Le gobez-vous ? (titre ironique)

  • En examinant de nouvelles pseudo-vérités du genre «Le saviez-vous ?», il y a beaucoup de choses à raconter.

Exemple 1 :

reflechirgrossir

Je trouve des infos sur cette page : http://www.atlantico.fr/decryptage/attention-trop-reflechir-peut-faire-grossir-803730.html et notamment cette page : http://www.actualite24h.com/actualites/attention-trop-reflechir-peut-faire-grossir et celle-là : http://seriouspony.com/blog/2013/7/24/your-app-makes-me-fat

On y apprend que l’étude est le fait de l’université de Stanford. La réputation ne rend pas les théories plus vraies. On apprend que l’étude fut réalisée avec un échantillon de 165 étudiants, ce qui est assez peu. En effet, en statistiques, pour avoir un résultat fiable, il faut un échantillon suffisant pour que ce soit significatif. Dans le domaine des sondages par exemple, une enquête effectuée sur 1000 personnes a 95% de donner le résultat correct à ±3 % près, d’après le calcul de l’intervalle de fluctuation .

Dans le cas de l’étude de Stanford, si l’on veut un intervalle de confiance de 95% avec un résultat à 5% près, et pour un événement dont la probabilité de réalisation est de 50%, alors il faudra un échantillon d’au moins 384 volontaires pour réaliser l’étude. Le nombre de 165 est insuffisant. Voir ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chantillon_%28statistiques%29

De plus, 165 est un nombre impair. Sachant que les 165 étudiants ont été divisés en deux groupes, il y a forcément 82 étudiants d’un côté, mais 83 étudiants de l’autre. Cette dissymétrie peut biaiser les résultats…

L’étude est donc à prendre avec des pincettes. En science, une théorie est reproductible, testée plusieurs fois indépendamment. Est-ce le cas ici ? L’expérience a t-elle été reproduite par d’autres études depuis 1999 ?

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Exemple 2 :

miel

Une cuillerée à café contient 5 cm³ en volume. Le miel a une densité moyenne de 1,4, ce qui signifie qu’une cuillerée à café contient 7 grammes de miel.

Un site intéressant (http://vevebm.free.fr/Les%20pros/Petit%20calcul/Calcul.html) raconte qu’il faut butiner 1000 fleurs pour obtenir 75 milligrammes de nectar. Ces 75 mg de nectar perdent les 2/3 de leur eau pour devenir 25 milligrammes de miel. Ainsi, la cuillerée de miel (7 grammes) correspond à 280000 fleurs butinées. Soit plus de 23300 fleurs environ pour la vie entière d’une abeille. Mais plus précisément pour sa vie de butineuse qui commence environ 20 jours après sa naissance (http://fr.wikipedia.org/wiki/Apis_mellifera) jusqu’à sa 5e ou 6e semaine de sa vie.  Bref, une butineuse récolte du nectar pendant 37 à 45 jours environ. Ce qui représente un travail de 518 à 630 fleurs par jour par abeille. De l’aube au coucher du soleil, ça correspond à environ une quarantaine ou une cinquantaine de fleurs par heure. Soit grosso modo une fleur par minute. Comme j’ai déjà observé des abeilles butiner, c’est à peu près cet ordre de grandeur. Pour une fois, l’info est pertinente.

Exemple 3 :

galaxie17

Le diamètre d’un leucocyte (globule blanc) est compris entre 6 et 20 µm (il existe plusieurs types de leucocytes).

Mon calcul montre que si l’on réduit le soleil à la taille d’un leucocyte, la Voix Lactée s’étale sur 23,6 à 262,7 fois la superficie de la France métropolitaine. Mais pas 17 fois…

L’image dit vrai sous la condition suivante : un leucocyte défini comme ayant une taille de 5,9 microns.

Les leucocytes polynucléaires ont une taille de 10 à 14 microns. Les neutrophiles sont les leucocytes les plus communs. Ils ont un diamètre de 12 à 15 µm.

Bref, l’image donne une approximation (et non une exactitude stricte), relativement dans le même ordre de grandeur que la réalité.

Exemple 4 :

neron

Des torches humaines qui éclairent la nuit ? J’en doute, car le corps humain est un mauvais conducteur de la chaleur (l’on sait aussi que le cas des «combustions spontanées» sont un mythe). À moins d’arroser les victimes avec un liquide combustible (comme pour les lampes à huile et à pétrole). Cependant, a t-on des preuves matérielles d’un tel traitement dans le jardin de Néron à travers des vestiges archéologiques ? Après vérification, certains récits lus sur le web parlent de victimes enduites de poix. Il n’existe aucune preuve que Néron soit l’auteur de l’incendie de Rome en 64. Mais de 64 à 68, la première persécution des chrétiens indique que ces victimes fut jetées aux bêtes ou brûlées comme des torches avec de la poix. 

La poix était en effet très connue des romains, car l’écrivain Pline l’Ancien décrit lui-même comment la poix est fabriquée.

Exemple 5 :

qisleep

Ou comment dédouaner les jeunes qui passent la nuit à jouer sur leur ordinateur…  😉

Puis quand on associe deux paramètres (QI et sommeil), il ne faut surtout pas confondre corrélation (deux paramètres totalement indépendant entre eux donnant l’illusion d’un lien commun) et causalité (lien réel de cause à effet).

Bien des choses sont la cause des difficultés d’endormissement.

Je ne trouve aucune étude scientifique qui argue de la difficulté d’endormissement des QI surefficients. Ou alors il faut vraiment fouiller le web en profondeur… Ayant moi-même un QI supérieur à 126, et plutôt dans une marge incertaine comprise entre 119 et 143 (la mesure du QI en général n’est pas exacte), je ne trouve pas que les activités intellectuelles perturbent systématiquement le sommeil. Il m’arrive de veiller la nuit pour regarder un bon film par exemple, sans lien avec de quelconques aptitudes intellectuelles. Ça dépend des gens, on ne peut pas généraliser.

Néanmoins, je tombe sur un document (http://www.enseignement.be/download.php?do_id=9920&do_check=) qui livre des affirmations vérifiables à propos du QI. Dans l’encadré, page 7 du document PDF, on peut y lire que «le phénomène des enfants intellectuellement précoces peut concerner 5% de la population soit statistiquement 1 à 2 élèves par classe». Par la règle de trois, cela indique qu’il y a 20 à 40 enfants par classe, ce qui est cohérent. Cependant, je sais par expérience personnelle que les QI de plus de 130 concernent environ 2% de la population, et non pas 5% (qui correspond au QI 125). D’après le site internet douance.org, 2,28% de la population (masculine et féminine) a un QI supérieur à 130. Mais le concept de QI c’est très secondaire, au mieux c’est un gadget pour le fun et à ne pas prendre au sérieux, et au pire c’est un produit marketing dénué de fiabilité scientifique.

Des «normes» reposant sur des incertitudes ne sont pas des normes.

Exemple 6 :

roux

Peu fiable, d’après ce que j’ai trouvé.

Je cite : «La première étude suggérant une particularité des roux en la matière, menée par un groupe d’anesthésistes de l’Université de Louisville (Etats-Unis), avait pour objectif de vérifier la pertinence d’un on-dit. Médiatisée dès 2002 à l’occasion de sa présentation à un congrès de la Société Américaine d’Anesthésiologie, cette étude a fait l’objet d’un article scientifique publié en 2004 [10]. Menée sur 10 femmes rousses et 10 brunes, non répliquée à ce jour, ne portant pas exactement sur la résistance à l’anesthésie générale, cette étude avait un dispositif expérimental qui n’impliquait pas du tout la notion de douleur».  Source : http://allodoxia.blog.lemonde.fr/2012/06/24/inegalites-dans-la-douleur/

Un échantillon de 20 femmes pour faire des statistiques, c’est se foutre du monde. L’échantillon n’est pas significatif pour avoir des résultats crédibles. C’est un biais expérimental.

Exemple 7 :

oenanthe

L’œnanthe safranée est bien une plante toxique. La plante produit plusieurs composants toxiques : dérivés acétylénique dont l’œnanthotoxine et la dihydroœnanthotoxine. La mort peut survenir en 3 heures. L’œnanthe safranée pourrait ainsi correspondre à l’« herbe sardonique », moyen utilisé par les sardes de l’antiquité pour droguer leurs victimes avant la mise à mort. Ne pas confondre l’herbe sardonique (relative aux sardes) et l’expression «rire sardonique» qui est un visage exprimant volontairement une moquerie acerbe. Le tétanos provoque un rire sardonique allant jusqu’à la mort. Le tétanos, oui, mais l’œnanthe je ne le sais pas.

Cependant, je trouve une référence crédible (Pour La Science : http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-l-herbe-sardonique-22877.php) où on peut lire que «Les anciens Sardes tuaient leurs vieillards en leur faisant consommer une plante toxique qui, crispant les muscles faciaux, leur donnait un « rictus sardonique ». Une tétanie musculaire. «Quand on en a mangé, elle contracte les muscles de la bouche, et tue en causant la convulsion du rire.»

Non, l’œnanthe safranée n’entraîne pas un sourire, mais un rire. Nuance. Ou alors, il y a à la fois un rire et un rictus facial. Je me pose des questions : comment les effets actuels de la plante sont-ils connus ? Cela a t-il été testé récemment sur des «volontaires» ? Par ingestion accidentelle peut-être mais je ne connais pas de cas contemporains connus. Mais ce qui est à souligner, c’est que l’identification de l’œnanthe comme cause du rictus sardonique cunnu dans l’Antiquité est controversée. Il n’y a donc pas de certitudes. En effet, les auteurs de l’Antiquité ont quelque peu varié dans leurs descriptions de l’herbe sardonique, ce qui a rendu son identification difficile par les modernes. Par le passé, plusieurs identifications de plantes suspectées ont été faites par erreur.

Exemple 8 :

species

Les scientifiques ? Quels sont leurs noms ? La date, le lieu, les circonstances ? Tous ces renseignements essentiels à travers les thèmes de «Le saviez-vous ?» sont manquants…

Les zoologistes et les botanistes peuvent avoir une idée pertinente du nombre approximatif d’espèces répertoriées par la science. Mais chacun de nous, sans exception, ignore totalement le nombre approximatif des espèces vivantes restant à découvrir. Ainsi il est impossible de fournir un pourcentage d’estimation s’il manque cette donnée… C’est aussi déraisonnable que calculer la probabilité d’apparition de la vie dans l’univers, puisqu’on ne dispose d’aucunes données quantitatives… Soyons sérieux.

Calcul :

T = nombre d’espèces terrestres répertoriées

D = nombre d’espèces terrestres restant à découvrir

alors D / (T + D) = 0,86

mais c’est impossible de trouver le résultat 0,86 si D est inconnu.

Ce que l’on sait actuellement, il y a 6,5 millions d’espèces terrestres et 2,2 millions d’espèces dans les profondeurs des océans. Des simulations informatiques cherchant à évaluer ce qui reste à découvrir n’ont pas le même degré de fiabilité que des données objectives directes.

Exemple 10 :

nuage

Un nuage gazeux ? C’est un pléonasme. 😉

Un nuage (dans son sens général dans une atmosphère) est composé de vapeur d’eau et de gouttelettes d’eau.

Dans l’espace, un « nuage » est toujours un gaz, mais ça porte plutôt le nom de nébuleuse.

Aurait-on prédit un rapprochement d’une nébuleuse vers le trou noir galactique ?

En cherchant on trouve (quand le phénomène existe). Voici l’info ici : http://www.futura-sciences.com/magazines/espace/infos/actu/d/univers-nouvelles-g2-nuage-frole-notre-trou-noir-central-48015/

Je cite : «Un nuage de gaz contenant l’équivalent de trois fois la masse de la Terre fonce en direction du trou noir supermassif au cœur de la Voie lactée : nous le savons depuis 2011. Actuellement, il frôle ce trou noir. Les forces de marée l’étirent et le morcellent. Sa partie avant a dépassé le point le plus proche de sa trajectoire, et s’éloigne du trou noir à plus de 10 millions de kilomètres par heure. Sa partie arrière continue de chuter sur lui.»

Dix millions de km/h équivaut à 277 777 778 m/s, soit environ 93% de la vitesse de la lumière dans le vide.

L’information est donc fondée. Mais mieux vaudrait que «Le saviez-vous ?» cite systématiquement ses sources, ça nous ferait gagner du temps.

Remarque finale : l’esprit critique ne consiste pas à tout nier en bloc, mais à tout vérifier objectivement avec soin, ainsi le thème «Le saviez-vous ?» ne dit pas toujours des incohérences et ses affirmations peuvent parfois être relativement crédibles, mais on ne découvre le degré de vérité qu’au cas par cas. L’enjeu de l’univers de l’information, ce n’est pas de relayer les informations (les moyens de diffusion sont très efficaces), mais d’évaluer ces informations avec objectivité. Le comble est de relayer les infos sans rien vérifier.


© 2013 John Philip C. Manson

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