L’erreur est humaine, même chez les sceptiques

L’erreur est humaine, même chez les sceptiques.

Si les sceptiques dénoncent régulièrement les dérives liées aux pseudo-sciences et à la mauvaise vulgarisation scientifique, cela ne veut pas dire que les sceptiques sont des sages irréprochables. Tout le monde, sans exception, peut commettre des erreurs. Einstein lui-même avait admis d’avoir commis des erreurs de jugement en ce qui concerne la mécanique quantique.

Me concernant, et malgré le soin attentif que je mets pour rédiger mes articles, je ne suis jamais à l’abri d’une erreur, une étourderie, une distraction, ou d’une altération de mon jugement critique en tombant sous le coup d’une émotion. J’essaie moi-même d’éviter tout écart par rapport à ma ligne déontologique, j’ai donc pris l’habitude de relire mes articles, et il m’est arrivé de demander une fois l’avis du Dr Goulu quand j’avais eu un doute. Je préfère faire preuve de prudence sur ce que j’écris, plutôt que risquer de devenir par accident la risée du web. Bref, je m’efforce de faire de mon mieux. Comme toute théorie scientifique, pour faire une métaphore, je suis faillible mais perfectible.

Si je parle d’un tel sujet aujourd’hui, c’est parce que je suis tombé des nues en lisant un mur sur Facebook. Un personnage médiatique, connu dans le milieu du scepticisme scientifique, a en quelque sorte commis une bourde. Je ne juge personne. Mais je vais exposer ce que j’ai vu de façon la plus neutre possible.

Voila. Il y a un an et un jour avant ce présent article, j’avais présenté l’arrivée d’un nouveau sceptique dans le web : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/27/lazarus-et-le-scepticisme-scientifique/

Ainsi comme je le relatais, Lazarus, personnage anonyme, avait présenté une brillante démonstration de l’imposture de l’homéopathie, cette pseudo-science qui discrédite la médecine.

Ainsi, promouvoir l’esprit critique et la méthode scientifique est une excellente initiative. Le slogan de Lazarus est «Semez le doute. Que la raison vous serve de guide.»

Mais voila, le personnage a révélé une faille. Voici ce qu’on peut voir sur Facebook :

lazarus

J’ai un double avis sur ce sujet. Lazarus dit s’inquiéter des dérives de la science comme par exemple le cas récent des moutons phosphorescents. Voici mon premier avis. J’admets que moi-même, je me suis demandé quelle utilité y avait-il à fabriquer des animaux phosphorescents. Il ne manque plus qu’à créer des poules sans plumes (c’est plus rapide à plumer pour les transformer en poulets rôtis), et même des poules qui pondent des oeufs cubiques (ça rentre mieux dans les boîtes de conserve, paraît-il). Dans le film génial «L’aile ou la cuisse» (avec Louis de Funès et Coluche), sorti en 1976, on y fait la satire des dérives de l’industrie alimentaire (Julien Guiomar joue le rôle d’un industriel prêt à tout). Ainsi, quand j’évoquais les poules sans plumes et les oeufs cubiques, c’est parce que ça en parle dans ce film, et c’est amusant. Mais cela devient moins amusant quand cela devient la réalité : a t-on conçu des moutons phosphorescents pour que les bergers retrouvent leurs brebis égarées pendant les nuits sans lune ? Les loups réintroduits par les écologistes risquent plutôt de mieux voir les moutons pour mieux les manger… Au fait, si les loups mangent des moutons phosphorescents, est-ce que les mangeurs coupables défèquent-ils des substances phosphorescentes ? 😉

anus

iconlol

Bon, la question n’est pas là. Mais il y a un problème qu’un internaute a eu la conscience de révéler, et on ne peut que le remercier. Voici ce qu’il dit :

jmabrassart

Les textes en images appartiennent à leurs auteurs respectifs

Son avis a le mérite de provoquer un déclic. Il est vrai qu’il vaut mieux rester critique. Parce que lorsqu’on lit les propos d’un sceptique médiatique (Lazarus), on a peu à peu tendance à lui faire confiance. J’avais cependant remarqué que Lazarus était parfois un peu trop politiqué, mais peu importait parce que derrière ça, la promotion de l’esprit critique et du rationalisme était quelque chose d’essentiel.

Mais là, donc, c’est le déclic. Une photo a été abusivement présentée comme une technique génétique (OGM). Il s’agit pourtant bien d’une greffe, plus précisément une xénogreffe. Voir ici : http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/ingenierie-tissulaire-reconstruit-etre-humain-01-05-1996-74018

Les mots ont un sens. Quand les mots existent, il faut les dire. Bref, on a affaire à une xénogreffe. À partir de ce mot-clé, je fais une visite sur Google Images en tapant xénogreffe oreille souris et je trouve ça :

Voici mon deuxième avis. Un texte qui dénonce les dérives de la génétique avec une photo d’une xénogreffe, c’est de la malhonnêteté intellectuelle, ou si c’est involontaire c’est ne pas avoir pris soin de vérifier les sources de la photo, et c’est une erreur déontologique. Ou alors c’était un test pour voir si nous étions sceptiques et attentifs nous-mêmes…

Cette histoire est là pour rappeler que l’exercice de l’esprit critique est un travail difficile qui nécessite du temps et de la patience, et surtout une grande rigueur méthodologique. Si M. Abrassart n’avait pas fait la remarque sur Facebook, et comme on est dimanche aujourd’hui et qu’on est moins en forme qu’en semaine (invités at home + repas copieux…), j’avoue que le coup de la photo détournée de son contexte n’aurait même pas titillé mon sens critique. Cela montre bien qu’il faut être constamment vigilant quand on lit le web. Merci à M. Abrassart.

Je pense que l’exercice de l’esprit critique doit se faire dans de bonnes conditions mentales. Quand on ne se sent pas trop bien, pratiquer l’esprit critique est déconseillé. Mieux vaut le faire pendant les jours où on est dynamique, en bonne condition.

Pour en revenir à notre histoire, on aura appris une leçon aujourd’hui. C’est pour cela que j’ai écrit cet article. On aura appris que même les sceptiques peuvent se tromper (ou nous tester). Que certains peuvent nous tromper, volontairement ou pas, je ne le sais pas, et je ne juge personne. Et qu’il faut conserver un recul critique même envers les sceptiques eux-mêmes. Parce que l’erreur est humaine.

Pour résumer, la science fait n’importe quoi en fabriquant des moutons phosphorescents, cela a été fait sans avoir réfléchi, apparemment. Par contre, les xénogreffes ont une utilité médicale. Cependant, je pense qui faut prendre en compte la souffrance animale. Il y a des limites à respecter.

Quand j’étais collégien, j’avais un excellent professeur de biologie, d’origine grecque. Ses cours étaient très intéressants. Il avait une bonne manière d’enseigner, et j’appréciais sa manière d’expliquer théoriquement les choses. Quand un prof sait transmettre son savoir, sa passion, son enthousiasme, ça crée de la motivation, ça crée de l’intérêt. Donc voila, j’aurais pu devenir biologiste. Mais j’ai un grand respect pour les animaux. L’expérimentation sur les animaux ? C’est trop cruel. Jamais ça. Je me suis donc destiné à devenir chimiste. Comprimer les gaz avec une pompe à vélo, faire prouter les coussins péteurs, et faire des expériences bizarres sur les gaz, ça ne fait pas de mal aux animaux, au moins. 😉

Lazarus a raison de montrer l’inutilité de certaines expériences scientifiques douteuses. Mais il a remaquillé la réalité en montrant la photo d’une souris greffée tout en montrant un texte anti-OGM, et cela n’est pas très fair-play, notamment en jouant apparemment sur la peur en s’éloignant du scepticisme scientifique. Il existe un risque que des opinions politiques viennent altérer le sens critique dans des contextes scientifiques. J’ai toujours eu un avis critique sur l’amalgame science/politique au même niveau que l’amalgame science/religion. Ces amalgames peuvent être dangereux. La science n’a qu’elle-même. Elle est et doit rester indépendante. En un mot : démarcation. Je sépare la science de la religion, je sépare la science de toute influence politique. Même principe que la laïcité. Je ne veux pas dire par là que la religion et la politique sont mauvaises ou à rejeter, mais la science n’a pas à s’embarrasser de passions subjectives. La subjectivité altère le discernement critique. La fatigue aussi. Il faut faire de la science avec conscience (science sans conscience n’est que ruine de l’âme).

Mais… Je me demande si Lazarus aurait voulu en fait tester notre sens critique en glissant exprès une photo de souris greffée. Test ou gaffe ? Je ne le sais pas, c’est pour ça que je ne juge pas, parce que ses intentions ne sont pas connues. Je me demande même si c’est le même Lazarus du début. Ce serait dommage que derrière l’incident se cache un nouveau système de pensée… Même si forcer un peu sur la réalité partait d’une bonne intention pour frapper les esprits des dangers de la science, je ne suis pas du tout d’accord. Il faut s’interdire de surenchérir, dans la science. Les textes doivent impérativement correspondre à ce qui est montré dans une image. Le respect de la vérité, le devoir de vérité. Bref, pour montrer des choses, il faut agir avec objectivité et transparence, sans tricher.

Ce que Lazarus voulait montrer : peut-on faire n’importe quoi sous prétexte que la science nous révèle des connaissances. La science consiste t-elle à tout faire tout ce que nous savons ? Non, évidemment. On ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi parce que nous savons comment le faire. Pourvu que nous ne découvrions pas comment stocker beaucoup d’antimatière, parce qu’il y aura toujours un con pour faire une connerie… Bouuum ! Les cons ça ose tout.

Puis la science ne peut pas être indéfiniment bonne et juste. La science a des facettes géniales, compensées par des côtés plus obscurs. Comment par exemple faire pousser une oreille humaine sans support biologique (une souris par exemple) ? Est-il possible de trouver de nouvelles techniques qui permettent de ne plus utiliser l’expérimentation animale ? Je ne le sais pas. Je sais que les animaux ont une conscience, ils ont droit au même respect que celui que nous avons pour les humains. Déjà que les humains ont souvent du mal à se respecter entre eux…

Sacrifier un animal pour sauver un humain. Est-ce que ça en vaut la peine ? Je préférerais soigner les animaux, tiens. Puis je trouve qu’on fait trop de gosses, déjà que l’avenir n’est pas brillant sur le plan économique… Mais ça c’est un autre débat.

Comme disait Woody Allen : «Plus je connais les humains, plus j’aime mon chien…»

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Le domaine de la recherche en ce qui concerne plus ou moins la santé et les sciences de la vie, ce n’est pas un domaine qui me plairait. D’après vous, quels sont les secteurs scientifiques les plus pourris par la fraude scientifique et les lobbys ?

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/10/la-fraude-scientifique-augmente-en-sciences-de-la-vie.html

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/807467/les-dessous-de-la-fraude-scientifique.html

http://dessousdescience.cafe-sciences.org/fraude-scientifique-publish-or-perish/

«Semez le doute. Que la raison vous serve de guide.»  Promis, je ferai gaffe…

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Les moutons ne rougissent pas de honte, ils deviennent phosphorescents au lieu de rougir. Le crottin de brebis aussi, il est phosphorescent ? Le fromage de brebis aussi ? Au fait, j’aurais l’air con si j’avais une méduse qui pousse à la place de la queue.   😉

iconlol

Complément du 3 mai 2013 :

Voici des liens vers Facebook, il y a de quoi se poser des questions.

  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=354014488033738&set=a.207072966061225.33058.207064809395374&type=1 Lazarus semble attester la réalité de l’obsolescence programmée, mais le Dr Goulu semble remettre en doute l’obsolescence programmée : http://www.drgoulu.com/2013/05/01/lobsolescence-est-elle-programmee-2/  où il dit qu’aucune stratégie des industriels pour limiter la durée de vie des produits n’a pu être prouvée.
  • https://www.facebook.com/photo.php?fbid=353335041435016&set=a.207072966061225.33058.207064809395374&type=1   Une arme anti-émeute, qui envoie des ondes électromagnétiques sur d’éventuels intrus jusqu’à 1 km ? Réalité ou manipulation par la peur ? Je constate l’emploi douteux d’images très suggestives… Faire jouer l’émotion n’est pas éveiller la raison. Soyons prudents, ne décodons pas seulement les textes, mais surtout les images. On a vu l’intox avec la souris greffée… Ce sont plutôt les méthodes de journalistes peu déontologiques qui jouent avec des images suggestives, pour créer un impact émotionnel, ça crée un raccourci qui anesthésie le sens critique. Toujours se méfier des images, c’est un détail important. Il peut n’y avoir aucun rapport entre une image et un texte qui y est associé, c’est ce que je tiens à souligner.
  • En revanche, le 21/12/2012, Lazarus dit sur Facebook cette question intéressante : «La folie médiatique est-elle responsable de nos superstitions ? » La question vaut d’être posée. Je rajoute même que ce n’est pas parce que l’on est des sceptiques nous-mêmes que cela signifie que nos lecteurs doivent nous croire sur parole…

© 2013 John Philip C. Manson

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