À 3 ans, un QI plus élevé qu’Einstein ?

Mon présent article est la suite des articles axés sur le mythe du QI : https://jpcmanson.wordpress.com/?s=QI&submit=Rech.

Nous avons affaire à un fait : une enfant précoce. Ensuite, qu’est-ce qui est incohérent dans le texte journalistique ?

Voici la synthèse de mes remarques :

  • On ne peut pas comparer le QI de la gamine avec celui d’Einstein, puisque Einstein n’a jamais passé de tests de QI de son vivant (les tests de QI n’existaient pas encore à son époque).
  • À l’âge physique de 3 ans, un QI de 162 signifie que la fillette a un âge mental de 4 ans et 10 mois et demi par rapport à la moyenne. Cela fait une avance d’environ 22 mois en âge mental par rapport à la moyenne des enfants de son âge. Il est absurde de comparer le QI d’un enfant avec le QI d’un adulte : si le QI est un indicateur de retard ou d’avance mentale par rapport à une moyenne d’enfants en âge scolaire, le QI devient une imposture lorsqu’il est extrapolé aux adultes. En effet, supposons l’hypothèse selon laquelle Einstein aurait eu un QI de 160 à l’âge de 76 ans, cela aurait voulu dire que le physicien aurait eu un âge mental de 121,6 ans, soit 45,6 années en avance… Cela ne veut plus rien dire…
  • Un QI de 162 ? Mais avec quelle marge d’incertitude ? Et avec combien de tests reproductibles ? Puis a t-on la possibilité a priori de réfuter un test de QI ?
  • Plus intelligente que Freud, Napoléon ou encore Einstein ? Les premiers tests de QI apparurent à la fin des années 1950 aux USA. Einstein mourut en 1955, Freud en 1939, Napoléon en 1821, il est donc évident que deviner post-mortem leur QI est une foutaise. De nos jours sur Internet, le QI est une aubaine marketing : la plupart des portails du web proposent ce genre de service (payant à la fin de votre long test !)
  • Ensuite, le bilinguisme n’a rien à voir avec le QI. Le bilinguisme est possible à cause de la plasticité du cerveau qui s’adapte remarquablement aux stimuli. De même, rien n’empêche physiologiquement un enfant d’apprendre à lire avant l’âge de 6 ans. Lire tout seul c’est comme apprendre le dessin ou le vélo, on apprend de petites règles au départ puis ça vient tout seul par la pratique, pourvu que l’on pratique.
  • Comme certains, je m’interroge toujours sur l’utilité quelconque d’un club comme la Mensa. Il est plus utile d’apprendre à connaître nos propres limites que « s’astiquer la cervelle à la manivelle ». Ce n’est guère réjouissant de vivre dans son propre univers, noyé dans l’égo et celui des autres. La valeur humaine ne se mesure pas au QI qui est un mythe. Un mythe qui fait peu de cas des critères épistémologiques qui définissent la science…
  • D’après l’article ci-contre : https://jpcmanson.wordpress.com/2012/05/24/experience-statistique-sur-9-tests-de-qi/ j’ai établi que la marge d’erreur d’une série de 9 tests de QI est de 9,6%. Si la fillette de 3 ans a un QI de 162, il faut appliquer la marge d’incertitude : 162 plus ou moins 8 points, donc son QI «réel» est compris entre 154 et 170.
  • Le quotient intellectuel ne signifie rien si les gens qui passent ce genre de tests sont dénués d’esprit critique… Intelligent ou pas, peu importe, nous sommes tous moyennement bêtes. Être intelligent (enfin bon, si cela avait un sens) est sans intérêt si ça se limite à la pédanterie. Après tout, c’est comme le sport, on brasse de l’air, on transpire, mais ce n’est guère utile à la société. Toute chose devrait avoir un but, une utilité, des trucs qui se révèlent importants pour progresser dans la médecine, l’ingénierie et les sciences, voire pour sauver un système économique. Hélas, on se limite à lancer quelques fusées sur l’orbite terrestre, à financer les sports, à amuser. Les gaspillages ont pignon sur rue, même en temps de crise, au détriment de l’utilité. Pourquoi ne serions-nous pas pragmatiques et réalistes ? Cela vaudrait mieux que les idéologies, les utopies, les mythes et certains titres racoleurs et sensationnalistes…

Bref, le sujet fait état du cas d’une enfant intellectuellement précoce (c’est la réalité), mais tout ce qui est ajouté par le texte romancé du journalisme est superficiel, inexact et inutile, en contradiction même avec la charte du journalisme de 1971 selon laquelle les infos se doivent d’être exactes sinon rectifiées.

Le progrès personnel ne dépend pas de la génétique ni du QI mais de la seule volonté. Le talent c’est seulement l’envie d’accomplir quelque chose.

Puis en tant que blogueur, j’ai constaté que tout article qui parle d’Einstein fait le buzz. Einstein est un personnage médiatique très apprécié. Mais faut-il raconter des fadaises pour mieux vendre aux gogos, ou aimer inconditionnellement le respect de la réalité de façon désintéressée ? J’opte plutôt pour la seconde attitude, même si bloguer prend du temps, même si je ne suis absolument pas payé pour ça.

© 2013 John Philip C. Manson

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