Fermeture des centrales nucléaires : un plan réaliste ?

S’il est évident que l’énergie nucléaire présente un danger potentiel en cas d’accident (naturel ou erreur humaine) ou en cas d’agression ennemie, il faudrait examiner si on peut concrètement trouver des solutions réalistes de remplacement si l’on ferme des centrales nucléaires.

Si fermer des centrales pourra nous sauver de futurs désastres comme Tchernobyl, ces fermetures ne peuvent pas être sans conséquences économiques, climatiques et énergétiques.

  • La France est doté de 19 sites nucléaires pour un ensemble de 58 réacteurs.
  • D’après RTE (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lectricit%C3%A9_en_France#Production), la production d’électricité d’origine nucléaire en 2012 est de 404,9 TWh par rapport à une production brute totale de 541,4 TWh, ce qui correspond à une part en nucléaire de 74,79%.

Si nous disposions de tous les moyens de remplacement du nucléaire pour assurer l’avenir énergétique, j’aurais été totalement d’accord avec Greenpeace pour une sortie du nucléaire. Mais il faut regarder les réalités en face.

Actuellement, le nucléaire est le meilleur moyen (avec l’éolien, l’hydroélectricité et le photovoltaïque) de lutter contre les émissions de dioxyde de carbone qui est la cause de l’effet de serre. Dans cette lutte contre l’effet de serre, la France ne représente qu’environ 1% de la planète, agir à l’échelle d’un seul pays n’a aucun sens si l’effort écologique ne s’applique pas à l’ensemble de la planète. Sortir du nucléaire, en sachant que les moyens de production de remplacement (éolien, photovoltaïque) sont très coûteux et actuellement au stade émergeant (donc étant des moyens insuffisants), c’est prendre un risque économique énorme. L’insuffisance et le coût élevé de l’éolien et du photovoltaïque a pour conséquence le recours aux centrales thermiques (charbon, gaz…). Par conséquent, remplacer le nucléaire par des énergies fossiles signifie une augmentation des émissions en CO2. C’est ce qui se passe en Allemagne, suite à une sortie partielle du nucléaire allemand.

Voici les arguments écolos lancés au président Hollande :

  • «Pour tenir sa promesse, François Hollande doit acter la fermeture d’au moins 20 réacteurs à horizon 2020».
  • L’engagement du président de la République est de baisser la part du nucléaire de 75 à 50% d’ici 2025 dans la production d’électricité.

Calcul : fermer 20 réacteurs sur un total de 58, ça fait une réduction de 34,48%.

Calcul : une baisse de 75% de nucléaire à 50% de nucléaire, ça fait une réduction de 33,33%. Cohérent avec le calcul précédent.

Voici le scénario du futur, si je passe de 74,79% de part en nucléaire à 50% de part en nucléaire, mais sans remplacement du nucléaire pour compenser la baisse d’électricité :

(404,9 – x) / (541,4 – x) = 50% = 0,5

x = 268,4 TWh/an    

Si on ferme 20 réacteurs sur 58, c’est bien équivalent à une transition de 75% de nucléaire à 50% de nucléaire. Le calcul confirme cela.

Cependant, si 20 réacteurs ferment, et que cette perte n’est pas compensée, nous manquerons de 268,4 milliards de kilowatts-heure par année. Quantitativement, cela signifie que la production électrique brute totale actuelle baissera de 49,58% si on ferme 20 réacteurs. Sans solution de remplacement du nucléaire, la production électrique française sera donc inévitablement réduite de moitié. Cette conséquence implique qu’il faut absolument mettre en place des moyens de production de remplacement pour compenser la réduction du nucléaire. Le pire, c’est que l’horizon 2020 ou 2025, c’est bientôt, c’est-à-dire dans 7 à 12 ans seulement, donc à court terme.

  • Si on remplace 268,4 TWh/an de nucléaire par l’énergie éolienne, alors il faudrait 1347 éoliennes neuves de 5 MW en puissance nominale (rendement de 22%). Leur coût sera au minimum de 1,35 à 1,75 milliard d’euros. Mais à réaliser dans le délai de 7 à 12 ans. Qui paye la facture ?
  • Si on remplace 268,4 TWh/an de nucléaire par l’énergie solaire, alors il faudrait 1,7 milliard de mètres carrés de panneaux solaires tels que chaque mètre carré produit en moyenne (sur un an) une puissance de 18 W seulement (aux latitudes françaises). Comme chaque m² de panneau solaire coûte environ 1000 euros, le coût total sera d’environ mille sept cents milliards d’euros. Oh ! C’est salé. Qui paye la facture ?

Sachant que le nucléaire, actuellement, permet à EDF de racheter l’électricité produite par les particuliers grâce à leur installation de production d’électricité par éolienne ou par le photovoltaïque, alors si on perd 268,4 TWh/an en production électrique, il faudra que les solutions qui remplacent le nucléaire soit strictement à la hauteur du défi énergétique pour qu’EDF puisse toujours racheter (au même tarif actuel ?) l’électricité des citoyens producteurs. Avec la baisse significative du nucléaire, comment EDF pourra t-il racheter l’électricité «verte» auprès des citoyens ?…

Qu’est-ce que l’avenir sous-entend ? Le présage d’une augmentation record du tarif de l’électricité. Cela a déjà commencé :

Alors, qui va payer la sortie du nucléaire ? Les jeunes ? Les chômeurs ? Les retraités ? Les bobos expatriés ?…

Les conséquences économiques et sociales seront désastreuses.

En outre, l’électricité risquera d’être boudée au profit des combustibles moins chers (bois, gaz, charbon…). Dans cette perspective, on ne pourra plus rien faire de concret pour lutter contre l’effet de serre… Je pense que l’urgence devra se focaliser sur l’interdiction de la déforestation, il faudra reboiser massivement.

Bravo l’écologie, hein ?

electr2017

Nous sauver du péril nucléaire, oui, mais à quel prix ? Au prix de saboter l’économie du pays ? On ne fait que remplacer un mal par un autre mal.

D’un côté, certains veulent appauvrir le pays en décidant de sortir arbitrairement du nucléaire mais sans apporter de solutions économiques viables. D’autres veulent abolir l’éducation (https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/27/apprendre-a-ecrire-une-option/). Où va t-on ?

Mais un jour, c’est une évidence, il faudra bien fermer les centrales nucléaires. La vie des centrales n’est pas éternelle. Il faut donc des solutions alternatives. Le projet EPR est la solution postnucléaire, mais comme les énergies vertes, ça aussi c’est très coûteux… Autre solution plus simple : réduire les gaspillages, mais pour commencer les donneurs de leçons devraient nous servir d’exemple…

© 2013 John Philip C. Manson

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