Feng Shui et affirmation mensongère

  • Bonjour à tous. Mon blog est actuellement en activité très réduite (plus de 30 fois moins actif), mais il n’est pas à l’abandon. Je suis très occupé à d’autres priorités assez différentes. De plus, la saison estivale rend l’internet beaucoup moins actif que le reste de l’année. Puis je n’avais plus beaucoup d’inspiration à écrire depuis un mois. Cependant, j’ai trouvé un petit sujet assez intéressant pour vous montrer l’intérêt de l’esprit critique. Le temps, voila un sujet intéressant. La gestion du temps. Je veux parler ici du calendrier. Il existe un lien entre les calendriers et les mathématiques, et c’est ce dont je vais parler ici dans ce présent article.

Quelques jours plus tôt, en explorant Facebook, j’ai découvert un statut publié par un homme qui s’intéresse au magnétisme animal (le mesmérisme) et au Feng Shui (croyance traditionnelle chinoise récupérée par le monde occidental). L’intérêt de ce que cet homme a publié, c’est le contenu de l’image, et cette image présente la particularité d’être vérifiable et réfutable, elle a donc un intérêt scientifique parce que l’on peut réaliser une comparaison quantitative entre une hypothèse et le résultat de l’analyse.

Voici l’image de Facebook :

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Bref, une combinaison précise telle qu’il y ait 5 vendredis, 5 samedis et 5 dimanches dans le mois de juillet, est-ce que ça tombe tous les 623 ans comme cela est affirmé ? On peut réfuter ce que prétend cette croyance en présentant un contre-exemple quantitatif objectif.

Comme je suis un habitué du système GNU/Linux, il existe une fonction nommée CAL qui fonctionne en ligne de commande sous Linux. En développant mon propre programme, il est possible de vérifier combien il existe de mois de juillet correspondant à la condition évoquée ci-dessus dans un intervalle donné d’années. Pour les linuxiens n’ayant pas ce programme CAL, vous pouvez l’installer (sous distribution de type Debian) avec la commande suivante :  sudo apt-get install cal

Voici le code source de mon programme, en Bash :

#!/bin/bash

cmd=true
cyear=1900

while($cmd == true)
do
verif1=`cal Juillet $cyear | head -7 | tail -3 | wc -c`
verif2=`cal Juillet $cyear | head -7 | tail -3 | wc -w`
verif3=`cal Juillet $cyear | head -5 | tail -1 | cut -d’ ‘ -f1`

if [[ $verif1 == « 69 » ]]
then
if [[ $verif2 == « 21 » ]]
then
if [[ $verif3 == « 10 » ]]
then
echo « $cyear » >> calendrier.log
fi
fi
fi

cyear=$(($cyear + 1))

if [[ $cyear == « 2101 » ]]
then
cmd=false
fi

done

taux=`cat calendrier.log | wc -l`

echo $taux

Ce programme va créer un fichier journal qui liste les années entre 1900 et 2100 dont les mois de juillet qui ont 5 vendredis, 5 samedis et 5 dimanches. Puis lorsque le programme a terminé, il indique le nombre d’années qui correspondent à la condition définie.

Alors, cela arrive vraiment tous les 623 ans ? Non, pas du tout, c’est même bien plus fréquent.

Entre 1900 et 2100, il existe 28 années qui satisfont à la condition recherchée : 1904, 1910, 1921, 1927, 1932, 1938, 1949, 1955, 1960, 1966, 1977, 1983, 1988, 1994, 2005, 2011, 2016, 2022, 2033, 2039, 2044, 2050, 2061, 2067, 2072, 2078, 2089, 2095.

Il y a 14 années correspondantes pour le vingtième siècle, et autant pour le vingt-et-unième siècle.

D’après ce que dit le texte de l’image, avoir un mois de juillet avec 5 vendredis, 5 samedis et 5 dimanches c’était vrai pour l’an 2011 (il y a 2 ans), mais faux pour 2012 et 2013, et cela redeviendra vrai pour l’an 2016.

J’ai relancé le calcul informatique pour un intervalle de presque 10000 ans (entre l’an 1 de notre ère et l’an 9999 de notre ère, soit un total de 9999 années analysées). Il existe 1447 années qui satisfont à la condition (avoir un mois de juillet avec 5 vendredis, 5 samedis et 5 dimanches) sur 10000 ans. Le phénomène se produit donc en moyenne tous les 6,91 ans (presque tous les 7 ans), et certainement pas tous les 623 ans. Bref, en réalité, le phénomène est environ 90 fois plus fréquent que ce que raconte la croyance.

  • Ce constat soulève une question essentielle : à quoi sert-il de croire des choses certainement fausses alors qu’il est plus utile et plus pertinent de connaître ce qui est plus proche de la réalité ? Je n’inclus pas ici la croyance en Dieu, car l’existence de Dieu est une question indécidable par laquelle on ne peut conclure ni à l’existence ni à l’inexistence. L’indécidabilité conduit à deux choix : l’agnosticisme, ou la croyance. On est donc libre de croire ou de ne pas croire dans le cadre d’une question indécidable. L’enjeu ici avec le texte de l’image de Facebook est le suivant : lorsqu’une idée est quantitativement vérifiable et qu’elle se révèle fausse, ce qui est le cas du sujet étudié dans le présent article, il devient absurde de conserver cette idée quand on sait concrètement qu’elle est fausse, il faut donc la considérer comme une hypothèse réfutée et invalidée, et il faut donc la remplacer au mieux par un concept plus proche de la réalité si cela est possible, ou au pire on la remplace par une idée indécidable. Ainsi, l’équilibre vient de nos croyances qui doivent s’adapter à l’objectivité, et non le contraire. L’équilibre ne signifie pas équivalence entre subjectivité et objectivité, l’équilibre est donc plutôt l’adaptation de nos a prioris avec la réalité. Ce ne sont pas nos croyances qui fixent la réalité, mais la réalité qui s’impose à nous. Les Droits de l’Homme parlent de la liberté de croyance (article 18), mais ils parlent aussi du droit à l’éducation (article 26) au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental (dont l’aptitude au calcul). Que faire quand les résultats de calculs entrent en contradiction avec les croyances ? Libre à chacun de choisir, mais un choix est à faire pour lever la contradiction (principe du tiers exclu).

© 2013 John Philip C. Manson

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