Herméneutique de la science et de la spiritualité

L’herméneutique (du grec hermeneutikè, ερμηνευτική [τέχνη]) est la «théorie» de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes.

En examinant le portail Wikipedia orienté sur la spiritualité, je découvre ce texte suivant (j’y surligne en gras les mots-clés) :

  • Ken Wilber décrit les sciences dures comme des sciences étroites qui ne permettent des révélations qu’aux niveaux les plus grossiers de la conscience (les cinq sens et leurs extensions). Ce qu’il appelle les sciences larges inclurait les démonstrations combinées de la logique, des mathématiques, de la symbolique et de l’herméneutique ainsi que d’autres approches de la conscience. Une telle science devrait, à terme, inclure les témoignages des personnes pratiquant la méditation et autres pratiques spirituelles. Selon lui, cette « science large » fournirait une approche plus complète de la réalité que les traditions religieuses. Mais Wilber déclare également qu’une approche intégrale qui évaluerait les affirmations religieuses et scientifiques combinées serait préférable à la science étroite pratiquée actuellement.

Ce que j’en pense :

  • L’intrusion de la spiritualité dans le contexte de la science, afin d’usurper la science, est un exemple typique du New Age, à travers la spiritualisation abusive de la science, à travers l’amalgame de domaines n’ayant aucun rapport entre eux.
  • Être insatisfait des «sciences étroites» c’est émotionnel, c’est une attitude qui n’a déjà plus aucun lien avec ce qu’on connaît des sciences ni avec ce qu’on attend d’elles. Se détourner des «sciences étroites», autrement dit de la science officielle, c’est révélateur d’une quête de bien-être à travers un réenchantement du monde plutôt qu’une réelle soif de connaissances à travers un esprit plein d’abnégation.
  • Notre connaissance du monde, via la science, dépend de représentation faillible et évolutible de la réalité. Nos cinq sens (et leurs extensions que sont les instruments de mesure) sont le seul moyen objectif d’exploration des faits. Le critère élémentaire de la science n’est pas la conceptualisation ni une abstraction à outrance, mais la réfutabilité. La spiritualité New Age, contrairement à ce qu’elle prétend, ne peut pas permettre un approfondissement du réel car elle se fonde sur une herméneutique basée sur l’imaginaire et des croyances préconçues qui échappe au critère de réfutabilité.
  • Si les maths sont caractérisées par le formalisme et la logique, elles sont néanmoins réfutables (exemple : démonstration par l’absurde). La logique, le dénombrement, l’observation et l’expérimentation, axés sur le principe de CAUSALITÉ, ne doivent pas être confondus abusivement avec des approches symboliques ou psychiques qui sont orientées sur des ANALOGIES et des MÉTAPHORES. La causalité s’oppose à l’analogisme : de ce constat, la spiritualité n’est pas scientifique, et la science n’a pas vocation à être une spiritualité, ce sont deux domaines sans lien entre eux, comme la mythologie et la météorologie par exemple.
  • La «science large» de Wilber est une utopie dans laquelle l’écrivain croit que les témoignages et les méditations des gens font office de preuves scientifiques. Ni les témoignages, ni les livres, ne sont des faits. Les faits, c’est ce qui est observé et expérimenté, l’expérience sensorielle du réel, et non pas la conception émotionnelle d’une réalité qui n’est finalement (à travers la spiritualisation) qu’un concept irréfutable au sens poppérien. Si les cours d’Assises remplaçaient absolument les tests ADN au profit de témoignages invérifiables (exemple : «Dieu dans son omniscience m’a dit personnellement que l’accusé est innocent (ou coupable)»), la justice n’aurait plus aucun sens. La science c’est pareil. Ce qui établit les faits, en science, ce sont les preuves matérielles seules, pourquoi remettre en question ce principe de scientificité si ce n’est le but que de remplacer la méthode scientifique par une doctrine douteuse ?
  • Une «science large» au sens de Wilber ne peut pas mieux décrire la réalité que la science officielle. Les outils épistémologiques de la science sont suffisamment simples pour rendre la science efficace. L’énergie nucléaire civile est un grand succès de la science, sans le nucléaire notre industrie serait en grand péril. Les croyances et les superstitions, elles, n’évoluent pas malgré les siècles, et elles n’expliquent rien ni ne découvrent rien.
  • Le but de la spiritualité concerne la conscience humaine en dehors du contexte de la science, la spiritualité est souvent motivée par la recherche du bien-être, ou d’un mieux-être, ou en cherchant à combler une peur ou un vide affectif. Les connaissances scientifiques ne sont pas le but de la spiritualité, c’est l’affaire de la science, et les critères de la scientificité selon Karl Popper sont le meilleur outil que nous ayons pour explorer le réel. Prétendre que la science est étroite, c’est mal la connaître ; de nombreuses choses ont été découverte grâce à la méthode scientifique : l’électricité, la chimie, l’énergie nucléaire, l’astronomie. Les livres de science décrivent des faits qui peuvent être vérifiés et expérimentés. La spiritualité devenue une science fictive, elle, n’est qu’un instrument de mystification, à cause de ses doctrines invérifiables et irréfutables, et cette confusion peut conduire à des dérives et des dangers.

Wikipedia sert malheureusement de tribune au profit des courants irrationnels contemporains qui trouvent un moyen de large diffusion mondiale de leurs doctrines.

  • NOTE : Je n’ai habituellement rien contre les spiritualités comme le bouddhisme traditionnel et le soufisme par exemple, mais lorsque des courants mystiques modernes ont des prétentions scientifiques qu’elles n’ont pas, et quand elles ne respectent pas le critère épistémologique de réfutabilité, c’est un devoir de dénoncer l’oxymore abusif qui lie erronément et dogmatiquement la science au spirituel. La spiritualité est un ensemble de croyances ayant pour but de se rapprocher de Dieu, du Nirvânâ, ou de l’Homme lui-même, à travers des considérations purement abstraites avec l’aide de concepts distincts de la réalité matérielle objective ; mais la spiritualité n’a jamais consisté à être une nouvelle science, ni même à remplacer la science. Croire que la spiritualité et la science forme un ensemble cohérent, valable et complémentaire est une profonde erreur et un manque de discernement objectif.
  • Mysticisme quantique, New Age et écologisme : http://imposteurs.over-blog.com/article-millancay-haut-lieu-de-l-illuminisme-vert-57958897.html

© 2011 John Philip C. Manson

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