La spiritualisation pathologique de la science

setvavr2007

La couverture du magazine parlait d’elle-même en avril 2007.

Le retour de la spiritualité par le biais de l’écologisme et de la mouvance New Age, à travers la phrase-clé de Lovelock : “La Terre est vivante”.

Pour appuyer la foi, on agrémente l’euphorie par des émotions contraires, comme la peur et la culpabilité, en présentant l’existence d’un problème : en gros, les saisons sont déréglées, les animaux et les plantes souffrent et notre santé est en péril.

En science, l’originalité peut être un atout dans la mesure où l’on peut émettre des hypothèses scientifiques novatrices. Mais l’originalité devient un inconvénient lorsqu’elle rompt avec la méthode scientifique. En effet, l’hypothèse Gaïa n’est pas une hypothèse scientifique, elle est seulement une métaphore, au mieux un concept philosophique, et au pire une nouvelle religion.

La Terre est vivante ? Si c’était vrai, elle se reproduirait… Et le noyau métallique au centre de la Terre n’est ni un pépin, ni un noyau de fruit, ni un embryon.

Dans les mouvances spiritualistes, Lovelock est perçu comme un visionnaire, tandis qu’il est vu comme plus ou moins un illuminé par ses pairs.

Jamais la science (et la méthode scientifique) n’a consisté à attaquer les idées nouvelles, la seule condition des idées scientifiques étant que celles-ci aient la possibilité d’être réfutables, reproductibles et quantifiables. En clair, une théorie scientifique s’oppose à un dogme propre à la religion et la spiritualité.

Échantillon de la pensée de Lovelock : “L’apparition de l’humanité a été une chance pour Gaïa. Nous sommes un peu son système nerveux, en tout cas, c’est grâce à nous qu’elle a pris conscience d’elle-même. […] Elle perdrait beaucoup en nous perdant.”

Pourquoi ce genre d’affirmations est dépourvu de scientificité ? Parce que cela est basé sur des analogies, pas sur des causalités. Et cela rappelle étrangement la notion de noosphère et de conscience universelle, thème fréquent du New Age. Ni l’existence ni l’apparition de l’Homme ne joue de rôle pour la planète Terre, parce que la Terre a existé 4,6 milliards d’années sans nous et a très bien pu survivre sans nous, l’Homme étant une espèce très récente dans l’échelle géologique de l’histoire de la Terre. Et même si toutes les armes nucléaires du monde vitrifiaient le sol terrestre, elles ne pourraient guère porter atteinte aux abysses océaniques, on ne peut pas détruire toute la vie sur Terre, déjà que nous sommes incapables de tuer les virus, tandis que les antibiotiques ont leurs propres limites contre la myriade d’espèces de bactéries.

Avec cette ivresse spirituelle mêlée d’angoisse, suscitant en fait la controverse, il est temps de recentrer les priorités : on ne peut agir raisonnablement que sur la base de connaissances obtenues à travers des relations de causalité à travers des observations empiriques, on ne peut pas se contenter de métaphores irrationnelles ni d’analogies simplistes et réductrices.
Cependant, selon Wikipedia, James Lovelock se serait officiellement désolidarisé de la façon dont la mouvance Gaïa présente sa théorie, qu’il estime caricaturée par l’idéologie écologiste politique.

L’homéostasie physico-chimique comme principe naturel d’autorégulation de la surface de la Terre est ridiculement tournée en dérision, malmenée, dans les hypothèses Gaïa qui déforment des faits indéniables en des considérations idéologiques radicales à travers des interprétations pseudo-scientifiques et spirituelles. Le thème de Gaïa est même récupéré abusivement en politique (avec l’écologisme) et aussi dans les sciences humaines (homéostasie sociale humaine), voire aussi en sémiologie. Dans certains groupes marginaux, la planète Terre-Gaïa est une déesse, signe du retour moderne de la Terre-mère annonçant l’apparition de nouveaux mythes selon certains.

Il est utile de rappeler que les hypothèses Gaïa et la théosophie sont à l’origine de la mouvance New Age, à travers le concept millénariste de l’Ère du Verseau.

Le New Age aspire à une fusion globale : une religion mondiale unique, un gouvernement mondial unique, une citoyenneté mondiale unique, une économie mondiale unique, une armée mondiale unique… La notion d’identité et d’individualité est remplacée par la pensée collective et universelle. La pensée analytique rationnelle est remplacée par une pensée synthétique intuitive. Le New Age supprime toute contradictions, en usant de tous les amalgames confus : la science mêlée à l’occultisme, le mélange de plusieurs religions, le relativisme total de toutes les idées et croyances qui se valent toutes.

On retrouve un processus analogue de spiritualisation de la science dans la littérature, avec cet exemple de citation d’un écrivain de science-fiction : « Il est temps de sortir des clivages bipolaires habituels avec un monde officiel et un monde irrationnel. Il y a des faits, il y a des évènements et il importe d’en parler normalement sans passion, ni exclusion systématique. Le monde n’est pas dans une simple dichotomie « j’y crois – j’y crois pas ». Il y a la place pour une troisième voie qu’on pourrait résumer à une phrase : « je ne peux pas encore l’expliquer mais ça ne m’empêche d’y réfléchir et de voir si cela ne pourrait pas avoir une utilité. »

En utilisant un décodeur, on résume ainsi ce qu’il affirme : abolition de la dialectique scientifique cohérence/contradiction au profit d’un autre mode de pensée, une sorte de flou logique avec lequel toutes les opinions se valent. Je rétorque en ces mots : avant d’expliquer un phénomène paranormal ou autre, il faut s’assurer d’abord qu’il existe, à travers des hypothèses quantifiables, réfutables et reproductibles. Réfléchir sur un concept sans s’appuyer sur des faits, avouons que c’est de la masturbation intellectuelle. Le mariage illégitime entre la science, la spiritualité et le paranormal ne peut mener qu’à la mystification. Peut-être que dans le monde de la littérature, la quantité des ventes ou la beauté de l’art prévaut à la pertinence scientifique. C’est là toute la différence.

À lire : Le vrai visage du New Age ou Nouvel Âge (voir plutôt ici : https://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/28/le-vrai-visage-du-new-age-ou-nouvel-age/)

 

© 2011 John Philip C. Manson

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