Encore des dérives sur Wikipedia

J’utilise Wikipedia de façon très épisodique. Je n’y contribue pas souvent. Récemment j’ai corrigé le paragraphe d’un article, il était truffé de fautes d’orthographe. En même temps je me suis aperçu d’autre chose parmi les notifications, et ce sera le sujet de ce présent article.

Les contributeurs comme moi s’efforcent d’apporter de la qualité dans l’encyclopédie libre, à travers une écriture exempte de fautes, et à travers un contenu pertinent et rigoureusement objectif.

Mais voila, le relativisme postmoderniste de certains contributeurs réduit l’objectivité factuelle nécessaire à une simple opinion qui peut être rejetée comme n’importe quelle autre.

Parmi les nouveautés de Wikipedia, j’ai pris connaissance de cette page : http://blog.wikimedia.org/2013/10/21/sue-gardner-response-paid-advocacy-editing/

En effet, Wikipedia est une encyclopédie lue par des centaines de millions de personnes à travers le monde. Wikipedia est donc pour certains individus malintentionnés un outil idéal de propagande. Ainsi de nombreux éditeurs sont tentés d’écrire des conneries dans les articles de Wikipedia par intérêt, à des fins de tromperie, ou pour promouvoir des produits. Depuis longtemps, on sait que Wikipedia est à prendre avec des pincettes, car son contenu est sujet à caution. L’on soupçonne même certains contributeurs d’être payés pour écrire des foutaises afin de mystifier les lecteurs.

Lutter contre la mystification et la propagande est un bienfait. Mais…

Mais aujourd’hui, ce que j’ai pu voir sur wikipedia est inquiétant car l’effet contraire se produit aussi. Les propagandistes adeptes du paranormal, de la méditation transcendantale et du New Age mettent à profit la nouvelle directive de lutte antipropagande dans le but de supprimer les éditions réalisées par les sceptiques qui sont désignés abusivement comme étant les vecteurs de propagande. C’est-à-dire que les rôles sont inversés. Ce sont les gourous et leurs adeptes qui accusent les sceptiques et les scientifiques de propagandistes… Les partisans de l’irrationnel suppriment ainsi donc le contenu gênant (révélation de dérives sectaires, dénonciation de pseudo-sciences, etc…) publié par les sceptiques. C’est le monde à l’envers. Voila où conduit le relativisme. Rester objectif et critique est une nécessité. Nous vivons à l’ère d’internet où les informations circulent vite et en abondance, et l’apprentissage du discernement par les internautes devient très difficile.

Surveiller le contenu ajouté par les contributeurs wikipédiens était assez facile, avec la liste de suivi. Mais il devient plus difficile de surveiller le contenu édité par les sceptiques qui a été supprimé presque sans laisser de traces… Parce que si Google permet de relever des textes récemment ajoutés dans des articles, Google ne détecte pas les paragraphes qui ont été supprimés. Les charlatans ont trouvé là une faille. Cela rend donc le travail des sceptiques plus difficile.

Bref, ce que j’ai vu récemment dans un article, c’est la suppression d’une référence non négligeable dans un article sans laquelle l’article paraît plus gentil par rapport à certaines réalités qui le dénoncent… Le contributeur ayant supprimé la référence fait ouvertement partie d’une mouvance politique dont je tairai le nom.  :/

Wikipedia n’a pas à être orientée par les partis politiques, les mouvances religieuses ou sectaires, ni par des intérêts aidés par des méthodes marketing. Wikipedia ne doit suivre qu’une seule directive légitime : l’objectivité et le recul critique.

Adhérer et obéir à n’importe quel comportement motivé et dicté par le pognon ou par les croyances ou même par les émotions, dans le but d’asseoir un système d’idées saugrenues plutôt que de faire connaître des faits , c’est trahir notre conscience, c’est trahir toute confiance.

Les illusions de l’esprit ne peuvent pas se substituer aux réalités. Les faits ne trompent personne, eux, mais les idées, elles, le peuvent, et souvent.

Tout le circuit de l’info est gangrené par de nombreux manipulateurs prêts à tout. Je suis complètement déçu et consterné par tout cela…

  • Depuis 2007, en tant que blogueur, j’ai voulu présenter une façon nouvelle de faire du journalisme scientifique, non pas en relayant des théories nouvelles publiées dans la plupart des magazines scientifiques, mais en analysant les données de la presse et du web afin de montrer l’existence de failles dans la diffusion de l’information. L’analyse critique montre que souvent lesdites données sont erronées ou inexactes (le plus souvent au niveau quantitatif, via des données sous forme de nombres), et qu’il ne faut jamais les considérer comme des vérités, et encore moins comme des vérités définitives. Je cesse mon activité de blogueur vers la fin de 2013, pour des raisons professionnelles, et aussi pour consacrer plus de temps avec mes amis. Si je ne devais dire qu’un dernier mot ici, c’est que le doute est une nécessité quand on s’intéresse aux informations et plus ou moins aux sciences de près ou de loin. Et dans l’exercice du doute, qui nécessite du temps et des efforts (et l’on ne peut pas toujours s’y consacrer), il faut surtout éviter la précipitation (la vitesse augmente le risque d’erreurs de jugement) et les idées préétablies (comme les « théories » personnelles ad hoc ; mieux vaut être très neutre car seuls les faits tranchent et non pas les opinions).

  • «Le premier [précepte] est de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle.»    (René Descartes)

© 2013 John Philip C. Manson

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