Science décalée dans Futura-Sciences

Ça y est. Futura n’échappe pas à l’analyse critique cette fois.

Des trucs qui clochent à propos d’un courant électrique qui rend meilleur en maths.

  • De ma propre expérience personnelle, de l’école primaire jusqu’au DEUG 1, soient 13 à 14 ans de scolarité (et en plus j’ai repris de nouvelles études depuis octobre 2012 !), les progrès en maths ne proviennent que d’un travail d’entraînement régulier et d’un apprentissage préalable des bases essentielles. Je doute qu’une stimulation électrique améliore les performances en maths si le volontaire est réfractaire ou allergique aux maths par exemple. Il n’y a pas de progrès sans travail régulier, sans effort de réflexion. Je ne crois pas que l’électrisation cérébrale d’un nul en maths fasse de lui un génie des maths. Je pense que l’électrisation améliore la vitesse de transmission des signaux cérébraux, mais ne rend pas plus intelligent pour autant… Le progrès naît de l’effort, ça ne vient pas tout seul. On peut apprendre vite, mais il faut néanmoins apprendre et réfléchir, ça ne tombe pas miraculeusement du ciel, c’est ce que je voulais dire.
  • Autre détail : l’article de Futura affirme que «la rumeur prétend que nous n’exploitons que 10 ou 30 % des capacités de notre cerveau». J’ai la preuve que c’est une idée reçue, farfelue, c’est une croyance dénuée de scientificité. Arguments ici : http://www.charlatans.info/lecerveau.shtml et là http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_l%27utilisation_incompl%C3%A8te_du_cerveau puis ici aussi : http://www.apteronote.com/revue/philo_sciences/article_35.shtml
  • Un autre détail, dont l’intérêt est qu’il remet l’étude en question. L’échantillon statistique est composé de seulement 25 personnes. L’échantillon est insuffisant pour être significatif, les résultats sont biaisés, la marge d’erreur causée par le biais peut être interprétée à tort comme un écart significatif qui "prouve" une "théorie".

On remarquera cependant qu’en fin d’article, Futura a une rubrique de "science décalée" (c’est le cas de l’article analysé ici) qui est une chronique hebdomadaire dans un contexte humoristique, en faisant du sérieux avec du farfelu. Par conséquent, l’étude des performances du cerveau présentée par Futura est à prendre au second degré.

Si la science décalée montre des incohérences évidentes avec humour, il faut se rappeler que même les articles les plus sérieux peuvent contenir eux-mêmes des erreurs (involontairement le plus souvent, mais parfois par fraude), parce que l’erreur est humaine, et parce que l’infaillibilité n’existe pas, l’infaillibilité est un mythe. L’esprit critique doit être utilisé en toute circonstance dans les sciences, et aussi dans le journalisme qui emploie des données quantitatives diverses (statistiques et politique et/ou finances, par exemple). La science décalée peut être utilisée pour inciter à l’esprit critique de façon ludique (comme les blurgs(**) autrefois dans le magazine Science-et-Vie).

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(**) BLURG = baliverne lamentable à l’usage réservé des gogos.

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© 2013 John Philip C. Manson

De l’eau de plus d’un milliard d’années découverte au Canada ?

«Des scientifiques ont trouvé des poches d’eau vieille d’au moins 1,5 milliard d’années au fond d’une mine canadienne. Elle pourrait abriter des microbes préhistoriques.»

 

L’âge de 1,5 milliard d’années est celui de l’isolement de cette eau, pas l’âge physico-chimique.

Il existe plusieurs sens pour l’âge qu’on attribue à certains états physiques. La durée de l’isolement, comme c’est le cas ici. Mais il y a aussi l’âge physico-chimique, indépendamment de la durée de l’isolation et du cycle naturel de l’eau.

L’eau existe sur Terre depuis bien longtemps, qu’elle soit à l’état d’isolement ou participant au cycle de l’eau (pluie, ruissellement, adjonction dans les océans, évaporation, pluie, etc…). L’eau est aussi vieille que l’Histoire de la Terre : environ 4,6 milliards d’années. L’eau terrestre tirerait son origine des comètes.

De l’eau isolée depuis une durée importante, cela peut être exceptionnel, parce que l’eau est habituellement et majoritairement mobilisée dans le cycle de l’eau.

Néanmoins, l’eau à l’état de glace peut rester isolée en profondeur pendant plusieurs millions d’années sous une couche épaisse de glace, comme c’est le cas en Antarctique.

Mais comme je le souligne, que l’eau soit isolée ou active dans son cycle, à l’exception de l’eau produite par la combustion récente des hydrocarbures, l’eau terrestre est aussi vieille que la Terre. L’eau des anneaux de Saturne sont aussi vieux que le système solaire. Les atomes d’hydrogène, quant à eux, sont aussi vieux que le Big Bang (13,82 milliards d’années).

Ce serait une erreur de croire que l’eau soit jeune et apparue récemment dans l’Histoire de la Terre. La différence, c’est que l’eau isolée depuis longtemps conserve ses caractéristiques originelles, avec ses gaz dissouts, comme l’hydrogène, le méthane et différentes formes atomiques isotopiques.

Juste un petit détail à signaler. Je cite un extrait de l’article en lien : «Après l’avoir analysée, ils se sont rendus compte qu’elle était riche en gaz dissous, comme l’hydrogène, le méthane et différentes formes atomiques (isotopes) de gaz rares tel l’hélium, le néon, l’argon ou le xénon. Or tous ces gaz ont le potentiel pour fournir l’énergie nécessaire à des microbes tenus à l’écart du Soleil durant des milliards d’années.»

Pourtant, les chimistes savent que les gaz rares tels l’hélium, le néon, l’argon et le xénon sont chimiquement inertes et ne participent donc à aucune réaction chimique ni ne sont des catalyseurs. Et sans réactions chimiques avec les gaz rares (appelés aussi nobles ou inertes), il n’y a pas d’échanges d’énergie. Les gaz rares sont chimiquement inertes à cause de la structure électronique de leurs atomes. Toutefois, la recherche scientifique en chimie a démontré la possibilité d’une chimie des gaz nobles, mais ces molécules (a priori parfois chimiquement instables) sont synthétisées artificiellement et elles n’existent donc pas à l’état naturel.

 

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© 2013 John Philip C. Manson

Une nouvelle exoplanète découverte grâce à la théorie d’Einstein

L’article des deux liens ci-dessus semble décrire une méthode souvent utilisée pour la détection des exoplanètes : l’interférométrie, et cela concerne la physique quantique plutôt que la théorie de la relativité. Mais en fait, ce n’est pas l’interférométrie comme l’article de Yahoo le laisse croire. Je confirme finalement l’info de l’article par une source plus précise, je vais dire pourquoi ci-dessous.
Sur le site allemand "Welt der Physik" dans les news de l’astrophysique (http://www.weltderphysik.de/gebiet/astro/news/2013/einsteins-planet/), et désolé c’est écrit en allemand, on en apprend plus : on a mesuré la déformation de la luminosité stellaire par l’attraction gravitationnelle de l’exoplanète proche, et des variations supplémentaires dues au déformations du reflet de la planète. Il s’agit bien d’une méthode authentique basée sur la théorie d’Einstein, mais l’article de Yahoo et de 20minutes.fr n’en donne pas les détails essentiels. Il ne s’agit pas seulement de détecter des luminosités, mais surtout d’en analyser les variations dans un contexte de déformations de l’espace-temps. Et en effet, c’est une méthode très intéressante.

L’article de Yahoo et de 20minutes.fr manquait de précision. Il faut toujours faire l’effort de rechercher d’autres sources pour essayer de mieux comprendre et de vérifier l’authenticité.

Un internaute s’est écrié en ces termes : «Un grand BRAVO à vous, les astrophysiciens et un grand MERCI à notre Cerveau du Siècle, Mr Einstein !!! C’est encore, (jusqu’à preuve du contraire de certains démolisseurs de théories) grâce à vous que nous avançons !!!…»

J’y ai répondu en donnant un rappel essentiel de la scientificité :

L’information sur la théorie d’Einstein à propos de l’exoplanète est authentique, j’ai pu vérifier cela dans le site allemand "Welt der Physik" ("Le monde de la physique") dans la rubrique des news sur l’astrophysique. Cependant un rappel d’épistémologie est nécessaire. Le critère principal de la méthode scientifique, c’est la réfutabilité des théories. La science ne consiste pas à accumuler des "vérités", mais à invalider des hypothèses quand elles sont fausses. C’est là toute la nuance, et nombreux ceux qui ne connaissent pas ce qui définit la science. On reconnaît une bonne expérience au nombre de théories qu’elle fait tomber. Une théorie peut être très crédible, mais cela ne signifie pas qu’elle est absolument la vérité. Au mieux, on peut invalider des hypothèses en prouvant leur fausseté (à travers la mise en évidence d’une contradiction entre l’hypothèse et les observations), mais on ne peut pas prouver que des hypothèses sont absolument et définitivement vraies, au mieux on dit qu’elles sont crédibles. Corrélation ne signifie pas systématiquement causalité. Les théories sont des représentations faillibles de la nature. La faillibilité implique la prudence, en vérifiant par des expériences quantitatives reproductibles. C’est par le doute que la science avance, en remettant les choses en question, mais pas en instituant des dogmes immuables et irréfutables. Depuis 4 siècles environ, la science évolue, pas les religions. Le but même de toute théorie scientifique est d’essayer d’être démolie afin d’en évaluer sa solidité.

Mais toutefois, je ne donne pas de conclusion définitive à propos de l’exoplanète découverte au moyen de la théorie d’Einstein, mieux vaut rester prudent, je vais rechercher d’autres sources complémentaires à ce sujet afin que l’authenticité de la découverte ne laisse plus de doute.

Entre-temps, un internaute prénommé Éric a affirmé mot pour mot que «La gravité n’a aucune influence sur la luminosité (c’est une onde électromagnétique) et ne peut pas la déformer. La déformation qu’on observe est un effet optique très connu, qui a été rendu célèbre par les "trous de Young".»

Je lui ai répondu ainsi :

La gravitation dévie la lumière, comme la célèbre expérience réalisée lors d’une éclipse de soleil en 1919 avec l’observation de la déviation de la lumière d’étoiles en arrière plan, leur lumière étant presque tangente à la surface du soleil. (Lire la page Wikipedia sur les tests expérimentaux de la relativité générale : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tests_exp%C3%A9rimentaux_de_la_relativit%C3%A9_g%C3%A9n%C3%A9rale#Courbure_des_rayons_lumineux). La gravitation peut même diminuer la fréquence des ondes électromagnétiques (cas d’un faisceau laser émis depuis un champ gravitationnel).

J’ai même vu une simulation de la proximité de l’horizon des événements d’un trou noir, avec des explications données par le docteur Alain Riazuelo, astrophysicien : la simulation montrait que la lumière des étoiles était tellement déviée pour se concentrer en un point. Voir la vidéo ayant pour titre «Reportage complet Voyage Au Coeur D Un Trou Noir» sur Youtube.

Bref, la gravitation a des effets sur la lumière.

Tandis que les changements observés dans les franges d’interférences via les fentes de Young est un phénomène quantique qui montre l’existence du mouvement de la source lumineuse par rapport au montage expérimental. Les trous de Young relèvent de la physique quantique, pas de la théorie de la relativité. Non ?

Éric a donné une nouvelle réponse, je la cite mot pour mot : «Désolé John, c’est faux… La gravité n’a AUCUNE influence sur la luminosité ! La déformation qu’on observe dans ces cas est un effet optique très connu, qui s’appelle la DIFFACTION…  Les "trous de Young", eux, mettent en évidence la nature "ondulatoire" de la lumière (c’est bien une "onde" électromagnétique). La théorie quantique de la lumière, quant à elle, est un concept mathématique très pratique pour quantifier l’énergie véhiculée par la lumière, mais elle n’est pas pertinente du point de vue de la physique. La théorie de la relativité, est justement une "théorie" qui cherche à "globaliser" les différentes interactions (éléctrostatique, magnétique, gravitationnelle) qui n’ont forcément pas d’effet l’une sur l’autre. Elle est (donc) très facile à utiliser, mais totalement aberrante pour de nombreux scientifiques. (désolé pour le premier message que j’ai supprimé)»

J’ai donné ma réponse :

La diffraction, tu veux dire, pas la "diffaction"… Avant de dire que j’ai faux, relis toi. Et quel rapport avec la théorie de la relativité ?

Ce que j’ai dit sur la luminosité provient de la traduction du site allemand "Welt der Physik" dans la rubrique astrophysique. Il y est question de variation de luminosité dans le cadre de la théorie de la relativité générale. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le CFA par la médiation de "Welt der Physik". Ce site allemand dit que la méthode habituelle consiste à l’effet Doppler dans le spectre électromagnétique mais cette méthode est coûteuse et ne permet pas d’analyser simultanément un grand nombre d’étoiles. La nouvelle méthode basée sur la théorie d’Einstein dit que la théorie de la relativité prédit que le mouvement de l’étoile conduit également à des changements de luminosité (je note : rien n’empêche d’observer des phénomènes de la relativité générale au moyen de l’interférométrie). Les étoiles se déplacent vers nous, de sorte que leur rayonnement est concentré, et qu’il sera affaibli si les étoiles s’éloignent de nous. Les chercheurs ont pu montrer que ces fluctuations sont de l’ordre du dix-millième de pourcent de la luminosité pour l’étoile Kepler-76 (similaire au soleil) située à 2000 années-lumière de nous. Pour s’assurer que la planète est à l’origine du phénomène, l’équipe a démontré deux effets : la déformation de l’étoile par l’attraction gravitationnelle d’une planète proche et des variations supplémentaires de la planète par le reflet de la lumière reçue de l’étoile.
Je note que c’est cela, l’effet relativiste. Déformation spatio-temporelle très faible mais mesurable de corps matériels, ce qui a une incidence sur la luminosité. La déformation affecte les distances, pas directement la lumière elle-même (mais cela a néanmoins des conséquences quantitatives comme les variations de la longueur d’onde et d’autres paramètres physiques liés à l’espace et le temps ; seule la vitesse de la lumière dans le vide est constante). Voila ce qui était à préciser.
C’est la gravitation exercée entre la planète et son étoile qui provoque une déformation des surfaces, ce qui fait varier la luminosité. Il s’agit donc bien d’un phénomène de la théorie de la relativité.

Ce texte est traduit de l’allemand, ce qui m’est difficile car je ne connais pas cette langue. De plus, impossible de citer un lien hypertexte ici (sur Yahoo) parce que c’est un motif de suppression du commentaire, ça ne facilite rien.

Puis sur un autre sujet, la théorie quantique n’est pas qu’un concept, elle se base sur des phénomènes observés. C’est bizarre que tu dises qu’elle n’est pas pertinente… Pourtant une théorie scientifique se base sur des faits. Non ?

Puis quand tu dis que la relativité englobe l’électrostatique, magnétique, gravitationnelle, c’est faux. Tu confonds avec la «théorie du Tout» (theory of everything) qui essaie de concilier la relativité et la théorie quantique…

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Dans un tout autre contexte, je m’inquiète des dérives antisémites dans les commentaires d’article à chaque fois que le sujet fait référence à Albert Einstein… Voir ci-dessous, j’ai exprimé un avis méprisant sur les haineux, et un imbécile est venu s’éprendre avec une voix un peu nazillarde :

rac

Les racistes, les sectes et les homophobes, ils viennent m’emmerder parce que ce que je dis ne leur plaît pas, tout cela commence sérieusement à me casser les couilles, ces crétins n’ont vraiment rien dans la cervelle, à part une moelle épinière pour marcher en rythme comme des moutons avec la mentalité de loups prêts à tout… Ce ne sont pas ces individus-là qui font avancer la science ni la société… Quelle misère !

Info complémentaire du 22 mai 2013 :

L’article de Futura parle bien de déformation de la surface des astres par effet de marée due à la gravitation, mais nulle part on ne trouve de référence à Einstein ni la théorie de la relativité. Soit Futura n’a pas d’info plus précise, soit les sources qui parlent de la relativité exagèrent un peu en faisant un scoop sur Einstein. Comme je l’avais dit plus haut, il faut des infos complémentaires pour connaître le contexte exact de la découverte. Effet classique de marée ou distorsion de l’espace-temps dans un contexte de la théorie de la relativité ?

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© 2013 John Philip C. Manson

L’illectronisme une cause nationale ?

 

Le seul vrai problème est l’illettrisme. L’illectronisme, encore un néologisme, que ne va t-on pas chercher là ?… La lecture et l’écriture sont des bases essentielles en société. Les nouvelles technologies, c’est secondaire. Ceux qui vivent sans ordinateur ni internet ont une vie normale, j’en connais qui n’ont jamais touché d’ordinateur depuis que l’informatique existe, sans problème. Par contre, ce qui n’est pas normal c’est de ne pas savoir écrire une lettre pour demander un renseignement ou un service administratif, que cela soit par email ou par courrier postal classique.

Pourquoi inciter préférentiellement aux nouvelles technologies, alors que les gens devraient simplement lire plus souvent des livres et écrire à la main ?
Ce n’est pas en utilisant l’informatique que l’on apprend à lire et écrire. L’informatique c’est fait pour le cas où l’on sait déjà lire et écrire. On apprend bien le code de la route avant de conduire une voiture…

Il faut traiter le problème à la racine. Ce n’est pas de la faute des illettrés s’ils ont des difficultés. Le problème vient des méthodes suggérées, et parfois on n’en comprend pas certaines… Niveau budget, vaincre l’illettrisme avec des livres, du papier et un stylo, c’est plus convaincant (et moins coûteux !) que d’investir dans du matériel informatique changé tous les 4 ou 5 ans. Puis une bibliothèque municipale ou scolaire contiendra des informations plus pertinentes que celles du web dans lequel il faut constamment et difficilement démêler le vrai du faux parce qu’apparemment c’est tous les jours le premier avril, n’est-ce pas ?

Avec l’ère de l’internet et de la téléphonie, depuis une dizaine d’années je suis un témoin impuissant du langage SMS qui écorche notre langue, il n’y a qu’à parcourir les forums et les réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Ce n’était pas comme ça avant internet et les téléphones mobiles. Voila pourquoi je doute que les technologies jouent un rôle éducatif, parce qu’elles sont avant tout un moyen de divertissement dans lequel les loisirs prévalent au travail scolaire. Les gens vont sur internet surtout pour dialoguer, faire du shopping, pour se distraire, suivre les potins quotidiens sur les stars, ou croire des "théories du complot", mais pas principalement pour s’informer, et encore moins pour apprendre à bien écrire…

 

Voici un document accablant : http://www.francesoir.fr/actualite/societe/l-ecole-fabrique-des-illettres-133076.html

 

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© 2013 John Philip C. Manson

Une acidité océanique accrue et inquiétante ?

Le principe de la science, c’est le questionnement critique.

  • 1). Comment a t-on réussi à déterminer le pH océanique d’il y a 55 millions d’années ? Ça m’intéresse. Pour mesurer un pH, il faut obligatoirement un instrument appelé pH-mètre. Et on n’a pas d’échantillon d’eau de mer restée inchangée depuis 55 millions d’années. Cela m’intrigue.
  • 2). Pourquoi exprimer une variation physique (l’acidité) par un pourcentage plutôt qu’en indiquant les données quantitatives elles-mêmes ? Oui, pourquoi ? Je présume que le Dr Goulu se posera la même question.
  • 3). Le pH est une échelle logarithmique fondée sur la concentration molaire des ions hydronium. Si la variation de 30% concerne le pH lui-même, alors comme le pH moyen actuel est de 8,2 (l’eau océanique est alcaline, elle n’est pas acide), cela signifierait que le pH a varié de 11,71 à 8,2 (variation correspondant à une acidification). Est-ce le cas ? Ensuite, si c’est la concentration molaire qui varie de 30%, et non le pH, alors une concentration acide qui croît de 30% signifie que le pH a varié de 8,9 à 8,2 (soit une variation de pH de -1,36%). Est-ce le cas ?
  • Puis une acidité augmentée de 30% (augmentation de la concentration d’ions hydronium) ça correspond à un pH qui varie de 8,9 à 8,2. Cela ne correspond pas au pH calculé du début de l’ère industrielle (pH = 8,5 au maximum, vers 1860) si on se réfère à la diminution de 0,02 point de pH par décennie (voir ci-dessous). Pourquoi ?
  • La fonte des glaces de l’Arctique est saisonnière, tout dépend si l’on mesure le pH en été ou en hiver… Lorsque la glace fond, l’océan devient moins salé en surface, il peut donc en effet absorber le CO2 atmosphérique, ce qui augmente le pH. Mais vers septembre/octobre, les glaces se reforment en Arctique, l’océan redevient plus salé, et le CO2 y devient moins soluble. Mais cela se fait dans quelles proportions ? L’article affirme que le pH diminue de 0,02 point par décennie, donc de la fin des années 60 jusqu’en 2013, cela devrait correspondre à une diminution de 0,086 point de pH. Comme le pH moyen actuel est de 8,2, donc à la fin des années 60 le pH océanique moyen devait être donc voisin de 8,3. Mais voir la remarque n°4 ci-dessous : ça ne colle pas. Mais poussons le raisonnement plus loin : entre le début de l’ère industrielle et maintenant, cela fait environ 150 ans, soit 15 décennies, ce qui correspondrait, au pire, à une variation de pH de 0,3, c’est-à-dire que le pH vers 1860 aurait été voisin de 8,5.
  • Au fait, vers 1860, est-ce que le pH océanique avait été mesuré, en particulier celui de l’océan Arctique ? Mais voila le problème, le concept de pH est apparu en chimie en 1893 par les travaux du chimiste danois Søren Sørensen. Pas avant. Ainsi, on ne connaît pas quel fut le pH océanique avant 1893, parce que les scientifiques de l’époque ne le mesuraient pas encore. Si le concept de pH est relativement tardif, les études sur l’acidité des substances remontent à l’époque de Lavoisier, vers la fin du XVIIIe siècle. Néanmoins, les propriétés acides du dioxyde de carbone, (jadis appelé l’acide aérien) sont connues depuis la fin du XVIIe siècle grâce aux travaux du chimiste anglais Joseph Black

Cependant, ces propriétés acides étaient évaluées de façon qualitative, et ce n’est qu’avec le chimiste danois Søren Sørensen que l’on a commencé à développer un usage quantitatif du concept d’acidité, à peu près en même temps que le chimiste suédois Svante August Arrhenius qui fut lui-même un pionnier dans la notion quantitative d’acidité, à la fin du XIXe siècle.

  • 4). En examinant une source universitaire, je cite : «le système “acide carbonique-bicarbonate-carbonate” constitue le principal tampon en pH de l’eau de mer (pH moyen : 8.2)”» ,   Référence = M Odier… – Analytica Chimica Acta, 1971 – Elsevier. Or le pH moyen est toujours de 8,2 actuellement. Autre source académique : «La solubilité expérimentale d’un cation comme le thorium n’a pas de signification thermodynamique définie, comme l’ont mis en évidence les travaux sur les”radiocolloïdes.”* Pour ces cations lourds et fortement hydrolysables dans un milieu tel que l’eau de mer à pH 8. […]» , Référence = Cosmochimica Acta, 1957 – Elsevier.

Complément : la valeur moyenne du pH est en fait une moyenne entre deux valeurs, du fait des pH différents selon les différents endroits du monde. Le pH varie entre 7,5 et 8,4 environ, pour une moyenne de l’ordre de 8 à 8,2. La marge d’incertitude est d’environ 5% selon les différents endroits du monde (les pH sont hétérogènes d’un lieu à l’autre), et ce détail est loin d’être négligeable. En effet, si des valeurs mesurées sont contenues dans la marge d’incertitude, il n’y a pas réellement de différence significative d’une mesure par rapport à une autre. Une différence significative, c’est quand cela devient en-dehors de la marge d’incertitude.

De plus, un pH isolé présente une incertitude de 0,05 point de pH. Cela n’est pas négligeable non plus. Je cite : «Il faut tout d’abord, définir avec quelle précision vous souhaitez obtenir vos valeurs de pH, en gardant à l’esprit qu’une précision supérieure à 0,01 unité pH ne présente aucun intérêt sur la plan pratique.» et aussi «les pH calculés seront exprimés au mieux, à 0,05 unité pH près, (or une incertitude sur les pH de 0,05 correspond à une incertitude sur la concentration en ions hydronium [H3O+] de 11,5%.»  – Source : chimalim.free.fr/bdd/pHacid-v1b.pdf

Ainsi, il existe un double problème pour calculer le pH océanique global de la Terre : des pH différents d’un lieu à l’autre (à cause de nombreux paramètres comme la pluie, l’ensoleillement, la date de l’année à cause des saisons, la fonte, la reglaciation, etc, qui font varier le pH), et une petite marge d’erreur sur chaque pH lui-même.

L’acidification océanique est une réalité (surtout en été lors de la fonte des glaces de l’Arctique, quand l’océan moins salé peut absorber le CO2 rendant l’eau plus acide, en septembre/octobre l’effet inverse se produit a priori à cause de la reformation des glaces, mais cela tend cependant à l’acidification sur le long terme climatologique, d’un été à l’autre). Mais les données anciennes pour comparer, comment sont-elles obtenues ?

Le fond du problème n’est pas qualitatif (l’acidification est bien réelle), mais quantitatif. Ainsi, les prédictions futuristes sont à considérer avec précaution.

Ce qu’on oublie aussi, c’est que d’une saison à l’autre le pH varie beaucoup par rapport à la lente acidification océanique d’un été à l’autre. Les variations saisonnières du pH océanique sont quantitativement pires que la lente acidification océanique. N’est-ce pas ? Et est-ce que les océans fonctionnent comme une solution tampon dont la particularité est qu’une faible variation du pH selon le couple acido-basique dioxyde carbonique et hydrogénocarbonate ? Je cite l’université de Picardie : «Le mélange de ces électrolytes forme une solution tampon, ce qui explique que le pH de l’eau de mer soit constant et légèrement basique (pH = 8,2).»  Source : http://www.u-picardie.fr/~beaucham/mbg6/oceano/oceano.htm

En chimie, une solution tampon est une solution qui maintient approximativement le même pH malgré l’addition de petites quantités d’un acide ou d’une base, ou malgré une dilution. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Solution_tampon

Évidemment, malgré les questions sur les données quantitatives, cela ne nie en aucun cas la réalité du phénomène d’acidification.

Le problème principal ce sont les émissions de CO2. Il faut absolument limiter les gaz à effet de serre. Pour cela, on devrait interdire une bonne fois pour toute la déforestation mondiale, parce que moins de forêt c’est moins de CO2 absorbé. Pour rappel : 13 millions d’hectares de forêts disparaissent sans être remplacées chaque année sur Terre. Sachant que 100 hectares sont équivalents à 1 km², alors 130 000 km² de forêts disparaissent dans le monde sans être remplacées chaque année. Oui, chaque année, c’est l’équivalent de la superficie de l’Angleterre qui disparaît en forêts chaque année dans le monde ! C’est aussi équivalent à la disparition d’une forêt de la taille d’un grand terrain de football (120 mètres × 90 mètres) toutes les 3 secondes !

Actuellement, le nucléaire est le meilleur moyen (avec l’éolien, l’hydroélectricité et le photovoltaïque) de lutter contre les émissions de dioxyde de carbone qui est la cause principale de l’effet de serre. Dans cette lutte contre l’effet de serre, la France ne représente qu’environ 1% de la planète, donc agir à l’échelle d’un seul pays n’a aucun sens si l’effort écologique ne s’applique pas à l’ensemble de la planète. Mais un jour, c’est une évidence, il faudra bien fermer les centrales nucléaires. La vie des centrales n’est pas éternelle. Il faut donc des solutions alternatives. Le projet EPR est la solution postnucléaire, mais comme les énergies vertes, ça aussi c’est très coûteux… Autre solution plus simple : réduire les gaspillages, mais pour commencer les idéologues donneurs de leçons devraient nous montrer l’exemple (vous voyez l’ironie, avec les déplacements privés en avion pour se réunir au G20 ?…)

Si les incertitudes ne doivent pas nous empêcher d’agir pour préserver l’environnement, la moindre des choses est d’être transparent en science. Ainsi, je me pose encore cette question : Pourquoi exprimer une variation physique (l’acidité) par un pourcentage plutôt qu’en indiquant les données quantitatives elles-mêmes ? Présenter une information sous cette forme, c’est bizarre je trouve.

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Image d’une page du magazine Science-et-Avenir de juin 2008, page 22 :

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Sur le même thème : http://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/06/cours-de-chimie-leau-de-mer-nest-pas-acide-mais-alcaline/

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savantfou

 

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© 2013 John Philip C. Manson

Une reconstitution de visages à partir de l’ADN ?

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Cela serait intéressant de retrouver les propriétaires des mégots de cigarettes pour comparer et voir s’ils ressemblent à ces têtes…

En effet, sans comparaison entre la reconstitution et visage observé, on peut donc douter. La reconstitution faciale existe surtout lorsqu’on a découvert un crâne humain (comme pour le cas récent d’une colon anglaise en Amérique et qui fut victime de cannibalisme lors d’une grave famine pendant l’hiver 1609). Mais avec l’ADN, si l’on peut effectivement déceler des maladies génétiques, voire même connaître la couleur des yeux, j’ai des doutes sur la reconstitution des tissus du visage à partir de l’ADN… Ainsi, est-ce que les reconstitutions sont évaluées scientifiquement par comparaison avec des visages humains ? On aimerait savoir si la reconstitution est fiable ou peu ressemblante… Et connaître accessoirement aussi le taux d’erreurs. Mais aussi, pour le cas des cigarettes, il peut exister plusieurs ADN différents : celui du fumeur, celui de l’ouvrier chargé de la fabrication des cigarettes, et peut-être même celui de ceux qui ont récolté les feuilles de tabac…

Puis aussi, prélever l’ADN des gens sans leur accord, c’est contraire à la protection de la vie privée, non ?

Un détail m’intrigue : qui paye l’analyse de chaque ADN ? En effet, cela a un prix supérieur à 100 euros par analyse.

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© 2013 John Philip C. Manson

L’Atlantide retrouvée près du Brésil ?

atlantis

De plus, l’article affirme qu’on ne trouve de granite que dans la croûte continentale. Ce qui est faux. Il existe des granites aussi sous la croûte océanique.

Le granite est le résultat du refroidissement lent, en profondeur, de grandes masses de magma intrusif qui formeront le plus souvent des plutons, ces derniers affleurant actuellement en surface grâce au jeu de l’érosion qui a décapé les roches sus-jacentes. Certains granites (plagiogranites) rencontrés en petits plutons dans la croûte océanique sont, quant à eux, le résultat de la différenciation ultime de magmas basiques. Dans certaines régions du monde (Afrique du Sud, Nord-Est du Brésil, Nord-Ouest de l’Australie), ils constituent jusqu’à 75 % de la surface des roches exposées. Par exemple, la collision de plaques continentales a pour effets essentiels la formation de grandes zones de déformation, mais aussi la production de granites. C’est un des moyens les plus efficaces d’évacuer l’énergie de la collision, soit thermiquement (fusion de la croûte), soit mécaniquement (cisaillements verticaux ou horizontaux).

Ainsi, la formation de granite est naturelle, et due au processus naturel de dérive des plaques tectoniques. Je ne vois pas pourquoi des géologues avanceraient l’hypothèse saugrenue de l’Atlantide. Ce n’est pas sérieux, ça.

Le mythe de l’Atlantide a été écrit par Platon. Le monde connu à l’époque de Platon était seulement la Méditerranée (connue partiellement). Il faut être sot pour prendre un mythe pour un fait scientifique…

argu

Je trouve que faire des buzz pour faire de l’audimat sur internet, ça se résume à faire de la désinformation. Je n’apprécie pas du tout ça. Quand des magazines ou des portails du web mettent quotidiennement des titres racoleurs pour faire du sensationnalisme, c’est une transgression des devoirs déontologiques du journalisme, d’autant plus grave quand c’est dans le contexte de vulgarisation scientifique.

L’information made in internet est à prendre avec précaution. De vrais livres ou articles scientifiques, ça existe (scholar.google.com), mais les livres sont payants et on a souvent un budget limité pour bien s’informer. De plus, les meilleurs documents scientifiques sont écrits en anglais, et l’anglais n’est souvent pas à la portée des français. Quand on veut vraiment s’informer avec qualité, il faut faire des efforts. Et faire des efforts, c’est une preuve qu’on s’intéresse vraiment à quelque chose. L’absence d’effort, c’est du laisser-aller, c’est se laisser embrumer. L’information n’est plus un divertissement si elle perd de son sérieux et de son objectivité.

Le sensationnalisme fait vendre, hélas, jusqu’à faire passer la malhonnêteté intellectuelle pour de l’information ou du divertissement. La science doit rester éducative, mais pas devenir une marchandise qui se vend comme des petits pains. C’est devenu comme de la malbouffe. Et les moutons broutent… Les crédules n’ont pas fini de bêler…

beee

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© 2013 John Philip C. Manson

Peut-on ramener les dinosaures à la vie par clonage ?

Si le clonage est possible pour des animaux morts depuis quelques années, il est nécessaire de rappeler que l’ADN se dégrade de moitié tous les 521 ans environ. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/genetique-1/d/la-demi-vie-de-ladn-a-parle-les-dinosaures-ne-reviendront-pas_41796/    Ainsi, des animaux morts depuis 65 millions d’années ne pourrons pas être clonés.

Même si cela était possible, pourquoi le ferions-nous ? La science n’a pas le but de montrer que nous pouvons faire tout ce que nous savons, la science n’a pas le but d’exposer sa puissance. http://jpcmanson.wordpress.com/2013/04/28/lerreur-est-humaine-meme-chez-les-sceptiques/

Un passage de Le Point mérite réflexion : «Mais les spécialistes pensent tout de même pouvoir remonter jusqu’à 200 000 ans en arrière dans l’arbre de l’évolution. Largement suffisant pour ressusciter des tigres à dents de sabre ou l’homme de Néandertal».

Deux cents mille ans ? En 200 000 ans, l’ADN est réduit d’un facteur de 3,6×10¹¹⁵, ce qui est considérable ! Je suis donc sceptique.

En effet, pour le génome humain, par exemple, les 30000 gènes se dégradent de moitié tous les 521 ans. Il ne reste donc plus qu’un seul gène préservé, au bout de 7749 ans environ. Au-delà de ce délai critique, l’ADN est complètement détruit et perdu à jamais.

Le génome humain pèse environ 3,4 pg (picogrammes), soit 3,4×10⁻¹² g, ou 3,4×10⁻¹⁵ kg. La limite insécable (celle de la taille du dernier atome) est de 1,67×10⁻²⁷ kg. Ainsi, le temps nécessaire pour que le génome d’un noyau cellulaire soit irrémédiablement dégradé jusqu’au dernier atome est d’environ 21303 années. C’est la dernière limite.

Ainsi, on ne peut pas reconstituer le génome des espèces vivantes d’il y a plus de seulement quelques millénaires. D’où mon scepticisme à propos des 200 000 ans. On peut a priori "ressusciter" des espèces d’il y a moins de 7000 ans, si on considère que la période de demi-vie de 521 ans de l’ADN est vraie. Donc il est peu vraisemblable de "ressusciter" l’Homme de Néandertal. À moins que l’on me montre le contraire de façon convaincante…

 

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© 2013 John Philip C. Manson