Le suaire de Turin serait-il contemporain de l’époque du Christ ?

Je cite : «De nouvelles recherches menées en Italie contredisent les premières datations qui avaient été menées en 1988».

Je cite : «Selon le Daily Telegraph, des chercheurs de l’université de Padoue ont mené de nouvelles recherches sur le fameux saint suaire de Turin, […] leurs résultats indiquent […] qu’il date d’une période comprise entre 300 avant et 400 après Jésus-Christ. Bref, qu’il a pu être contemporain de la vie de Jésus.»

Je cite : «Le professeur Fanti, précise le quotidien britannique, « est catholique ».»

On sent l’objectivité du chercheur qui a fait l’étude… Entre 300 avant JC et 400 après JC, ça fait une grande marge, mais ça ne veut pas dire que la moyenne correspond historiquement à l’époque exacte du Christ (entre 7 avant JC et 30 après JC).

En effet, j’ai un exemple : avant les résultats récents du satellite Planck, on estimait l’âge de l’univers à 13,7 milliards d’années avec une marge d’incertitude de 200 millions d’années. Les 13,7 milliards d’années sont une moyenne, mais ce n’est pas forcément l’âge exact de l’univers. L’âge exact réel de l’univers est compris entre une grandeur minimum et une grandeur maximum, on sait juste que la valeur inconnue est comprise entre les deux bornes et qu’elle n’est pas hors de ces deux bornes. Avec les résultats de Planck, l’âge de l’univers est réévalué, il est de 13,82 milliards d’années, cette valeur est toujours comprise dans la marge de la valeur précédente, mais elle ne correspond pas à la moyenne mais à son maximum.

Il faut faire des tests en double aveugle sur le suaire de Turin afin d’éviter toute subjectivité qui biaise idéologiquement les résultats. La méthode scientifique doit être rigoureusement respectée.

La première étude attestant l’époque médiévale présentait une marge d’erreur de 130 ans, tandis que la seconde étude (celle dont parle l’article) présente une marge d’erreur de 7 siècles. Pourquoi cette différence ?

Une étude scientifique est habituellement publiée dans une revue scientifique à comité de lecture (dans un circuit d’évaluation par des pairs). Et c’est seulement ensuite que cela est relaté à travers la presse. Mais utiliser d’abord la presse sans passer par le circuit d’évaluation scientifique, c’est suspect.

La première étude est très claire : le suaire de Turin date du Moyen-âge, la datation est formelle car la marge d’incertitude, relativement faible, ne laisse aucun doute. Le suaire de Turin a été fabriqué entre 1260 et 1390 après JC. C’est dans cet intervalle, et on sait par datation au carbone 14 que ce n’est pas en dehors de cet intervalle. Si deux études se contredisent, l’une des deux est certainement fausse (ou les deux sont fausses, ça peut arriver), mais elles ne peuvent pas être vraies toutes les deux. Si tout s’était déroulé normalement, alors la seconde étude aurait dû avoir une marge de dates qui chevauche la marge de date de la première étude (1988).

  • D’après l’étude du STURP en 1988, la concentration moyenne en C14 du lin du suaire de Turin donne une date médiévale située entre 1260 et 1390 avec une probabilité de 95 %. Quatre mois plus tard parut dans la revue scientifique Nature un compte-rendu de l’étude : (Damon et al, Radiocarbon dating the Turin Shroud [archive], Nature, vol. 337, n° 6200 pp. 611-615, 16 février 1989.)

Concernant la nouvelle étude, en 2013, je ne savais pas que le quotidien britannique « Daily Telegraph » était une revue scientifique exigeante et pointilleuse sur les faits.

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Certains veulent toujours croire que le suaire de Turin est une énigme, alors que la science a déjà parlé et rendu son verdict en 1988. Le suaire de Turin est un faux. J’ai appris au moins une chose : les croyants sont prêts à tout pour justifier leurs croyances.

C’est atterrant que le journalisme n’évalue pas les infos avant de les relayer. C’est une évidence : on manque cruellement de journalistes scientifiques, et pourtant leur travail critique est nécessaire pour la qualité de l’information scientifique. Le journalisme devrait prendre exemple sur Ciel-et-Espace qui est un bon magazine de vulgarisation.

 

Puis je trouve que le journalisme devrait se montrer plus critique : http://www.lepoint.fr/science/le-suaire-de-turin-pourrait-dater-de-l-epoque-du-christ-29-03-2013-1647775_25.php  L’étude de 1988 (marge d’incertitude de 130 ans dans le résultat) est plus fiable que celle de 2013 (marge d’incertitudes de 7 siècles dans le résultat, c’est douteux), ça, je le souligne bien. Il faut éviter le sensationnalisme, et il faut dénoncer les incohérences.

© 2013 John Philip C. Manson

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