Les encyclopédies sont-elles sans erreurs et infaillibles ?

  •  Article mis à jour le 17 juillet 2014.

Analyse critique attentive de l’encyclopédie Quid année 2006

L’étude réalisée en juillet 2006 porte sur quelques pages concernant la rubrique Astronomie, de la page 201 à la page 206, et je donne ci-dessous mes observations.

 

Page 201c :

Je cite :

Selon des observations faites en 1998 à l’université de Seattle et au Lawrence Berkeley National Laboratory, l’univers serait définitivement en expansion indéfinie et accélérée.

Nuance : on a mesuré en 1998 une expansion actuelle accélérée semblant indéfinie, on ignore cependant si elle est définitive.

Je cite :

Vision récente de l’univers : l’écoulement du temps (toujours dans le même sens) est une illusion. L’univers est occupé par une infinité de mondes parallèles qui s’ignorent.

Précision : aucune de ces affirmations n’a été l’objet d’observations ni de confirmations. Ce sont de pures spéculations difficilement vérifiables ni réfutables. Elles échappent à la scientificité.

De plus, j’ai fait une critique sur l’écoulement variable du temps, concept inepte en physique, dans un de mes articles : http://jpmanson.unblog.fr/2010/07/30/sur-lecoulement-du-temps/

(Ci-dessus, le lien est mort, mais néanmoins consultable ici : http://web.archive.org/web/20101101090007/http://jpmanson.unblog.fr/2010/07/30/)

Page 202c :

Je cite :

Vie dans l’univers : Il y aurait une planète sur 1 million dans la galaxie qui pourrait contenir des océans.

On ne peut pas établir un taux de probabilité sans l’appui d’observations quantitatives réfutables. Pour quantifier une probabilité, il aura fallu faire une observation statistique, ou une estimation à partir de données physiques suffisantes. Il est impossible de faire des probabilités sans se référer à des observations statistiques factuelles, lorsqu’on ignore tout de l’hydrologie des exoplanètes puisque le sujet d’étude est invérifiable. La probabilité fournie par le Quid 2006 ne représente donc rien de concret et n’a pas de valeur empirique. C’est un nombre sorti de nulle part.

Ici : http://jpmanson.unblog.fr/2011/07/17/lexicologie-statistique-imposture-du-qi-et-mesure-quantitative-avec-marge-derreur/ j’explique la différence entre une expérience statistique reproductible (associée à une marge d’erreur) et une imposture comme celle du QI.

(Ci-dessus, les liens vers unblog sont morts, mais le thème du QI est beaucoup abordé dans le présent blog : https://jpcmanson.wordpress.com/?s=qi&submit=Recherche)

 

Page 203a :

Je cite :

…l’homme n’aurait pas vu le jour et, en son absence, les maîtres de la Terre seraient les insectes sociaux au psychisme le plus développé et le mieux différencié chez les êtres vivants.

Ironie : et les cétacés comme les dauphins, ce sont des animaux débiles peut-être ? Les insectes sociaux n’ont pas à proprement parler de psychisme, leur organisation sociale est décentralisée ; les insectes n’ont aucune intelligence individuelle, c’est la collectivité qui rend leur société organisée. L’auteur de cette maladresse méconnaît vraisemblablement l’entomologie.

Page 203b :

Je cite l’encadré sur le planétarium d’Anticythère.
Le Quid affirme que l’artefact archéologique date du premier siècle après J.C. alors qu’il date de 87 avant J.C. donc le premier siècle avant J.C.
L’artefact est présenté comme un planétarium alors que pour les archéologues et les astronomes, il ne s’agit que d’une hypothèse.

Page 204c :

Je cite :

Encadré sur la matière noire et l’énergie sombre.

Naines brunes (étoiles si denses que la lumière reste piégée à l’intérieur).

Objection ! C’est seulement le cas des trous noirs. Les naines brunes sont des étoiles trop légères pour amorcer leurs réactions de fusion nucléaire, mais celles-ci émettent toutefois un rayonnement thermique d’environ 700 °C. Quant aux trous noirs, ce n’est pas à cause de leur densité ni l’opacité que la lumière reste piégée, c’est à cause de leur gravitation.

 

Page 204a :

Je cite :

Sur la définition de l’étoile à neutrons.

A neutrons : étoile ayant une masse comprise entre 1,4 et 3 fois celle du soleil,
extrêmement dense (10^17 K par m^3)

Erreur d’unité physique ! L’auteur a spécifié l’unité K qui est une température absolue (le kelvin). Il fallait lire kg par m^3 (kilogramme par mètre cube) qui est une masse volumique.

Page 205c :

Je cite dans l’encadré “supernova”.

Selon une étude américaine de 1994, l’extinction massive de diverses espèces sur
la Terre, il y a 225 millions d’années, aurait été provoqué par une supernova qui
aurait irradié la planète et détruit la couche d’ozone.

L’unique source trouvée sur le sujet (dans Google) est ce site : http://www.sio2.be/cours/es6/ch07.php

De plus, le nom de l’astronome “découvreur” n’est pas indiqué par le webmasteur.
Aucune autre source scientifique ne parle de cette théorie. De plus, comment des chercheurs pourraient prouver que l’ozone ait été détruite dans le passé, et comment prouver que c’est bien une supernova qui en est l’origine ? Constater des brûlures cutanées sur des animaux fossilisés et pétrifiés, c’est un gag. En cherchant dans les sites anglophones, je trouve ceci : http://astrobiology.arc.nasa.gov/news/expandnews.cfm?id=542

Ils racontent que la radioactivité dans des sédiments terrestres serait la conséquence d’une supernova il y a 5 millions d’années. Cependant, je conteste cela, car plusieurs causes peuvent expliquer la radioactivité dans les sédiments. Des rayonnements cosmiques pourraient provoquer des transmutations nucléaires, mais pour que ce soit possible le flux aura dû être très élevé, ce qui aurait justement provoqué la mort de toutes les espèces vivantes terrestres, ce qui n’est pas le cas. L’ozone est un gaz (trioxygène) qui filtre les rayons UV, mais les UV ne peuvent pas provoquer de radioactivité. Quant aux rayons cosmiques, ils sont absorbés par l’atmosphère, qu’il y ait de l’ozone ou absence d’ozone.

Le problème est le suivant : s’il y a eu une supernova proche, il y a eu forcément formation d’un trou noir et d’une nébuleuse, et cela aurait dû laisser des traces observables à une certaine distance relativement proche. Or, le trou noir ou la nébuleuse la plus proche est bien trop loin pour pouvoir prétendre être le résultat de la supernova qui aurait détruit la couche d’ozone.

Pour ce qui est du trou noir le plus proche, dans le cas d’un trou noir supermassif, il s’agit bien évidemment du centre de la Galaxie, qui existe depuis fort longtemps. Parmi les trous noirs stellaires connus les plus proches, Cygnus X-1 se trouve à environ 8000 années-lumière de nous, il me semble.  Et selon le site http://www.cidehom.com/apod.php?_date=000117 un objet nommé V4641 Sgr, dont la plupart des astronomes pensent qu’il s’agit d’un trou noir, a été découvert à seulement 1 500 année lumière de la Terre. Cela en fait le plus proche trou noir potentiel.

Bref, il faut prouver quelle est la supernova (et donc le trou noir consécutif) qui aurait irradié la planète, sinon l’hypothèse reste irréfutable…

Page 206a :

Je cite :

Strangelets : particules de plusieurs tonnes qui seraient composées de quarks
et de “quarks” étranges de la taille d’un grain de pollen pesant plusieurs tonnes.
Passage détecté sur Terre le 22-10-1998 (vitesse : 400 km/s ; durée du trajet
entrée/sortie : 26 s).

Alors là, ce truc m’a paru suspect.
Après renseignements, ces particules sont hypothétiques, et d’autre part je doute que ces particules existent car elles contredisent la physique quantique.

J’explique : la durée de vie d’une particule est inversement proportionnelle à sa masse. C’est le cas des mésons, qui sont des particules composées de paires de quarks. Les seules particules stables sont les triplets de quarks que sont les nucléons. Aucun site francophone scientifique officiel ne parle des strangelets tels qu’ils sont décrits dans le Quid, excepté des sites faits par des particuliers qui ne peuvent pas être considéré comme du contenu scientifique authentique.
Cependant, le wikipedia anglais parle des strangelets et spécifie les dates d’octobre et novembre 1993, et non 1998 comme le Quid l’a dit. De plus, les chercheurs sont originaires de l’université méthodiste du sud (Southern Methodist University, les méthodistes sont une église protestante dissidente), ce qui est loin d’être une université impartiale, neutre et laïque.
On sait qu’en Amérique du nord que des “théories” comme le créationnisme sont décrétées “science”. Ces chercheurs spécifient toutefois que les strangelets qui traversent la Terre ne sont qu’une hypothèse. Aucune observation n’a confirmé que les strangelets existent, ils sont spéculatifs, et ceux-ci me paraissent contredire la physique quantique.

Pourquoi les strangelets contredisent-ils la mécanique quantique ? Ils ne satisfont pas du tout à l’équation du principe d’incertitude de Heisenberg. En effet, une particule de plus d’une tonne se mouvant à 400 km/s a une durée de vie inférieure à4 × 10-48 seconde avant de se désintégrer, mais le problème ici, c’est que la plus petite unité divisible de temps (le temps de Planck) est d’environ 4 × 10-44 seconde, le temps de longévité d’un strangelet ne peut pas être inférieur, de 10 000 fois moindre, la durée de Planck !

 

 

Page 206a :

Je cite :

Hawking (Amér., né 8-1-1942).

Le Quid 2006 affirme que Stephen W. Hawking, le célèbre physicien, comme étant de nationalité américaine. Cependant, Hawking est anglais, il est né à Oxford en Angleterre et jusqu’à ce jour il n’a pas été naturalisé d’une autre nationalité.

Juste un détail pour le dossier Ufologie dans la rubrique Astronautique du Quid 2006. On remarquera la mention de l’affaire de la soucoupe volante de 1981 à Trans-en-Provence. Il s’agit en fait d’une légende urbaine : il n’existe ni rapport ni enquête. Les travaux du GEPAN, tel que la « Note technique n°16 » concernant Trans-en-Provence, sont extrêmement controversés. La contre-enquête réalisée par le SERPAN démontre en effet les nombreuses faiblesses de l’enquête réalisée par le GEPAN à l’époque. Mais ça, le Quid n’en parle pas.

Pour en savoir plus : Trans-en-Provence, le mythe de l’OVNI scientifique :
http://www.zetetique.ldh.org/tep.html

 

 

Page 217a :

 

Le Quid 2006 évoque l’effet Allais, présenté comme une augmentation anormale et inexpliquée de la gravité terrestre lors d’une éclipse totale de soleil. Mais dans la rubrique Astronomie, ce genre d’info est controversée, parce que l’effet Allais est reconnu comme relevant de la pseudo-science. Les observations de l’effet Allais sont rares et plutôt contradictoires, non seulement à cause de la rareté relative de telles éclipses afin de réaliser des vérifications reproductibles, mais aussi parce qu’aucun protocole d’expérimentation rigoureux n’aurait été respecté.

 

 Page 306b :

Le Quid 2006 dit qu’une particule alpha a une énergie de 4 à 9 MeV et affirme que cela correspond à une vitesse d’environ 10 000 km/s.

Calcul :     E = 0.5* 4 * 1.6*10^-27 * 10000000^2 / (1.6*10^-19 * (1 – (10000000/299792458)^2)^0.5) = 2 MeV.

Le calcul montre qu’une particule alpha ayant une vitesse de 10 000 km/sa une énergie cinétique de 2 MeV. Ce qui signifie que les 4 à 9 MeV correspondent à une vitesse supérieure à 10 000 km/s, soit de 14134,3 km/s à 21186,7 km/s plus précisément.

Preuve : http://www.wolframalpha.com/input/?i=9000000+%3D+0.5*+4+*+1.6*10^-27+*+x^2+%2F+%281.6*10^-19+*+%281+-+%28x%2F299792458%29^2%29^0.5%29

 

 

Page 247b :

Le Quid 2006 affirme : “Début XVIIIe siècle, les frères Cassini […] mesurent la France et pensent que l’axe des pôles est plus long que l’axe équatorial”.

C’est le contraire, puisque la Terre est aplatie aux pôles…

 

CONCLUSION :

Deux hypothèses peuvent expliquer toutes ces erreurs.

1. L’auteur manque de rigueur ou a trop confiance aux données.
2. L’auteur ne vérifie pas ses sources.

Mon étude révèle statistiquement 1 étourderie par page, entre la page 201 et 206. Cela peut paraître inquiétant pour un livre très populaire. Certains passages erronés existent depuis plusieurs éditions d’une année à l’autre et n’ont pas été corrigés car personne ne semble en avoir informé les rédacteurs du Quid.

 

Mon étude statistique prouve qu’il ne faut pas croire aveuglément ce qu’on lit, même si c’est en apparence de l’information scientifique, et même quand c’est une source considérée comme sûre et renommée. Les livres exempts d’erreurs sont un mythe. Dans cet article, mon but était de montrer la nécessité de l’esprit critique, et que la réflexion rationnelle prévaut à la confiance.

 

© 2011 John Philip C. Manson

Complément du 17 juillet 2014 :

Le livre «Le fascinant nombre PI», de J.P. Delahaye, 1997, éditions « Pour La Science, diffusion Belin », formule une critique du Quid, page 83, je cite le paragraphe :

pi

On s’aperçoit bien que le Quid est malheureusement truffé d’erreurs ou d’inexactitudes, et que je ne suis pas le seul à l’avoir constaté.

Pour ceux qui veulent lire ce livre, voici la référence : ISBN 2-9029-1825-9. http://www.amazon.fr/Le-fascinant-nombre-Jean-Paul-Delahaye/dp/2842418255

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

 

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