L’intelligence et la génétique ?

Cet article de Gentside soulève de multiples interrogations.
Je le dis tout de suite. L’attitude scientifique ne consiste pas à dire amen aux nouvelles théories mais à évaluer la solidité de celles-ci.

Voici mes remarques :

Comparer l’environnement socioculturel des humains avec leur QI n’est pas fiable :

  • J’ai montré que les tests de QI comportent une grande marge d’incertitude (~ 30%)
  • Les altérations cognitives peuvent avoir des causes multifactorielles : perturbation de l’environnement familial (explosion des divorces, familles recomposées, familles monoparentales). Des épreuves affectives peuvent entraîner un état dépressif qui n’a rien à voir avec une diminution de l’intelligence mais plutôt parce que l’on n’aura pas eu la force de réussir les tests (dans un contexte comparable : iriez-vous au travail avec 40°C de fièvre ?).
  • Il n’existe pas de définition scientifique de l’intelligence, on ne peut donc pas la mesurer de façon aussi fiable que les analyses génétiques.
  • Il n’existe aucune preuve d’un lien entre le QI et la génétique (sauf à propos de certains retards mentaux, mais pas concernant la surdouance ni même l’intelligence «normale»).

Les facultés cognitives «normales» ne sont pas fondamentalement conditionnées ni déterminées par la génétique. L’intellect n’est pas inné, il est acquis : le développement de l’intelligence humaine est une affaire de stimuli, d’exploration du réel. Un cerveau n’est pas ce qu’il est à cause des gènes mais parce qu’il est utilisé et sollicité. L’intellect «normal» ou surefficient est un état basé sur l’action, la volonté, mais pas par une prédestination génétique. Néanmoins, une alimentation équilibrée aide à conserver des fonctions biologiques normales, la malbouffe contribue à une altération de la santé. De plus, l’épandage des pesticides est un empoisonnement organisé de la nature : c’est un crime contre l’humanité, un crime contre la vie. Les pesticides sont très toxiques contre l’environnement, notamment les insectes pollinisateurs qui sont en danger, et les vers de terre ; les insectes empoisonnés peuvent contaminer ensuite les oiseaux qui se nourrissent d’insectes, c’est la chaîne alimentaire qui est affectée. La chimie est une science, c’est même la base de mon métier d’origine, mais je trouve que c’est une science mal utilisée, dans l’inconscience. La science n’est qu’un outil, en fait ce qui pose problème c’est le système économique et la société de consommation, c’est un système malade.

Si l’étude relayée par Gentside était vraie, alors pourquoi la science n’est-elle pas née pendant les temps préhistoriques ? L’étude apparaît trop simpliste. Ce qui y est affirmé sur la dégradation des gènes sur 20 à 50 générations, est-ce une observation fondée sur des fossiles, ou n’est-ce qu’une hypothèse à tester ? Le style de rédaction paraît plus littéraire que scientifique, je cite : «si l’on estime que le plus haut pic d’intelligence se situait à l’aube de notre civilisation, soit il y a 3000 ans et environ 120 générations, chaque être humain aurait hérité de deux à six mutations génétiques. Des transformations durant lesquelles quelques neurones ont pu se perdre en route.» Il y a 3000 ans c’est vers l’an 1000 avant JC, mais l’Histoire a débuté plutôt vers l’an 4000 avant JC (il y a 6000 ans). En plus, 3000 ans pour 120 générations, ça fait 25 années pour une génération, en moyenne, mais en réalité c’est moins, compte tenu de la courte espérance de vie autrefois… Le nombre de neurones n’est pas déterminé par les mutations génétiques mais par les stimulations du fait de l’interaction avec l’environnement. Par exemple, on ne naît pas mathématicien parce qu’on a de bons gènes, on ne devient mathématicien qu’en faisant travailler la cervelle ; et quand un effort est fait, tout le monde peut y arriver, à condition de le vouloir. Être doué c’est le résultat d’un travail régulier, et rien d’autre.

Cependant, il est légitime de s’inquiéter de ce qui se passe à notre époque : les vocations scientifiques ont diminué de moitié lors des 15 dernières années. La désertification des filières scientifiques est un problème préoccupant et sérieux. Prétendre que c’est à cause des gènes serait un raccourci complètement absurde. Accuser les gènes, c’est occulter d’autres réalités : les failles du système éducatif, l’échec de la vulgarisation scientifique, l’inférence de mouvances religieuses dans la sphère scientifique et pseudo-scientifique (par la secte New Age et certains groupes ufologistes ainsi que certaines mouvances qui s’autoproclament «écologistes»).

Premier geste à accomplir : éteindre la TV et reprendre une activité normale…

Pourquoi sommes-nous si désespérément bêtes et méchants ? À cause de la télé-réalité… iconlol

© 2013 John Philip C. Manson

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