Analyse du livre «Et si la Terre s’en sortait toute seule» de Laurent Cabrol

Analyse du livre «Et si la Terre s’en sortait toute seule» de Laurent Cabrol

30 janvier 2013

Ayant acheté le livre de Laurent Cabrol vers 2009, j’entreprends de faire la critique de quelques passages du livre. Il ne s’agit pas d’une critique dans le but d’accuser, de nuire, ni de décrédibiliser, bien au contraire. Mon seul but est d’apporter un correctif pour que ce livre intéressant soit un peu plus exact. J’approuve Laurent Cabrol quand celui-ci dénonce la bien-pensance écolo médiatisée par sensasionnalisme à travers un phénomène de mode basé sur l’alarmisme culpabilisant et infantilisant.

Mon axiome de base est que tous les livres, y compris les livres dont on est plus ou moins partisan ainsi que les livres scientifiques les plus sérieux, contiennent toujours des erreurs. L’erreur est humaine, c’est normal et naturel. Mais ne rien relire, c’est diabolique.iconlol  Depuis quelques années, cet axiome de la faillibilité des connaissances est confirmé par un certain nombre d’analyses critiques réunies dans mon blog.

Même si le fond d’un bouquin est vrai, que son plaidoyer est juste et légitime, que ses arguments généraux sont fondés, il existe toujours des inexactitudes ou des erreurs quelque part (entre le petit détail excusable et la grosse bourde inadmissible). C’est ce que je vais prouver une fois de plus dans ce présent article.

ANALYSE DU LIVRE

  • Page 45 : Laurent Cabrol affirme que sur Terre il y a toujours la même quantité d’eau, en quantité constante.

C’est faux. Bien que l’eau déjà existante soit en effet durable dans le temps (les océans existent depuis plus de 4 milliards d’années), la quantité d’eau sur Terre est en augmentation, notamment à cause des hommes. La combustion des hydrocarbures produit du dioxyde de carbone mais aussi de l’eau. L’eau formée n’est pas détruite. Pour dissocier l’eau en hydrogène et en oxygène, il faut réaliser des électrolyses, ou bien porter la température à environ 3000°C (impossible dans la nature, sur Terre), ou bien effectuer une radiolyse de l’eau (par des rayonnements ionisants). Donc l’eau produite s’accumule sur Terre.

Démonstration avec l’exemple de la combustion des alcanes :

CH4 + 2 O2 -> CO2 + 2 H2O :: 16 g alcane donne 44 g CO2 + 36 g eau :: Ratio eau/alcane = 2.25

Dans l’exemple ci-dessus, 16 grammes de méthane brûlent avec 64 grammes de dioxygène pour produire 44 grammes de CO2 et 36 grammes d’eau. Le rapport massique montre qu’il se produit 2,25 kg d’eau par kg de méthane brûlé.

Voici quelques autres exemples avec les alcanes plus lourds :
C2H6 + 3.5 O2 -> 2 CO2 + 3 H2O :: 30 g alcane donne 88 g CO2 + 54 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.8
C3H8 + 5 O2 -> 3 CO2 + 4 H2O :: 44 g alcane donne 132 g CO2 + 72 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.63636363636364
C4H10 + 6.5 O2 -> 4 CO2 + 5 H2O :: 58 g alcane donne 176 g CO2 + 90 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.55172413793103
C5H12 + 8 O2 -> 5 CO2 + 6 H2O :: 72 g alcane donne 220 g CO2 + 108 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.5
C6H14 + 9.5 O2 -> 6 CO2 + 7 H2O :: 86 g alcane donne 264 g CO2 + 126 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.46511627906977
C7H16 + 11 O2 -> 7 CO2 + 8 H2O :: 100 g alcane donne 308 g CO2 + 144 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.44
C8H18 + 12.5 O2 -> 8 CO2 + 9 H2O :: 114 g alcane donne 352 g CO2 + 162 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.42105263157895
C9H20 + 14 O2 -> 9 CO2 + 10 H2O :: 128 g alcane donne 396 g CO2 + 180 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.40625
C10H22 + 15.5 O2 -> 10 CO2 + 11 H2O :: 142 g alcane donne 440 g CO2 + 198 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.3943661971831
C11H24 + 17 O2 -> 11 CO2 + 12 H2O :: 156 g alcane donne 484 g CO2 + 216 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.38461538461538
C12H26 + 18.5 O2 -> 12 CO2 + 13 H2O :: 170 g alcane donne 528 g CO2 + 234 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.37647058823529
C13H28 + 20 O2 -> 13 CO2 + 14 H2O :: 184 g alcane donne 572 g CO2 + 252 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.3695652173913
C14H30 + 21.5 O2 -> 14 CO2 + 15 H2O :: 198 g alcane donne 616 g CO2 + 270 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.36363636363636
C15H32 + 23 O2 -> 15 CO2 + 16 H2O :: 212 g alcane donne 660 g CO2 + 288 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.35849056603774
C16H34 + 24.5 O2 -> 16 CO2 + 17 H2O :: 226 g alcane donne 704 g CO2 + 306 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.35398230088496
C17H36 + 26 O2 -> 17 CO2 + 18 H2O :: 240 g alcane donne 748 g CO2 + 324 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.35
C18H38 + 27.5 O2 -> 18 CO2 + 19 H2O :: 254 g alcane donne 792 g CO2 + 342 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.34645669291339
C19H40 + 29 O2 -> 19 CO2 + 20 H2O :: 268 g alcane donne 836 g CO2 + 360 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.34328358208955
C20H42 + 30.5 O2 -> 20 CO2 + 21 H2O :: 282 g alcane donne 880 g CO2 + 378 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.34042553191489

C9998H19998 + 14997.5 O2 -> 9998 CO2 + 9999 H2O :: 139974 g alcane donne 439912 g CO2 + 179982 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.28582451026619
C9999H20000 + 14999 O2 -> 9999 CO2 + 10000 H2O :: 139988 g alcane donne 439956 g CO2 + 180000 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.28582449924279
C10000H20002 + 15000.5 O2 -> 10000 CO2 + 10001 H2O :: 140002 g alcane donne 440000 g CO2 + 180018 g eau :: Ratio eau/alcane = 1.2858244882216

En gros, pour les paraffines, il se produit environ 1,29 kg d’eau par kg de paraffine brûlée. Comme les combustions chimiques d’hydrocarbures sont très fréquentes depuis le début de l’ère industrielle, il est donc faux de déclarer que la quantité d’eau est constante sur Terre. L’augmentation se chiffre en milliards de tonnes d’eau nouvelle générée par la combustion d’hydrocarbures dans le monde chaque année.

  • Dans le livre, page 17, une baisse de 10 km/h pour les automobiles serait implicitement équivalente à une diminution (voire plutôt une non-production) de 0,5% du taux de CO2 atmosphérique.

Supposons que je roule à 90 km/h (25 m/s) sur une voie départementale, et qu’ensuite la vitesse est diminuée de 10 km/h afin de rouler à 80 km/h (22,222 m/s). Ainsi, dans cette situation, l’énergie cinétique passe de 100% à 79,012%, donc elle baisse de 21% environ.

Mais si je passe de 120 km/h (33,333 m/s) à 110 km/h (30,555 m/s), l’énergie cinétique passe de 100% à 84% environ, soit une baisse de 16%.

La production massique du CO2 est proportionnelle à l’enthalpie chimique de la réaction de combustion du carburant, et proportionnelle à l’énergie cinétique du véhicule.

Donc je ne vois pas de lien entre la baisse de 10 km/h sur route et autoroutes avec la baisse de 0,5% du taux de CO2, ni avec la baisse de 50% mentionnée dans un paragraphe antérieur de la même page 17.

  • Page 33, il est stipulé que la dilatation thermique de l’eau est une variation de l’ordre de 2,5 mm par an depuis 1993.

La dilatation isotrope d’un matériau solide ou liquide se présente sous cette équation :

dilatationthermique

D’après l’ENS (http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-montee-mer.xml), le coefficient (alpha) de dilatation thermique de l’eau est de 0,00026 K⁻¹. La dilatation thermique de l’eau se produirait sur le premier kilomètre de mer en profondeur (jusqu’au thermocline qui sépare les eaux froides profondes des eaux superficielles qui échangent avec l’atmosphère).

Ainsi, si on a une cuve remplie d’eau, de forme cubique dont les dimensions sont 1 × 1 × 1 mètre (soit 1 m³ en volume), alors chacun des trois côtés voit sa longueur augmenter de 0,26 mm après une élévation de 1°C. De fait, le cube de 1 m³ voit son volume augmenter légèrement, il devient égal à (1,00026)³ = 1,00078 m³. La variation de volume est donc de 0,00078 m³ par °C et par mètre cube (notons que cette valeur vaut le triple du coefficient thermique de l’eau par mètre et par °C).

On peut maintenant appliquer cela aux océans, en considérant le premier kilomètre de profondeur.

Volume moyen d’eau de mer au-dessus du thermocline : 4 pi R² × 0,7 × 1000 = 3,57×10¹⁷ m³ ; avec R = le rayon terrestre volumétrique.

Le calcul montre ensuite que la variation volumique par dilatation thermique est de 2,785×10¹⁴ m³ par °C. Il ne reste plus qu’à estimer la variation moyenne de la hauteur par rapport au niveau initial des océans. Par conséquent, mon calcul indique, si je ne m’abuse, que la dilatation thermique de l’eau de mer provoquerait une élévation moyenne du niveau marin de 0,78 mètre par °C. Comme la Terre s’est réchauffée d’environ 0,6°C sur un siècle, alors (sur une «vitesse» similaire) la température varie en moyenne de 0,006°C par an. Soit +4,68 mm/an pour le niveau marin d’après le calcul. Ce qui est un peu plus élevé que les +2,5 mm/an indiqués dans le livre. Mais les deux valeurs comparées sont du même ordre de grandeur, puis le niveau du thermocline est plutôt assez approximatif, on ne va guère chipoter sur le résultat. L’info donnée par Laurent Cabrol est donc crédible.

  • Page 23, l’auteur dit que la fonte des glaciers a fait passer la masse des glaces de 230 milliards de tonnes à 80 milliards de tonnes de 2000 à 2003, soit 10% des causes de l’élévation du niveau de la mer.

Cela correspond à une perte de 150 milliards de tonnes de glace en 3 ans. Comme il ne s’agit pas ici de glace déjà flottante, il s’agit d’immersion de glace terrestre dans l’océan.

On sait que, lorsque la glace flotte sur l’eau, 90,95% d’un volume régulier de glace reste immergé, et 9,05% de la glace reste au-dessus du niveau de la mer. Et comme Cabrol indiquait que la dilatation thermique correspond à +2,5 mm/an d’élévation du niveau marin, alors 10% de ceci est 0,25 mm/an.

L’immersion de 150 milliards de tonnes de glace dans la mer provoque une élévation moyenne approximative de 0,382 mm en 3 ans. Mais cela pas à cause de la fonte, mais à cause de l’immersion en mer seulement.

La fonte de glace d’eau douce dans l’eau salée entraîne une élévation de volume d’eau douce dans l’eau de mer quand la glace aura fondu. Quand une tonne de glace d’eau douce fond dans de l’eau salée, elle provoque une augmentation de volume océanique global de 24,39 litres en moyenne, d’après mon calcul.

Avec ces 150 milliards de tonnes de glaciers ayant fondu en 3 années, cela correspond à une élévation volumique océanique de 3,6585 milliards de m³. Soit une variation du niveau de 10,25 µm (micromètres !) en 3 ans. L’élévation du niveau de la mer à cause de la fonte de glace est très négligeable, mais quand il s’agit d’immersion de glace qui plonge tout-à-coup dans les océans, l’élévation du niveau est mesurable à notre petite échelle.

L’analyse d’autres paragraphes du livre est actuellement en cours…

© 2013 John Philip C. Manson

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