Le principe épistémologique de réfutabilité

Une hypothèse est scientifique si elle a la possibilité d’être réfutable. Une hypothèse scientifique, en fait, possède un sens à partir du moment où une expérimentation ou une observation est possible afin d’avoir la possibilité de réfuter l’hypothèse dans le cas où les faits montrent qu’elle est fausse. Voila pour les détails.

Ainsi, si des expériences ou des observations ne permettent pas la possibilité d’invalider a priori une hypothèse, cela ote à cette dernière son caractère scientifique.

En général, on n’adhère pas à une théorie scientifique, il faut chercher à la démolir, selon mes propres termes. C’est-à-dire que la méthode scientifique ne consiste pas à faire confiance à une théorie apparemment crédible, mais à plutôt y trouver les failles, puisqu’une théorie scientifique est une représentation faillible de la réalité. En bref, une théorie ou une hypothèse peut être crédible, être cohérente par rapport aux faits, mais ça ne veut pas dire que la théorie ou l’hypothèse est vraie.

On ne peut pas prouver qu’une théorie est la vérité, mais on peut prouver qu’elle est fausse avec même un seul contre-exemple expérimental ou observationnel.

Le réfutationnisme poppérien ne pose pas un doute qui dispense de réfléchir et de vérifier. Il pose seulement la nécessité d’une possibilité de réfutation dans le cas où l’hypothèse à tester peut pouvoir être réfutée seulement au cas où elle s’avère fausse. Ainsi, le réfutationnisme montre que la science consiste à éliminer ce qui est réellement superficiel plutôt qu’accumuler des savoirs a priori «vrais».

Il est juste de considérer la réfutabilité comme une éventualité d’une hypothèse potentiellement réfutée. Mais poser la condition à l’envers, en parlant de potentialité d’hypothèse irréfutée, cela exclut le principe de réfutation. Est-ce que la science s’arrêterait si les théories semblaient ne plus avoir l’air d’être réfutables ? Avec la théorie de la relativité qui résiste aux critiques et aux nouveaux faits observés depuis plus d’un siècle, cela a l’air d’une théorie solide, mais on ne saura jamais s’il existe ou pas de contre-exemple qui l’invalidera, mais au moins on sait qu’elle est réfutable car la construction des preuves expérimentales de cette théorie (avance du périhélie de Mercure, déviation des rayons lumineux des étoiles tangents au soleil…) ont suivi les règles de la scientificité. Parmi les preuves expérimentales de la relativité, il aurait pu survenir un contre-exemple qui invalide la théorie, ça a même failli arriver en septembre 2011 avec l’expérience Opéra sur les neutrinos apparemment plus rapides que la lumière (mais c’était finalement une erreur expérimentale d’après l’expérience Icarus). La relativité, ainsi, est réfutable avec l’expérience Opéra, mais Icarus conforte la théorie. On ne sait pas d’avance si la théorie sera finalement réfutée (elle peut l’être) mais elle est potentiellement réfutable.

Parler d’irréfutabilité définitive ne s’applique qu’aux dogmes, tandis que la science est évolutive, reproductible et perfectible avec des expériences.
Les dogmes ne s’appliquent qu’à des vérités absolues, mais pas à des représentations faillibles du monde où tout est sans cesse à redécouvrir et à remettre en question. En science, ce qui compte est la méthode, pas le but. Car dans le sens où l’on voudrait prouver définitivement une théorie, il n’y aura plus de démarche critique de remise en question, mais d’adhésion idéologique comme ce qui se passe actuellement en climatologie par le biais d’une structure hybride politique/science avec laquelle ses affirmations seront toujours sujettes à caution.

Ce qui établit la scientificité d’une théorie, c’est la réfutabilité potentielle, pas le fait qu’elle a été effectivement réfutée.

On sait qu’une théorie est potentiellement réfutable lorsque l’on parvient à concevoir un protocole expérimental ou observationnel qui puisse conduire à la possibilité d’une éventuelle réfutation.

Tandis qu’une théorie une fois réfutée vient confirmer son caractère réfutable (que l’on connaissait cependant déjà par la nature du protocole expérimentale), mais une fois réfutée la théorie, bien que scientifique, est devenue obsolète.

Par exemple, en ce qui concerne la théorie de la relativité, on sait comment concevoir des expériences pour vérifier la théorie et réfuter celle-ci au cas où elle serait fausse. L’expérience Opéra pouvait ainsi conduire soit à une confortation de la théorie, soit à son invalidation.

Réfutable et réfuté, bien qu’ayant la même racine, n’ont pas le même sens, ces mots expriment respectivement la potentialité de réfutation et la réfutation réalisée. Le concept de réfutabilité précède celui de la réfutation effective : avant de réfuter une théorie, on détermine d’avoir si elle peut a priori être réfutée. Ainsi, par exemple, à propos du concept de «l’avant Big Bang», avant d’affirmer péremptoirement si c’est crédible, on doit d’abord se demander si c’est une hypothèse scientifique : il faut pouvoir concevoir une expérience qui puisse prouver a priori que l’hypothèse est fausse s’il existe des faits qui la contredisent.
D’ailleurs, à propos de «l’avant Big Bang», je me pose la question depuis 2004 : est-ce que l’hypothèse est réfutable ?

Le sens de réfutabilité repose sur l’éventualité qu’il puisse exister au moins un contre-exemple expérimental ou observationnel qui invalide une hypothèse. L’absence de faits pour confronter une hypothèse afin de la contredire ôte à celle-ci son caractère scientifique. Mais dès lors qu’un fait réfute effectivement l’hypothèse, celle-ci a toujours un caractère scientifique, mais l’hypothèse scientifique proprement dite sera devenue désuète.

En bref :

  • La science ne consiste pas à savoir, elle consiste à éliminer ce qui est superficiel.
  • La science n’a pas pour but le cumul de «vérités», on ne peut prouver que des hypothèses sont fausses, on ne peut pas établir leur degré de vérité. Ce qui reste a priori cohérent, ce sont les théories scientifiques qui ne sont que des représentations faillibles du monde. Des théories scientifiques peuvent être crédibles mais ça ne veut pas dire qu’elles sont la vérité.
  • Les croyances, quant à elles, sont fausses dès le début, elles sont contradictoires entre elles.
  • Quant au concept de théorie ultime, de savoir absolu, ou de secret scientifique, c’est un mythe et un fantasme.

 

  • Le concept de réfutabilité précède celui de la réfutation possible : avant de tenter de réfuter une théorie, on détermine si elle peut être mise à l’épreuve en vue d’une telle tentative. Le sens de réfutabilité repose sur l’éventualité qu’il puisse exister au moins une méthode expérimentale ou observationnelle visant à révéler un contre-exemple qui invaliderait une hypothèse. L’absence de toute méthode permettant de confronter une hypothèse afin de la contredire ôte à celle-ci son caractère scientifique.

 

 

 

 

 

 

© 2012 John Philip C. Manson

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