Des bouteilles d’eau aussi efficaces que des ampoules à incandescence ?

Dans l’article précédent daté de janvier 2012, je me montrais sceptique face à l’affirmation selon laquelle des bouteilles en plastique (bouteilles d’eau à l’origine) pouvait émettre de la lumière pour éclairer l’intérieur des habitations.

Évidemment, ces bouteilles remplies d’eau de Javel ne peuvent pas fournir d’elles-même l’énergie requise pour assurer un éclairage suffisant et constant.

Le vendredi 8 novembre, je tombe par hasard sur un magazine bimensuel de jeux (mots croisés, mots fléchés, sudoku…). Dans ce magazine, on y trouve de la propagande écolo. Je fais remarquer que ce genre de propagande avait disparu depuis environ 2 mois dans le magazine TV hebdomadaire que je lis habituellement. Force est de constater que ladite propagande trouve d’autres créneaux existants pour être encore diffusée.

Voici une photo du paragraphe qui mérite une analyse approfondie :

javellux

Par rapport à mon article précédent, on y apprend que les bouteilles sont éclairantes sous l’effet du soleil.

Avec cette information essentielle, on va pouvoir compléter l’analyse qui restait en suspends l’an dernier.

Voici ma question scientifique : avec une bouteille en plastique, est-il possible d’atteindre 50 W en puissance lumineuse grâce à l’ensoleillement ? Ces bouteilles sont-elles vraiment une alternative aux ampoules électriques ?

Les paramètres à prendre en compte sont les suivants : la section de la bouteille (l’aire du disque de la bouteille, celle-ci étant vaguement un cylindre), la puissance de l’ensoleillement reçu par mètre carré.

En moyenne, et en plein jour évidemment (ça ne marche pas la nuit), une bouteille atteint au maximum une puissance d’éclairage de 2 W. Et si l’on veut être très optimiste, c’est 8 W maximum et c’est l’extrême limite.

Mais pas 50 W comme le dit l’image ci-dessus. Ni 60 W comme l’affirmait le status de Twitter en janvier 2012.

Une bouteille ne peut pas éclairer plus que le soleil lui-même…

Mon calcul contredit les affirmations relayées par la presse… Mais pour creuser le sujet, le meilleur moyen restera toujours la réalisation d’expériences. En effet, il est possible de mesurer l’intensité lumineuse au moyen d’instruments adaptés (un luxmètre). Autre procédé : on mesure la température de la paroi de la bouteille, et en fonction de la loi de Stefan-Boltzmann on peut en déduire la puissance rayonnée par la surface de la bouteille (expérience que j’ai réalisé autrefois avec succès avec un tube à néon).

Si des mesures instrumentales pouvait vérifier objectivement la luminosité d’une bouteille soumise au rayonnement solaire ce serait vraiment satisfaisant (mieux vaut faire des expériences que des calculs, en science).

Mais si les expériences démentent ce qu’affirment les journalistes, que 50 ou 60 watts c’est une puissance exagérée par la presse, pourquoi ce journalisme essaie de faire croire que les trucs nouveaux de ce genre marchent ? À qui cela profite t-il ? De l’écologisme pour se donner bonne conscience ?

Une idée de comparaison : 1 m² de vitre (verre ou plexiglas) c’est équivalent à 154 bouteilles en plastiques concentrées localement sur un toit… La vitre n’est-elle pas aussi efficace, sinon plus simple ?

Qui a tort, qui a raison ? La problématique reste ouverte et c’est à chacun de discerner entre le vrai et le faux. Ce que j’apporte de positif ici, c’est de m’être efforcé de vérifier par calcul, et de suggérer de faire des expériences pour que nous en soyons mieux sûrs. Il n’est nulle question ici de croire ou de ne pas croire, l’enjeu ici est de comparer une affirmation journalistique avec les faits.

Des vidéos sur le thème concerné ne prouvent rien, seule une vérification d’éléments matériels directement accessibles permet d’établir une conclusion.

La lumière solaire, qu’elle soit directe ou diffusée dans la bouteille par réfraction, ne peut pas rayonner d’une puissance lumineuse supérieure à celle de l’ensoleillement lui-même. Lumière directe et lumière diffuse, ça ne change pas de puissance l’une l’autre.

On en apprend un peu plus ici : http://www.ladepeche.fr/article/2011/12/14/1239654-des-bouteilles-solaires-pour-eclairer-les-bidonvilles.html

Dans l’image ci-dessus dans mon présent article, on lit que la trouvaille proviendrait d’étudiants du MIT, mais dans La Dépêche on lit que c’est l’ingénieur brésilien Alfredo Moser. Voila, une contradiction…

Ensuite, je cite ce passage : «Selon Iliac Diaz, un chef d’entreprise philippin […],  cette trouvaille permettrait d’économiser chaque année 17 kilogrammes de CO2.»

En France, l’on sait que 83,1 à 129 g de CO2 sont émis lors de la production électrique de 1 kWh, d’après mes calculs. Et c’est environ 90 g de CO2 par kWh selon les médias les plus sérieux. Arguments ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/09/12/lapologie-de-lequivalent-co2/

Or 17 kg de CO2 sont équivalents à environ 189 kWh répartis sur une année. On peut donc calculer à quelle puissance moyenne cela correspond : environ 0,02 kW, soit 20 W. Ainsi une bouteille éclairerait une puissance de 20 W si on se base sur les 17 kg de CO2 annuels d’après ce que dit Iliac Diaz… Ce n’est ni 50 W, ni 60 W, ni les 2 W que j’ai calculés. Voila, encore une contradiction…

En cas d’informations supplémentaires, je n’hésiterai pas à rééditer ce présent article.

Le thème des bouteilles éclairantes ressemblent beaucoup à l’histoire fumeuse de la fusion froide, et c’est le seul avis subjectif que je formule ici.

Le scepticisme scientifique n’est pas contre le progrès, et n’est pas non plus contre de nouvelles alternatives énergétiques. Ce que je cherche à dire à travers le scepticisme, c’est que nous devons nous assurer objectivement si tout ce qu’on nous dit est concret, vraisemblable, factuel, et que nous devons rester prudents face à des «théories» nouvelles.

L’idée des bouteilles éclairantes semble être utopique. Dans la vidéo dans l’article de la dépêche, le jour derrière la caméra éclaire la pièce de façon plus forte que la bouteille elle-même (à en juger les ombres projetées), les conditions n’étaient pas celles d’une obscurité totale. Il aurait mieux valu tester la bouteille en confinement total. De plus, la scène a duré trop peu de temps afin d’examiner de plus près afin de découvrir d’autres détails.

Peut-on monter une supercherie, un hoax, avec une bouteille d’eau lumineuse ? Oui. Par exemple, on peut glisser discrètement une ampoule électrique dans la bouteille, plongée dans l’eau, en prenant soin à ce que les électrodes ne soient surtout pas en contact avec l’eau, bien évidemment. Une ampoule plongée dans de l’eau trouble produit une forte lumière diffuse. Une lumière plus de 10 fois plus puissante que celle reçue du soleil seul sur la même surface incidente…

Info ou intox ? C’est légitime de se poser la question. Ce qui m’intrigue, c’est l’absence quasi-totale d’avis critiques sur ce thème, la plupart des internautes sont tombés en extase à propos du sujet, sans avoir de recul critique. Mieux vaut vérifier concrètement que croire tout ce que l’on lit.

Concrètement, 50 watts de lumière solaire qui entre via une section de disque de diamètre d’environ 9 cm, ça correspond à un flux de 7860 watts par mètre carré… La constante solaire, elle, n’est que de 1367 W/m². Vous constatez qu’il existe donc un gros problème de crédibilité…

Le dispositif qu’est la bouteille permet de récupérer un peu de lumière dans l’habitat, certes, cela permet de pouvoir lire un journal par exemple, et l’on peut se dispenser d’allumer de l’électricité. Ça, je ne le conteste pas. Cependant, je ne crois pas à la puissance prétendue de 50 ou 60 watts, c’est une grandeur trop élevée pour être crédible vis à vis de la physique.

Voici une autre image sur le même thème :

puits

Un conduit de lumière solaire de 25 cm de diamètre ? Un calcul montre que cela peut collecter jusqu’à 17 W maximum. Flux suffisant pour éclairer assez modérément une petite pièce comme une chambre. Cela n’est intéressant que si l’on passe ses journées à la maison, et à condition que les journées soient ensoleillées (cela fonctionne très mal par temps nuageux). Bricolage inutile si l’on est absent tous les jours, quand on est parti ailleurs, au boulot par exemple…

Puis concernant de grands gymnases pour des jeux internationaux, cela peut paraître élégant d’essayer de faire des économies énergétiques, mais les gymnases et les stades eux-mêmes sont d’un coût pharaonique. C’est ballot en ces temps de crise. De l’argent foutu par les fenêtres…

L’écologisme en politique ne trompe plus personne actuellement, avec le scandale de l’écotaxe. L’écologisme est une nouvelle forme de fiscalité, il s’en fiche de la préservation de l’environnement, un vrai foutage de gueule… L’Union européenne devrait se hâter d’interdire les pesticides, parce que les abeilles et les insectes pollinisateurs sont en grand danger d’extinction, et à ce niveau on va droit à la catastrophe. Mais pendant ce temps, la surtaxe est en train d’étrangler l’économie en France, les usines ferment toutes les semaines,  les petites entreprises ont de plus en plus de mal à survivre, c’en est trop. Il est normal alors que les gens, ouvriers ou patrons, manifestent pour protester.

© 2013 John Philip C. Manson

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