Analyse d’un reportage TV à propos de la radioactivité

Je présente deux remarques sur cette vidéo :

  • Environ 20 secondes après le début de la vidéo, je cite : « À 20 km de la centrale [de Fukushima], les taux de radioactivité sont encore deux fois plus élevés que le seuil maximal autorisé »

En même temps, l’image d’un compteur Geiger apparaît à l’écran :

Geiger0.41

On arrive à lire un taux mesuré de 0,41 µSv/h (équivalent à 41 µrem/h), ce qui correspond à environ 4 fois le taux de radioactivité naturelle du Bassin Parisien. Si ces 0,41 µSv/h représente deux fois le seuil maximal autorisé (d’après la voix-off), cela signifie que le seuil serait fixé à environ 0,2 µSv/h, ce qui est quantitativement le double du taux de radioactivité naturelle. Or cependant, les régions granitiques (comme la Bretagne, en France) présente un taux de radioactivité naturelle plus élevé que le taux de radioactivité des régions sédimentaires. En effet, «le bruit de fond en bretagne, où le sous sol est granitique, est en moyenne de 0,22 µSv/h» (référence : http://www.geoforum.fr/topic/10919-micromineraux-uraniferes/).

Ce que je comprends avec ce constat, c’est que le seuil limite autorisé de radioactivité correspond au taux de radioactivité des régions granitiques.

C’est ce que je vais vérifier.

D’après cette référence, «Le 28 février dernier, on a pu relever à quelques mètres de la centrale accidentée un taux de 131 microsieverts. Ainsi, à ce niveau de radioactivité, on attendrait le seuil maximal autorisé en France en 10 heures d’exposition.»

Calcul en utilisant les données telles qu’elles se présentent littéralement : 131 µSv / 10 heures = 13,1 µSv/h. Soit 1310 µrem/h ou 1,31 mrem/h. Ce qui correspond à presque 32 fois le taux de 0,41 µSv/h. Donc 0,41 µSv/h est un taux qui vaut un trente-deuxième du seuil maximal défini en France.

D’après cette autre référence, «La réglementation française fixe à 1 millisievert par an la dose efficace maximale admissible résultant des activités humaines en dehors de la radioactivité naturelle et des doses reçues en médecine.»

Calcul :   1 mSv/an = 1000 µSv/an = 0,114 µSv/h

Ce résultat de 0,114 µSv/h est très différent des 13,1 µSv/h déduits de la première référence. Le facteur multiplicateur est de presque 115.

Je retiens la seconde référence comme grandeur valide.

Conclusion : je l’affirme moi-même, à 20 km de Fukushima, deux ans après la tragédie du tsunami, le taux de radioactivité de 0,41 µSv/h est 3,6 fois plus élevé que le seuil maximal acceptable de 0,114 µSv/h. Le journal TV dit «deux fois», on va dire que c’est dans le même ordre de grandeur et que l’info reste pertinente. Je pense néanmoins que ce serait plus intéressant si un journaliste scientifique donnait des détails à propos des unités de mesure utilisées dans le domaine de la radioactivité. Je pense que les gens voudraient connaître le degré de danger, donc il faudrait expliquer les grandeurs physiques utilisées. Informer plutôt qu’apeurer.

Complément : «Le niveau moyen d’exposition à la radioactivité naturelle (2.5 mSv/an) correspond à un débit de dose de 0.3 µSv/h. Un débit de dose de 2 µSv/h est jugé tolérable : c’est le débit de dose reçu par les populations qui habitent dans des régions à forte radioactivité naturelle.»

D’après ce dernier renseignement, le taux de 0,41 µSv/h est presque 5 fois inférieur à la dose tolérable de 2 µSv/h.

Autre renseignement intéressant : «En se référant globalement aux études sur les survivants d’explosions atomiques, les scientifiques sont en général d’accord pour dire qu’à chaque fois que le niveau d’exposition augmente d’un sievert (soit environ 280 fois la dose moyenne d’exposition annuelle), le risque de cancer s’accroît, sur toute la durée de la vie, d’environ 4 à 5%. (Cette augmentation varie aussi avec l’âge et d’autres facteurs individuels.)»

C’est intéressant car cette propriété logarithmique permet de calculer ceci : la probabilité de cancer atteint 50% environ lorsque la dose s’accroît de 9,21 Sv (soit 921 rem). C’est le seuil auquel un cancer devient probable. Pour atteindre une dose de 9,21 Sv avec une exposition moyenne de 0,114 µSv/h, il faut une durée de 80789473,68 heures, soient un peu plus de 9216 années… Avec une exposition de 0,41 µSv/h, les 50% de risque de cancer est atteint après une attente de 2562 années et demie.

Quelle est la dose d’exposition limite à laquelle le temps d’exposition (avec risque de 50% de cancer) devient inférieur à la durée moyenne d’une vie humaine ? Mon calcul indique une valeur critique de 14,39 µSv/h. Ainsi, si la radioactivité naturelle de 0,114 µSv/h était 126,23 plus élevée, nous aurions alors tous une probabilité non négligeable de développer un cancer (statistiquement un risque sur deux). En revanche, avec un taux de radioactivité naturelle de 0,114 µSv/h par rapport à l’absence de radioactivité, le risque de cancer tend vers zéro d’une heure à l’autre.Plus concrètement, une exposition pendant 73 ans à une dose de 0,114 µSv/h correspond à un risque de cancer de +0,3%.

À condition que l’affirmation selon laquelle «une augmentation de 1 Sv accroît le risque de cancer de 4 à 5%» soit vraie.

 

Puis d’après la même source : «Pour sa part, le Conseil national de la protection et de la mesure des radiations recommande de ne pas dépasser, par an, le millisevert d’exposition à des sources non-naturelles et non-médicales, et définit la «dose individuelle négligeable» en-dessous de 0,01 millisieverts reçus en une seule fois.»

Vérification : 1 mSv/an = 1000 µSv/an = 0,114 µSv/h : on retrouve donc la valeur du seuil limite explicité dans une des références plus haut.

  • Environ 52 secondes après le début de la vidéo, je cite : «Au milieu du village, les taux de radioactivité sont officiellement acceptables.»

Au même moment, on aperçoit un détecteur qui affiche de façon bien visible un taux de 0,13 µSv/h, comme le montre l’image ci-dessous.

0.13microSvpH

En effet, 0,13 µSv/h c’est sensiblement équivalent au taux de radioactivité naturelle des régions sédimentaires (comme dans le Bassin Parisien). C’est équivalent aussi au seuil maximal acceptable de radioactivité artificielle en France.

Chez moi, le 19 novembre 2011, le taux de radioactivité (mesuré) était de 0,11 µSv/h ± 0,05 µSv/h.

Je viens de réaliser une nouvelle série de mesures de radioactivité chez moi ce 11 mars 2013 : 0,097 µSv/h ± 0,05 µSv/h.

Ainsi, au centre du village japonais actuellement, à 20 km de Fukushima, le taux de radioactivité est à peu près pareil que celui du lieu où je me trouve présentement (le Bassin Parisien). Rester prudent, c’est ok, mais il ne faut pas céder non plus à la psychose. Les compteurs Geiger indiquent quantitativement s’il y a un danger ou non. Néanmoins, je comprends les peurs de la population après la tragédie qui l’a meurtrie. Puis il est vrai que la radioactivité ne se dilue pas uniformément en surface : certaines zones peuvent avoir une radioactivité plus concentrée, tandis que d’autres zones sont épargnées.

Rappel pour la conversion d’unités :  1 rem = 0,01 Sv.

Autres rappels : la période de demi-vie radioactive du césium 137 est de 30,5 ans ; celle de l’iode 131 est d’un peu plus de 8 jours.

À 1 minutes 20 secondes après le début de la vidéo de TF1, une institutrice indique que les enfants doivent se laver bien les mains et la gorge. Cependant, les dangers de l’iode 131 proviennent de l’ingestion d’aliments contaminés. Se laver les mains et la gorge, c’est superficiel, ça ne protège pas de la radioactivité, ça dilue tout au plus. La seule protection pour la gorge, en particulier la glande thyroïde, c’est d’avaler des pastilles d’iode stable afin d’empêcher l’absorption d’iode 131 radioactif. Mais cette éventualité n’est utile qu’en cas de radioactivité bien au-dessus du seuil acceptable, ce qui n’est pas le cas du village maintenant. En effet, un taux de 0,41 µSv/h est proche de celui que l’on rencontre dans les régions granitiques comme la Bretagne (dont la radioactivité y est  naturelle), notamment en Côtes d’Armor, niveau auquel il n’y a pas de danger pour la santé. Si le granite breton était un danger radioactif, notamment par genèse de cancers plus fréquents que dans les autres régions, ça se saurait. La preuve avec cette image de l’INSERM : http://www.inserm.fr/var/inserm/storage/images/mediatheque/images/dossiers-d-informations/cancer/cancer2/49451-5-fre-FR/cancer2.jpg  On y remarque que les femmes ne développent pas plus de cancers en Bretagne par rapport aux autres régions françaises. On constate cependant que la mortalité des hommes est supérieure à celle des femmes en Bretagne. Mais les dangers de la radioactivité, dans les faits, frappent indifféremment aussi bien les hommes que les femmes, aveuglément.

Vers la fin de la vidéo de TF1, on aperçoit une jeune mère qui accompagne son enfant à la sortie de l’école : la maman porte un masque qui couvre son nez et sa bouche. Cela peut assurer une protection contre les virus, mais pas contre la radioactivité. Il semble qu’elle porte le masque uniquement dans un contexte de prévention contre la grippe, sans lien avec le débat sur la radioactivité, mais dans cette confusion les téléspectateurs auraient pu croire un lien qui n’existe pas. La radioactivité ce sont des rayonnements qui atteignent le corps humain entier. De plus, le masque ne filtre pas l’air. Autre chose difficile à comprendre : seule la mère porte un masque, mais pas son enfant… Pourquoi ?…

Note : les images/vidéos appartiennent à leurs auteurs respectifs.

© 2013 John Philip C. Manson

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