De la difficulté de la vulgarisation scientifique pour un journaliste

Voici un exemple d’article sur l’astronomie :

La moindre des choses pour informer le public ce serait d’écrire des articles plus conformes par rapport aux faits. En effet, en science, on ne peut pas employer les faux synonymes. Par exemple, il est erroné d’employer les mots “météorites”, “astéroïdes” et “Big Bang” (cf. “13 milliards d’années” dans l’article) comme synonymes car c’est dénaturer tout le sens de ce que l’on y explique.

L’ensemble de l’article en question est convenable, mais je tiens à citer ce sous-titre fortement litigieux :

  • “Depuis qu’une météorite a impacté la surface de la terre il y a 13 milliards d’années, aucun astéroïde n’a de nouveau heurté la terre.”

Une météorite confondue avec le Big Bang, c’est le comble… Je sollicite votre bienveillance compréhensive en vous suggérant de corriger l’erreur dans l’article, svp…

Rappel de cosmologie et d’astronomie :

  • Le Big Bang est un événement qui coïncide avec la naissance de l’Univers (dans la physique telle qu’on le connaît), c’est un instant duquel la température était très élevée (cent mille milliards de milliards de milliards de degrés Celcius, en langage littéral) à partir duquel s’est poursuivi un refroidissement depuis 13,7 milliards d’années. Bref, le Big Bang est à l’origine de l’univers tel qu’on le connaît avec ses galaxies, ses étoiles et ses planètes. En parlant en termes de thermodynamique, l’énergie de masse de l’univers observable est d’un ordre de grandeur comme 1,5*10^70 J (soit environ 4,2*10^63 kWh)
  • Un astéroïde est un gros caillou, de forme irrégulière, et de diamètre approximativement kilométrique (grosso modo 1 à 30 km, voire jusqu’à 300 km comme dernière limite). Lorsqu’un tel corps s’écrase sur Terre, c’est parce qu’il n’a pas été désintégré par le frottement de l’air de l’atmosphère terrestre à cause de sa grande taille. L’énergie cinétique d’un astéroïde est (avec une certaine marge) de l’ordre de 9*10^23 J, soit environ 2,5*10^17 kWh. Ainsi, le Big Bang est un événement qui mobilise une quantité d’énergie environ 20 milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de fois supérieure à celle de la chute d’un astéroïde !
  • Une météorite est elle aussi un gros caillou de l’espace, mais plus petit qu’un astéroïde. Une météorite a une taille de quelques mètres ou dizaines de mètres, et elle est désintégrée dans l’atmosphère terrestre avant même de percuter le sol. La désintégration de la météorite c’est ce qui laisse une trainée lumineuse visible dans le ciel (mieux vue de nuit) et on surnomme ceci sous le nom impropre d’étoile filante.

Pour résumer, quand je formule une critique, ce n’est pas pour le plaisir d’engueuler les gens, ni pour établir un quelconque rapport de force. Mon seul but c’est que c’est un devoir moral de signaler des inexactitudes involontaires qu’il faut corriger, par respect envers le public et envers les faits.Mon but est aussi de montrer que tout le monde a un droit : le droit de connaître les faits, lesquels doivent être présentés au public du mieux que nous le pouvons pour informer de façon la plus pertinente. L’erreur est humaine, mais les erreurs sont un enseignement. La meilleure façon de procéder c’est de reprendre mot pour mot les explications des astrophysiciens interviewés. Remplacer les mots du jargon scientifique par des synonymes quand on est un littéraire, pour la musicalité des mots, voila une erreur, car cela change souvent le sens du texte.

 


Le problème récurrent des données quantitatives fournie par le journalisme dans le domaine scientifique, c’est exactement le même que celui des agences de notation financière ou la climatologie d’opérette : une situation complexe et multidimensionnelle (ou multifactorielle) est ramenée et réduite à une évaluation unidimensionnelle, simpliste, globalisée, et donc en partie fausse, voire complètement fausse. Le pire dans le journalisme c’est la répétition de cette erreur de globalisation simplificatrice et réductrice ! En effet on élève ces simples opinions, hypothèses ou conjectures au niveau de faits établis, puis on les utilise pour établir une politique, comme si c’était pour orienter le public. Messieurs et mesdames les lecteurs, ne croyez pas tout ce qu’ils vous racontent. À vos calculettes !

Conclusion : ne jamais se fier à votre fascination ou votre peur pour les chiffres cités dans les médias.

 

© 2011 John Philip C. Manson

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