La physique quantique usurpée

La physique quantique usurpée

En parvenant à publier dans une revue d’études culturelles, Social Text, un article volontairement rempli d’absurdités scientifiques et philosophiques intitulé « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique », le physicien Alan Sokal secoua une bonne partie du monde académique et intellectuel.

Le canular de Sokal démontra que le risque de mystification est important et que le pire c’est que cette mystification passe totalement inaperçue voire soutenue par des institutions non académiques. Seuls les spécialistes du domaine exposé (ici la mécanique quantique, dans le cas de Sokal) s’apercevront du canular.
Mais aujourd’hui on rencontre des problèmes plus graves que le simple canular qui servait à tester le milieu culturel. Une thèse de doctorat d’Elisabeth Tessier (Mme GermaineHanselmann pour les intimes) dans une université en principe prestigieuse et sérieuse vient secouer notre entendement. Bien sûr, à moins d’une grosse révélation du côté de Mme Teissier, ses intentions et celles de Sokal sont radicalement distinctes. Mais, comme le fit Sokal avec les éditeurs de Social Text, Teissier cita abondamment et élogieusement les membres de son jury. Comme Sokal, elle truffa son texte de citations et de noms d’auteurs célèbres. Comme Sokal, elle utilisa à la fois des arguments relativistes et l’idée que la science a changé de nature et est désormais ouverte à ce que Teissier appelle la science des astres, l’astrologie ! Comme Sokal, elle invoque la mécanique quantique de façon détournée et fantaisiste (Heisenberg aurait soi-disant montré que les intentions d’un chercheur influencent le résultat de ses recherches) et elle cita aussi les théories de la complexité. Elle cite tous les noms auxquels on peut s’attendre dans ce genre d’entreprise : tous ceux qui accréditeraient sa thèse (ce qui ne veut pas dire que ceux-ci soient responsables de l’usage qui est fait de leurs arguments).

Quelles conclusions tirer ? La science est parodiée et cette instrumentalisation ne peut pas prétendre à un statut épistémologique privilégié par rapport aux narrations contre-hégémoniques émanant de communautés dissidentes ou marginalisées. Selon les postmodernes, la science est un effet de pouvoir et rien de plus. En d’autres termes, si Colbert n’avait guère réprimé l’astrologie, celle-ci serait une science légitimée et il n’existerait aucun moyen de la distinguer de la physique. Ce genre d’idées est malheureusement accepté sans examen par de nombreuses personnes travaillant en philosophie et en sciences humaines (pas toutes, loin de là). De là on passe facilement à l’idée que ce qui est essentiel, ce sont les croyances subjectives et non leur correspondance avec la réalité (”quid credo veritas est”, ce que je crois est « vrai pour moi », pour résumer le contexte), c’est bien là la source du problème. On devrait s’écrier plutôt “quid credo absurdum est”. Les latinistes m’auront compris.

Nous devons défendre cette base essentielle qui fait la science : le « statut épistémologique privilégié » des résultats de l’étude empirique. Ceci afin d’éviter que ne se reproduise le spectacle affligeant auquel nous assistons, à savoir une université de renom qui vole au secours de la superstition.

Dans d’autres contextes différents de ceux qu’on vient d’évoquer, le thème de la physique quantique est notamment repris par des spiritualités New Age en vue de légitimer leurs doctrines en leur donnant une apparence sérieuse. Dans le web, on peut trouver des vidéos controversées qui font la propagande de nouvelles spiritualités au moyen d’une prétendue physique quantique très simpliste et plutôt éloignée de l’usage qu’on en fait habituellement en science. Certaines nouvelles religions récupèrent des théories scientifiques et déguisent ainsi leur foi en “science” afin d’appuyer leurs doctrines, leur donner une apparence d’authenticité, pour mieux gagner la confiance du public. Pour résumer, certains courants spirituels récupèrent la science et la détourne de son contexte, en mélangeant la mécanique quantique avec la psychologie, le bien-être, les implications sur la vie, le développement personnel et bien-sûr les croyances au paranormal. Comment démasquer l’imposture intellectuelle ? Quand on remonte la chaîne de causalité depuis un documentaire de propagande New Age édulcorée à la prétendue physique quantique, on tombe sur des pseudo-sciences comme la “psychoénergétique”, et en remontant encore la chaîne, on tombe sur des thèmes de la psychanalyse, de la psychologie, ou bien on tombe sur une doctrine qui raconte les desseins conquérants d’une soi-disant entité guerrière spirituelle âgée de 35000 ans, issue de l’Atlantide ou d’un autre continent englouti imaginaire (la Lémurie) et cet sorte d’extraterrestre venu d’une autre dimension contacterait des gens selon des procédés proches du spiritisme, le “channelling”, très populaire dans cette “spiritualité”. La mystification, c’est quand il n’y a plus aucun rapport avec le thème de départ, et dans le cas présent, la physique quantique. L’arnaque consiste à mélanger subtilement le vrai (une théorie scientifique reconnue) avec du faux (des doctrines spirituelles farfelues) afin de rendre les critiques beaucoup plus difficiles de la part de personnes non spécialistes en science.

Les spiritualités ne sont pas un problème dans la mesure où elles n’instrumentalisent pas la science à des fins de légitimations mensongères. Mais lorsque des idéologues viennent à mêler la science et la religion, on tombe inévitablement dans la mystification. Pourquoi ? Parce que d’une part, les bases épistémologiques qui définissent la science sont radicalement opposées et incompatibles avec l’exercice de la foi. Et d’autre part, l’ingérence du spirituel en science est indirectement illégale et anticonstitutionnelle : la science est sous le contrôle de l’Etat et des institutions civiles, c’est le cas de la recherche scientifique et de l’éducation, les affaires religieuses et spirituelles n’ont pas à se mêler de l’Etat (et donc indirectement, de la science) et la science (par principe épistémologique) ne s’occupe pas de spiritualité, sinon ce serait trahir le principe de laïcité dans la république ainsi que les bases épistémologiques qui définissent la science.

Pour exemple, citons le cas d’un homme qui a choisi de concilier sa foi avec la science. Supposons que cet homme accorde autant de crédit à la science qu’à sa croyance personnelle, en clair il fera autant confiance aux résultats empiriques donnés par la science qu’aux dogmes institués par sa croyance. Mais il viendra un moment où les résultats empiriques contrediront certains points des dogmes religieux. Comment cet homme réagira t-il ? Il y a plusieurs réactions possibles : le dogmatisme (l’homme refusent les résultats expérimentaux), l’empirisme (l’homme accepte les résultats expérimentaux qui concordent après plusieurs reproductions de l’expérience), l’agnosticisme (l’homme suspend son jugement car il ne sait où est la vérité), le dualisme (l’homme accepte la foi et la science, malgré qu’elles entrent en contradiction flagrante). On voit que le fond du problème est épistémologique, et qu’il y a un choix sensé à faire.

Comment déceler la mystification ? Tout ce qui mêle Dieu et la science en un tout “conciliable”. Ceci est une aberration dans la mesure où les protagonistes cachent toutes les contradictions qui découlent d’une telle entreprise. Par exemple, les partisans du créationnisme soutiennent que la Terre est née il y a 6000 ans et que les espèces vivantes furent créées par une entité intelligente (Dieu ?) en un intervalle de 6 jours, doctrine largement inspirée par un vieux livre, la Bible. Cette doctrine est largement contredite par les faits : ça implique inévitablement à l’hypothèse que l’homme aurait coexisté avec les dinosaures (l’homme a survécu à ces terribles prédateurs ?), et les thèses créationnistes se contredisent grotesquement avec la datation radioactive, l’évolutionnisme néodarwinien, la géologie et la tectonique des plaques continentales si ce n’est citer que ces sciences-là.

Le milieu universitaire n’est pas protégé des dérapages dans l’irrationnel. Le remède est l’enseignement de l’épistémologie et de la philosophie des sciences. La mode actuelle du postmodernisme intellectuel n’est pas étrangère à la montée de l’irrationnel. La situation n’évolue pas dans un relativisme radical propre aux postmodernes, ni dans un scepticisme intégral.

Citoyens, citoyennes, ne laissez jamais votre sens critique s’endormir. C’est un plaidoyer pour la prudence que je lance. La moindre intrusion de mysticisme dans la science peut conduire à des catastrophes. Les intrusions religieuses sont à redouter tout simplement parce qu’elles faussent nécessairement la démarche scientifique.Les dangers du mysticisme n’est pas forcément le fait des religieux et des charlatans, mais peut être le fait des scientifiques eux-mêmes, comme ça a été le cas au XIXe siècle avec la doctrine positiviste, qui voulait organiser le monde scientifiquement et seulement ainsi. Parfois, c’est un mysticisme politique, lequel consiste à dicter aux scientifiques quoi trouver au nom d’une doctrine quelconque. On sait où conduit le fanatisme religieux, il suffit de citer un légat du pape qui s’écria au XIIIe siècle, lors d’une croisade contre les albigeois : “tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !”

Qu’est-ce qui sépare fondamentalement la science de la religion ?

Si un supposé phénomène n’est pas constaté empiriquement, je n’ai aucune raison de penser que cela soit vrai. Si on est incapable de définir scientifiquement le concept de Dieu dont on “soupçonne” l’existence, alors soit on fait confiance en une révélation quelconque, par exemple celle des chrétiens, celle de Raël, la panthère rose, ou n’importe quelle autre, soit on abandonne cette hypothèse comme superflue.

La science est le moyen unique d’accès à la connaissance objective de ce qui est connaissable objectivement. Et on a déjà vu l’impossibilité de tester Dieu… Dieu est inconnaissable.

La conclusion est claire : le dialoque entre science et religion est inconciliable et impossible. Le scientifique se doit d’appliquer l’athéisme, ou plutôt (si l’on veut) un agnosticisme, ou une totale indifférence aux sirènes spirituelles. C’est valable pour les religions, mais aussi pour tout mysticisme, toute abstraction déguisée en dogme ou en fatalité (comme le Capitalisme, la Patrie, Dieu, le Marché, tout cela avec des majuscules). L’attitude la plus saine consiste en une vigilance critique de tous les instants. Toute intrusion spiritualiste dans la science ne sera profitable qu’aux mystiques et pas à la science.

Une attitude laïque est nécessaire en sciences. Laïcité des sciences, laïcité de l’enseignement, laïcité de l’État. La loi de 1905 qui sépare les religions de l’État, en France, allait dans ce sens : les affaires de foi sont des affaires privées.
La laïcité est menacée, et à travers elle, c’est l’intégrité et la liberté des sciences qui est visée.

VOIR CE LIEN pour comprendre que la science est parfois usurpée.

Non seulement la physique quantique est usurpée par la mouvance New Age, mais aussi dans le cadre d’escroquerie pseudo-médicale, comme par exemple la “médecine quantique” qui fait un amalgame douteux et injustifié entre la médecine et la physique quantique alors que les deux domaines n’ont absolument aucun rapport. L’adjectif quantique est abusivement détourné de son contexte, et n’est là que pour se donner une apparence de scientificité et de sérieux pour appâter les gens crédules. La doctrine de cette imposture peut tenir en une phrase : tout être vivant est constitué de MATIÈRE animée par de l’ÉNERGIE. Celle-ci est organisée par un plan que l’on appelle INFORMATION. L’emploi de majuscules pour certains mots comme s’ils recouvraient une espèce de vérité magique est un signe assez révélateur des charlatans.

Qu’est-ce que la mécanique quantique ?

  • En science, la définition est la suivante : la mécanique quantique est la branche de la physique qui a pour but d’étudier et de décrire les phénomènes fondamentaux à l’œuvre à l’échelle atomique et subatomique. C’est une physique probabiliste qui se démarque de la physique classique. Les grandeurs physiques à l’échelle atomique sont quantifiées en paquets : les quanta. La mécanique quantique montre l’existence de la dualité onde/corpuscule.
  • Mais cette théorie scientifique n’a absolument rien à voir avec la médecine, ni la spiritualité, ni la psychologie, ni la religion, ni avec les pseudo-sciences. Si les hologrammes sont une invention liée aux lasers, il est cependant complètement faux de croire que l’Homme et l’univers sont des hologrammes. Le thème des ondes de forme, et des références plus ou moins relatives aux pyramides, voila aussi un indice révélateur d’une arnaque.
  • Un mélange entre Raël et le New Age, voila à quoi ressemble le profil de l’arnaque qui consiste à usurper et détourner la physique quantique.

Les amalgames consternants avec la science, une vaste désinformation, voila le moyen des mouvements autoritaires et liberticides pour tenter d’accéder au pouvoir, en faisant croire qu’ils sont laïcs en s’habillant de “science” alors qu’ils sont des sectes. Ne pas dénoncer l’imposture des pseudo-sciences, c’est laisser faire l’ascension des sectes qui infiltrent les pouvoirs publics, et ce serait mettre les libertés en danger.

 

 

© 2011 John Philip C. Manson

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