie est tout, sauf fiable. En astrologie, qui croire ? La question de la confiance, dépendant elle-même de la fiabilité, et qui implique une éventuelle crédibilité objective de l’astrologie, et l’astrologie n’a aucune crédibilité sur le plan scientifique. On ne peut donc croire à aucun astrologue. Il n’y a donc pas ni de bons astrologues ni de mauvais d’un autre côté, car l’astrologie n’est qu’une croyance qui repose sur du vent, l’astrologie ne se base sur aucune réalité.

Les pratiquants de l’astrologie méconnaissent eux-mêmes jusqu’aux connaissances de base de l’astronomie. De nombreux astrologues, par exemple, n’ont jamais entendu de précession des équinoxes, alors que ce phénomène est connu depuis le grec Hipparque il y a plus de 2000 ans… (voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/lastrologie-decouvre-la-precession-des-equinoxes-connue-deja-depuis-2000-ans/L’astrologie n’est qu’un moyen facile de se faire de l’argent sur le dos des personnes crédules et influençables. L’astrologie n’apporte aucune connaissance pertinente.

La crédibilité d’un domaine ne se détermine pas par l’abondance de littérature sur ce sujet fortement médiatisé. La crédibilité d’un domaine se base sur la qualité objective des vérifications, de l’analyse par la comparaison avec les faits.

Dans les horoscopes, les profils selon les signes sont fréquemment évasifs et abscons. Si les thèmes étaient distribués au hasard, on trouverait encore des gens qui diront que l’horoscope leur correspond alors qu’il n’existe aucun lien de causalité. En ce qui concerne le hasard, rien ne colle à exactement 100% de corrélation, ni même 100% d’échec, c’est plus nuancé en terme de données. Je me cite moi-même à partir d’un de mes articles de mon blog : « On ne peut donc pas prédire (au hasard ou avec instrumentation scientifique) de façon absolument certaine, et en même temps on ne peut pas tout échouer, ainsi les réussites et les échecs sont nuancés. C’est pour cela que les astrologues et les voyantes ont du succès : parfois ça marche (grâce au hasard), mais rarement l’on réussit totalement comme l’on ne peut pas totalement foirer, car il est rarement probable de tout réussir comme de tout échouer. Le hasard n’implique donc pas 100% d’échec, car des succès moyens, mitigés, nuancés (donc des demi-réussites qui sont rarement totalement absentes) sont fréquemment des biais statistiques qui laisse croire à tort qu’il existe des pouvoirs occultes… » (source : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/12/13/probabilites-et-applications/ )

Le doute se base sur un principe assez simple : découvrir une contradiction implique la preuve de la présence d’une affirmation fausse parmi au moins deux affirmations. Par exemple : «Socrate est mort» est la première affirmation. La seconde dit le contraire : «Socrate est mort». Ainsi, comme une chose ne peut être ni vraie et fausse simultanément (principe du tiers exclus), une contradiction indique qu’au moins une affirmation est fausse parmi au moins deux affirmations. Socrate est soit vivant, soit mort, mais pas les deux en même temps. Le principe de contradiction est la base de la démarche scientifique.

Il y a deux façons de lire un livre. Lire avec une attitude absorbée, en acceptant tout le contenu que l’on lit, sans s’efforcer à réfléchir ni prendre du recul. Ou lire avec une attitude sceptique, en mettant tout ce qui est émotionnel de côté.

Il y a une différence entre connaître et avoir confiance. Connaître implique un esprit critique. Sans le doute, il n’y aurait pas de connaissance, il n’y aurait qu’une croyance à laquelle on croit. La connaissance est le résultat d’observations ainsi que d’une évaluation de la connaissance elle-même. Croire n’est pas connaître.

Derrière les superstitions sur la prédiction de l’avenir se cache un autre problème que celui de la croyance, il y a l’angoisse de l’avenir. Souvent l’avenir échappe à notre contrôle : un accident, une maladie, une nouvelle opportunité de travail, ou un mariage. Mais concrètement, on ne subit pas l’avenir. L’avenir, on le fait. Et ce n’est certainement pas les astrologues qui vont décider le futur à notre place, puisque le futur n’est pas écrit d’avance. Un accident peut être évité par des comportements préventifs (ni drogue ni alcool au volant, respect strict du code de la route, méfiance envers les autres automobilistes qui peuvent se comporter en chauffards…), une maladie peut être évitée (notamment les MST, par le port de préservatifs), on peut éviter les accidents domestiques si on applique des règles de prudence, et les opportunités professionnelles sont majoritairement dues à nous-mêmes car personne ne viendra nous chercher à la maison pour nous proposer un emploi (on se déplace pour obtenir de meilleures chances d’obtenir un emploi, et mieux encore on crée soi-même son propre emploi en devenant entrepreneur et c’est justement mon cas actuellement).

L’avenir ne doit pas être une angoisse mais un défi. L’avenir est le résultat de ce qu’on aura préparé et planifié. Les astrologues, eux, parlent bien d’avenir mais ils ne le font pas venir. Pire encore, les astrologues pensent à votre place. La seule chose que les astrologues réussissent à vous soulager, c’est le poids de votre portefeuille… Les gens sont libres de croire à l’astrologie, mais ils sont libres aussi d’être informés en connaissance de cause : l’astrologie c’est du pipeau.

Croire est facile, et la facilité n’est pas vraiment un principe de liberté. Le doute implique un effort, un travail personnel, et parcourir ce chemin est une prise de conscience que l’on est libre. Douter c’est être libre. Et l’effort de douter est un mérite. La facilité, c’est au niveau des moutons qui broutent bêtement ce qu’on leur donne… Nous sommes des humains qui pensent, pas des moutons qui ont une panse, nuance…

Ou l’on s’adonne à des lectures d’idées préconçues que l’on absorbe comme une éponge, ou l’on apprend à lire en comparant les idées entre elles afin d’y déceler des contradictions qui sont l’indice de l’existence d’erreurs. Même des livres de sciences du niveau des écoles d’ingénieurs peuvent contenir des erreurs par accident, la preuve :  https://jpcmanson.wordpress.com/2012/12/28/une-erreur-dans-un-livre-de-thermodynamique-pour-ingenieurs/  L’absence absolue d’erreur dans tout système d’information est un mythe, c’est pourquoi le doute est la seule approche nécessaire quand on veut accéder à des connaissances. Question : pourquoi devrions-nous croire des erreurs, pourquoi accepterions-nous de croire pour vraies des choses fausses ? Où serait la liberté là-dedans ?

beee

Pour terminer, je vais répondre aussi à cette phrase : «J’ai connu des vierges, des cancers et pourtant ça n’a pas marché en amour alors certes j’ai autour de moi des couples qui ont « des signes compatibles » mais est-ce bien cela qui fait que leur couple fonctionne ?! »

L’attribution des signes astrologiques et la réussite des relations amoureuses sont deux choses indépendantes, sans lien de causalité. Quand les couples fonctionnent, c’est parce qu’ils sont des personnalités compatibles, parce qu’ils ont un vrai dialogue à deux, et parce qu’ils se font confiance, et parce qu’ils ont des projets durables communs. Et l’astrologie n’a rien à voir là dedans… Il suffit de comparer l’astrologie comme hypothèse possible avec d’autres hypothèses possibles, et c’est comme cela qu’on s’aperçoit que l’astrologie ne fait pas de scores meilleurs que ceux du hasard. Mieux vaut se concentrer sur les vraies causes des relations amoureuses durables, ça limiterait les déceptions… Mais les relations sentimentales sont-elles faites pour durer ? En général, les gens changent souvent avec le temps.

Autre phrase : «Je veux bien croire aux phénomènes des marées mais encore faut-il qu’on me les explique.»

Les marées sont dues à l’orbite de la lune autour de la Terre. L’école n’enseignerait-elle plus rien au vingt-et-unième siècle à propos de quelques phénomènes naturels élémentaires ? Des lacunes de niveau élémentaire c’est inquiétant. Quand j’étais écolier, nous allions dans les bois pour examiner des feuilles d’arbres afin d’identifier et distinguer les différentes espèces d’arbres. C’était pour l’éveil des enfants, dans une démarche de découverte de la nature. Cela ne se fait-il plus ? Il suffit de lire cet article ci-joint : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/05/23/la-consternation/  pour se rendre compte qu’il existe un problème de culture assez grave actuellement. C’est inquiétant. Ce n’est pas étonnant si l’ignorance et la crédulité des uns attirent l’opportunisme des charlatans… La question qui revient souvent : la faute à qui ? L’indifférence à ce problème.

— « Il faut choisir, se reposer ou être libre » (Thucydide d’Athènes)
— « La bêtise, c’est de la paresse. La bêtise, c’est un mec qui vit et qui se dit, ça me suffit. Je vis, je vais bien, ça suffit. C’est celui qui ne se botte pas le cul tous les matins en se disant, c’est pas assez, tu ne sais pas assez de choses, tu ne vois pas assez de choses. Une espèce de graisse autour du coeur et autour du cerveau » (Jacques Brel)

© 2014 John Philip C. Manson

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