L’illusionnisme intellectuel du New Age

Le débat survenu sur Facebook est retransmis sur mon blog.

Mon principal contact Facebook s’exprime en ces termes le 24/04/2013 :

« Une autre trouvaille concerne les « ondes scalaires » une recherche Google s’impose. Elle vous indiquera le ratio de sites New Age, Next Age qui offrent des « démonstrations » sur ce thème ; cela peut être lié au concept de « réalité hyperdimensionelle ». Il ne m’a pas paru évident que ces ondes était expérimentalement fondées. 

Je remarque aussi que lorsque j’essaye de lire des explications dites « scientifiques » provenant d’un site New Age – je n’y comprend jamais rien. 

  • 1. soit les explications sont volontairement mal fichues, avec de nombreuses introductions de concepts de consciences, d’interactions et autres, 
  • 2. soit le fondement même de la théorie est bidon. 

En tout les cas je pense que cela part du principe que, dans l’esprit de la grande majorité des personnes, la science est quelque chose de compliqué et mystérieux et que donc c’est normal de rien y comprendre. Cela a un double avantage pour tout charlatan : Lui permettre de dire à peu près ce qu’il veut et forcer le trait de la complexité dans une explication. 

« Vous n’avez pas compris, c’est normal, c’est de la Science ! »
« Mais ayez confiance, moi je sais, c’est la Vérité ! »

Par opposition, je peux dire que lorsque je lis des pages qui utilisent une démarche scientifique et expliquent l’état des connaissances, c’est très accessible, instructif et qui plus est facile a retenir.
De sorte que je pense, que les théories les plus admises sont « naturelles », la science n’est pas aussi mystérieuse que le New Age se plait à le faire croire. »

Voici ma réponse :

Il n’y a rien à comprendre dans la prose pseudo-scientifique indigeste du New Age, c’est de l’illusionnisme intellectuel. C’est comme le gros baratin des vendeurs qui essaient de sauver leur entreprise de la faillite, en faisant de la vente forcée en quelque sorte.

La vraie démarche de la vulgarisation scientifique est de s’efforcer de se faire comprendre avec un langage adapté au public. Dans mon blog, j’ai fréquemment mis l’accent sur la concision et la clarté dans mes textes. 

La finalité de la science est d’être comprise, afin de pouvoir être évaluée en vue d’une réfutation dans le cas où la démonstration ou l’argumentation est fausse. En cas de non réfutation lors d’un examen logico-mathématique, l’expérimentation scientifique est nécessaire. Les sceptiques peuvent réfuter empiriquement (ou logiquement si c’est des maths) les racontars des charlatans, quand cela est vérifiable.

En cas d’invérifiabilité, c’est aux charlatans d’apporter des preuves matérielles sur un fait qu’ils prétendent, ce n’est pas aux sceptiques de le faire. L’existence d’un fait se prouve, tandis que prouver l’inexistence est un non-sens logique (à distinguer du dualisme vrai/faux). 
La science rime avec transparence et expériences. La science ne consiste absolument pas à enfumer les esprits. Les sujets scientifiques doivent être clairement compréhensibles dans leurs détails, preuves à l’appui, par tout le monde, même les débutants.

Et ce qui doit surtout être connu, avant tout, c’est ce qui définit la science : expérimentation et critère de réfutabilité. La science n’érige pas de vérités, elle ne fait qu’éliminer ce qui est conceptuellement faux en fonction des faits. En ce sens, les théories scientifiques sont perfectibles, mais un seul contre-exemple expérimental ou observationnel peut anéantir une théorie.

Les charlatans, eux, érigent des dogmes dont la signification exacte (et leur cause) est très floue, sans preuves, et ils rejettent les critiques en disant que c’est contraire à la tolérance et contraire à la progression des «connaissances nouvelles», alors que la vraie science est fondée sur l’évaluation de la solidité des savoirs.

La science n’a pas à avoir de mystère. Si nous ne savons pas tout en science en ce qui concerne les faits (la vie extraterrestre par exemple), la science n’a pas de secrets sur le plan théorique, tout doit être compréhensible sinon c’est de la fausse vulgarisation et une imposture.

SUR LES ONDES SCALAIRES

Pour compléter le débat, j’apporte des précisions sur le thème des «ondes scalaires». Ce thème est populaire dans les mouvances conspirationnistes, ufologistes et ésotériques. Selon le New Age, les ondes scalaires serait un nouveau électromagnétisme, mais c’est très prétentieux, et cela n’a rien de comparable avec les vraies théories scientifiques. Le thème des ondes scalaires alimente les théories conspirationnistes et ufologiques : dans le web on trouve des documents bourrés de fautes d’orthographe et qui se prétendent être (faussement) de sources militaires secrètes, et arguent que les « ondes scalaires » expliquent la fusion froide, la théorie de grande unification et d’autres foutaises du genre. Dans d’autres sites du web, les « ondes scalaires » font partie du jargon pseudo-scientifique des adeptes de la radiesthésie et du Feng Shui. Mais de tels arguments sont farfelus, du même niveau que le marketing pathétique des publicités pour crèmes cosmétiques qui prétendent rajeunir et raffermir la peau et effacer les rides…

Bref, le thème des ondes scalaires est répandu chez les adeptes du paranormal, du conspirationnisme et de l’ufologie.

Scalaire, vectoriel, ça veut dire quoi ? Ce sont des mots répandus en physique et dans les mathématiques. Je vais donner les définitions de la façon la plus claire possible.

  • Un vecteur est un segment qui possède une direction orientée, c’est-à-dire qu’à partir d’un point à son extrémité, le vecteur définit une grandeur dirigée vers une direction. C’est le cas pour la vitesse et la propagation des ondes électromagnétiques. Le mouvement des corps s’effectue donc d’un point origine et un point de destination. Pour un vecteur vitesse, le segment représentant le vecteur est d’autant plus long que la vitesse est élevée. Les accélérations et les champs électriques aussi peuvent être représentés par des vecteurs, de même que la notion de poids d’une masse soumise à une pesanteur. En climatologie, les forçages radiatifs (watt par mètre carré) sont représentés par des vecteurs. Plus précisément, pour une onde électromagnétique : un vecteur vitesse (ça je l’ai dit), un vecteur « champ électrique » et un vecteur « champ magnétique ». Voir image ci-dessous :

  • Dans le contexte de la physique, un scalaire, contrairement à un vecteur, est une grandeur qui n’est pas définie par une direction. Un scalaire est  une grandeur déterminée par sa mesure. La température est une grandeur scalaire, par exemple, et c’est une grandeur mesurée en fonction d’un point quelconque de l’espace (en temps qu’espace mathématique, et non un espace synonyme de vide spatial). La pression aussi est scalaire. Les ondes sonores sont des ondes de pression, voila un exemple exceptionnel d’onde scalaires.

Comme j’ai défini aussi bien que j’ai pu ces notions essentielles, j’en viens à poser une question.

Sachant que les ondes électromagnétiques se propagent à la vitesse de la lumière dans le vide, elles sont représentées comme des vecteurs. Mais dans le cas d’ondes scalaires dont on ne sait absolument rien, il y a un problème : si les ondes sont scalaires, comment se propagent-elles ? Et dans le cadre d’une mesure quantitative, comment s’y prend-on, quelle grandeur physique mesure t-on, et surtout : pourquoi dire que ce sont des ondes puisqu’elles n’ont pas de mouvement les définissant comme vectorielles. Ce qui attribue la nature d’onde, c’est le mouvement de l’onde par rapport à un repère. Si les ondes sont scalaires, elles ne se propagent pas : ce ne sont pas des ondes puisqu’il n’y a ni vitesse, ni longueur d’onde (dépendante elle-même de la vitesse), ni même une fréquence (dépendante de la longueur d’onde et de la vitesse). Voila un beau merdier en perspective… C’est comme avoir un courant électrique alternatif dont le circuit est équipé d’un condensateur électrique et d’une résistance, le tout sans même avoir de propagation électromagnétique d’ondes radio, alors qu’il devrait y en avoir (principe de la radio-électricité et de la TSF). Les ondes scalaires me paraissent contredire les lois de la physique, notamment les lois de Maxwell. En gros, les ondes scalaires c’est comme avoir des ondes dont la vitesse de la lumière est nulle… Mais je vais aller au bout de ma recherche, je donnerai des détails ci-dessous.

  • Modèle scalaire de lumière : pour le domaine de l’optique, et dans la plus grande majorité des milieux, la lumière émise par une source peut être décrite par une onde scalaire, appelée vibration lumineuse. Dans ce cas, la vibration est la grandeur scalaire. La superposition des ondes (lumière polarisée ou non) nécessitent seulement une représentation scalaire des ondes lumineuses, dans le cadre d’interférences.

Le mot « scalaire » est un adjectif qui fait scientifique, qui fait sérieux, c’est pour cela qu’il est utilisé par le New Age. Ce choix n’obéit à aucune logique ni à aucun fait, c’est parce que le New Age trouve que le mot est joli.

Mise à part le non-sens de l’appellation scalaire pour les ondes des adeptes du New Age, il y a aussi quelque chose de flou chez les partisans de cette conception : ils ne disent pas de quel type d’ondes il s’agit exactement, si ces « ondes » existent. Des ondes acoustiques, des ondes gravitationnelles, des ondes électromagnétiques ? On va bientôt comprendre, avec la notion de pression, plus bas.

Une onde est une perturbation d’un champ qui dépend du temps et qui, a priori, se propage.

Néanmoins, les ondes stationnaires existent, j’en ai personnellement observé lors d’expériences au lycée et à l’université. Cela consiste en l’oscillation rapide d’une ficelle. Même là, ces ondes mécaniques sont des vecteurs. Voir l’expérience de Melde ici : http://f6gqg.pagesperso-orange.fr/Les_antennes__%284%29.html (figure n°5), c’est ça que j’ai vu en labo.

  • Qu’est-ce qui peut être scalaire ? Une température, une pression, une densité. Mais qu’est-ce que ça peut bien être, une onde scalaire ?… Seule l’hypothèse des ondes sonores est retenue comme crédible : les ondes sonores, ça peut être de la musique par exemple. La musique adoucit les mœurs. Elle endort aussi les moutons pris au piège. Les ondes sonores, ce n’est pas seulement de la musique, ça peut être aussi les ordres verbaux donnés par un puissant gourou très influent, et la foule répond passivement avec des yeux de zombies : «Oui, maître…».   😉

La musicalité des mots n’est bonne que pour les poètes. Mais les apôtres du New Age ne sont pas aussi doux… Les moutons les suivent, mais ceux-ci ne suivent pas le bon berger, ils suivent des loups…

beee

Un mouton aime la sonorité du mot « onde scalaire », mais il ne connaît pas sa signification et n’y comprend rien. Moi non plus. Parce que justement, il n’y a rien à comprendre. À part peut-être la notion de bruit, seule explication possible de l’appellation « onde scalaire ». Le bruit des pets a des vertus thérapeutiques pour la paix de l’esprit… Prouwtzzz ! Amen…  Bon, après l’extase mystique, c’est l’heure de la prière ? Sinon, est-on autorisé à fumer pendant la prière, ou peut-on faire une prière pendant qu’on fume ? Et sinon, est-ce que se revendiquer de la religion Jedi (prononcer Jeudaï) peut conduire à l’exclusion scolaire pour manquement au devoir de laïcité si on arrive à l’école habillé en chevalier Jedi et armé d’un sabrolaser ?

iconlol

vador

Quand on a un livre de New Age entre les mains, il y a deux façons de le lire : ou on le lit avec confiance, en buvant les mots, imprégné de mysticisme et de merveilleux, sans rien creuser ; ou bien on le lit en analysant le moindre détail, en comprenant la moindre définition, en jaugeant les causes et les effets, pour évaluer si l’édifice théorique est solide ou fragile selon le point de vue des maths et des expériences scientifiques. Au tout début de ma démarche de sceptique, il y a des années, j’ai procédé à ces deux lectures pour voir si c’était pareil ou différent : entre les deux modes de pensée il y a un abîme, ça fait un profond déclic. Par exemple, on finit par ne plus regarder le magazine S&V de la même façon… 😉  Tous les bouquins sont faillibles, y compris les livres de sciences (quelques erreurs sont possibles dans un livre sérieux), et surtout les livres de pseudo-sciences (bourrés de contradictions et d’affirmations sans preuves).

Ou on est un mouton, ou on est un homme.

© 2013 John Philip C. Manson

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