Courte analyse d’un article sur les traces de pesticides et médicaments dans les bouteilles

Ce lien dirige vers un article sur les traces de pesticides et médicaments dans les bouteilles, au moyen d’une analyse chimique sur 47 bouteilles d’eau, trois bonbonnes d’eau, et une dizaine d’échantillons d’eau du robinet prélevés dans trois départements.

Si les traces de substances douteuses dans l’eau «potable» sont fondées, il existe souvent un problème de crédibilité au niveau des données quantitatives, comme s’il n’était pas possible de relayer l’information scientifique correctement…

En effet, dans un article relatif aux sciences (ici, la chimie), la première chose que j’examine, ce sont les données quantitatives.

Ainsi, je m’étonne du fait que l’article affirme ceci : «Les teneurs sont infimes, de lors du micron, c’est presque rien.»

Le problème, c’est l’unité de mesure. Le micron, équivalent au micromètre (soit un millionième de mètre, ou un millième de millimètre) est une unité de longueur.

Pourquoi utiliser une unité de longueur, alors que l’on devrait s’attendre plutôt à une unité exprimée en microgrammes par litre, c’est-à-dire une concentration massique volumétrique ?

Ainsi, l’existence avérée d’une erreur incite au doute pour le reste de l’article.

Lorsqu’on épluche les journaux, il existe souvent une erreur au niveau de l’ordre de grandeur ou au niveau de l’unité de mesure. Dans l’actualité récente, on a rencontré une telle erreur avec le canular (poisson d’avril précoce ?) de la maison hantée en Lozère : un soi-disant expert, probablement pas un électricien, a mesuré des ohms (résistance électrique) pour tenter de mesurer un champ électrique (unité : volt par mètre)…  Voir ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/03/24/un-phenomene-paranormal-en-lozere/

Quantitativement, ce qu’on appelle traces, c’est une quantité infime de substance dans un milieu.

Il est possible de calculer par exemple la quantité minimale possible d’atrazine (http://fr.wikipedia.org/wiki/Atrazine) dans une bouteille de 1,5 litre d’eau. Supposons qu’il y ait par exemple une seule molécule d’atrazine dans la bouteille de 1,5 L, et que cela a pu être détecté par un spectromètre de masse.

La concentration d’atrazine devient donc égale à 215,683 / (6,02×10²³) grammes pour 1,5 L d’eau. Cela correspond donc à une concentration d’atrazine de 2,39×10⁻²² g/L, c’est la teneur minimale chimiquement possible en atrazine, soit 2,39×10⁻¹⁶ microgramme par litre, donc 23,9 millionième de milliardième de microgramme par litre. Donc quand une teneur est de l’ordre du microgramme par litre, la quantité de molécules d’atrazine dans 1 L d’eau est bien plus élevée, mais ce sont toujours des traces, par rapport à la teneur naturelle en sels minéraux.

Alors, j’ai cherché des données quantitatives concrètes pour avoir une idée, mais je tombe sur cet autre article : http://www.metrofrance.com/info/des-pesticides-et-des-medicaments-dans-les-bouteilles-d-eau/mmcy!7Gvx2y8sxec/

Dans cet article, le problème subsiste. En effet, je cite : «On est dans l’ordre de l’ultra-trace, du millième de micron, c’est vraiment minuscule».

En chimie, l’ultra-trace désigne des teneurs extrêmement faibles, à la limite du zéro. Dans ce cas, le seuil de toxicité est vraiment infime, aucun risque pour la santé. Mais celui qui affirme cette phrase emploie le terme de «millième de micron». Ce terme aurait été adapté pour l’évaluation de la taille de grains de sables solides et insolubles en suspension dans l’eau, mais cela n’est pas adapté pour d’autres molécules. Si c’était plutôt l’unité millième de microgramme par litre, c’est-à-dire un nanogramme par litre, cela aurait été plus pertinent et cohérent. Mon désaccord est de type métrologique. Autrement, je suis d’accord sur la conclusion que l’ultra-trace est exempte de danger sanitaire.

Mais si on y réfléchit, l’ultra-trace est inévitable. Un produit quelconque ne peut jamais être absolument pur. La pureté absolue est une illusion. C’est comme la radioactivité naturelle : il n’existe pas d’absence absolue de radioactivité. Parler d’ultra-trace, et incriminer les produits chimiques, c’est un peu faire du bruit pour rien. Il paraît que les billets de banque sont imprégnés de cocaïne, par exemple, peut-être en quantités plus importantes que le seuil d’ultra-traces. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20090818.OBS7935/des-traces-de-cocaine-sur-90-des-billets-de-banque.html Dans ce lien ci-contre, l’unité microgramme est utilisée, pas le micron.

Avec le terme de micron, les journalistes se recopient les uns et les autres. Si les pesticides et médicaments existent à l’état d’ultra-traces, je trouve étonnant que les nitrates ne soient pas évoqués alors que ceux-ci ont une concentration extrêmement plus élevée que ce que l’on appelle ultra-traces, concentration en nitrates du même ordre de grandeur que les sels minéraux présents dans l’eau (~ milligrammes par litre).

Pour revenir aux pesticides, voici une donnée intéressante (d’après un rapport parlementaire français de 2010 ou 2011) : «La France est le troisième consommateur mondial de pesticides (100.000 tonnes par an, dont 90 % utilisés en agriculture)». Cette donnée peut être comparée avec la pluviométrie annuelle en France (remplissage naturel des nappes phréatiques) : en moyenne 1200 mm par an. Comme 1 mm de précipitations équivaut à 1 L par m², alors, 1200 mm sont équivalents à 1200 L d’eau par m². La superficie de la France métropolitaine est de 552 000 km² environ, soit 552 000 000 000 m². Donc sur une année, la pluviométrie française est de l’ordre de  6,624×10¹⁴ L d’eau sur le territoire, soit 6,624×10¹⁴ kg, ou 662,4 milliards de tonnes.

Maintenant, on peut estimer l’ordre de grandeur de la teneur maximum en pesticides : 100 000 tonnes de pesticides pour 662,4 milliards de tonnes d’eau de pluie. Soit 1,5×10⁻⁷ tonne de pesticides par tonne d’eau, cela revient à dire 1,5×10⁻⁷ kg de pesticides par litre d’eau, soit 0,15 mg de pesticides par L.

Les pesticides me répugnent : ces poisons tuent les insectes pollinisateurs, dont les abeilles. Même à faibles doses.

Quant aux nitrates, il faut aussi en parler.

Deux jours plus tard, Futura-Sciences aborde le sujet : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/medecine/d/eaux-minerales-des-pesticides-oui-mais-des-medicaments-aussi_45466/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20130327-%5BACTU-eaux_minerales_:_des_pesticides_oui__mais_des_medicaments_aussi__%5D mais ici encore, je n’aperçois aucune donnée quantitative.

 

 

© 2013 John Philip C. Manson

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