La croissance inquiétante de la science pathologique

Au sujet de la science pathologique, je vous recommande de lire ces textes :

 

Pour résumer :

 

Les symptômes de la science pathologique peuvent être résumés de la façon suivante (extrait de Physics Today, octobre 1989) :

 

  1. L’effet maximal observé est produit par un agent causatif d’intensité à peine perceptible, et l’importance de l’effet est substantiellement indépendante de l’intensité de la cause.
  2. L’effet a une importance qui demeure à la limite de la détectabilité, ou bien, plusieurs mesures sont nécessaires en raison de la très faible signification statistique des résultats.
  3. Une très grande exactitude est revendiquée.
  4. Des théories fantastiques contraires à l’expérience sont suggérées.
  5. On répond aux critiques par des excuses improvisées, inventées sous l’impulsion du moment.
  6. Le ratio des supporteurs par rapport aux critiques augmente jusqu’à près de 50 %, puis chute graduellement et tombe dans l’oubli.

 

-

 

 

Théories naïves, ingénierie et forums d’internet

  • Peu avant le mois d’août 2014, ce sera une période transitoire pour mon blog. Je serai en déménagement dans le cadre de mon projet professionnel. Le blog sera temporairement inactif. «I’ll be back !» (voix de Terminator).  ;)

 

Le thème d’aujourd’hui c’est un mélange de philosophie, de sciences et de psychologie sociale. Cela concerne certains individus qui distillent leur «théorie» révolutionnaire dans les forums d’internet. Je pense qu’aucun forum de vulgarisation scientifique n’échappe à ce phénomène. Des plaisantins, ou des individus de bonne foi, viennent publier leur théorie fantastique dans la plupart des forums. Les discussions qui résultent de cette intervention sont diverses : certains en rient, d’autres ont des réactions épidermiques de rejet, d’autres pratiquent immédiatement la censure. La pire chose est d’entretenir les trolls quand ce sont des internautes qui viennent envenimer volontairement un forum. J’ai déjà observé de bons forums de vulgarisation scientifique qui ont décidé de fermer à cause de ces trolls, c’est le pire choix à faire, le mauvais choix à ne pas faire. Une des règles à suivre, c’est de ne pas nourrir les trolls, sous peine de verrouiller les topics des forums. Le mieux est d’instaurer un règlement intérieur dans les forums, on fixe des conditions tout en préservant la liberté d’expression. La seule limite ce sont les abus manifestes.

C’est humain, n’importe quel administrateur d’un forum d’internet peut perdre patience, parce qu’il aura été déstabilisé. Péter les plombs c’est humain, ça peut arriver à tout le monde, à divers degrés. Je ne crois pas que les trolls agissent de bonne foi. Ils se servent d’internet pour pourrir l’ambiance, pour rompre l’équilibre social. Par sadisme ? Par jeu ? Je ne le sais pas.

Je pense que la plupart de mes contacts Facebook et Google+ ont été confrontés à ce genre d’incidents. Le domaine des sciences est un thème particulièrement sensible… Je peux affirmer et garantir que le type de thème qui ne suscite pas de polémiques, c’est dans les milieux artistiques sur internet : sur une période de deux ans, je n’ai observé aucun incident. Parallèlement à mes activités scientifiques, je pratique l’art aussi : on me respecte, et je respecte les artistes, je leur témoigne mon admiration et mon estime. L’esprit critique ne vaut que pour les domaines relatifs à l’objectivisme scientifique. L’art est pleinement subjectif, il est la signature des créateurs, les œuvres d’art sont une manifestation de l’identité des artistes, elles sont la manifestation de leur être. Jamais je ne donne de critique négative envers des artistes.

Dans les sciences, c’est très différent : la réalité objective, observable et intelligible est indépendante de la personnalité des êtres humains, et en ce sens les personnes doivent respecter la réalité naturelle comme elle est. Les pseudo-sciences et les croyances font offense à la réalité de ce qu’est la Nature. Évidemment, personne ne connaîtra ce qu’est la Nature au sens ultime, on ne peut que s’en approcher sans jamais l’atteindre dans l’absolu. Mais l’on ne doit pas faire passer pour absolument et définitivement vraies des hypothèses qui pourraient se révéler fausses en fonction des faits.

On peut penser de moi que je suis maniaque, psychorigide, paranoïaque, phobique social, méfiant, emmerdant avec mon apparente obsession de la méthode scientifique. C’est peut-être vrai. C’est l’enfer de se sentir persécuté, menacé, en danger, oui. Mais douter plutôt que croire n’importe quoi m’a apporté plus de richesse intérieure que de sottise. On apprend plus à douter qu’à croire.

Je vais présenter un exemple. Voici des points vérifiables parmi le baratin d’un internaute qui voulait présenter sa «théorie» dans un forum scientifique comme une sorte d’Évangile.

 

  • La prétention à la création d’une nouvelle physique que même Einstein n’avait pas prévue.
  • La prétention à avoir créé un réacteur capable d’annuler la gravitation universelle.
  • La prétention a avoir créé une voiture sans roue qui se déplacerait en état de lévitation.
  • La prétention à avoir développé un système de navigation qui placerait New York à 10 minutes de Téhéran. 

Réfléchir pendant 15 minutes peut sauver votre honneur. Le déshonneur est de perdre la face en étant ridiculisé pour avoir préféré la facilité de croire. Si vous avez réussi un Bac S, F5 ou F6 ou ES sans pouvoir contrer les pseudo-sciences, alors vous êtes inexcusables et ne méritez pas votre diplôme… Je peux déclarer que je suis dur surtout avec moi-même, je me montre de plus en plus exigeant envers moi-même. Changer est une qualité sociale. Mais changer positivement pour des choses objectives demande un effort important. Combien de crédules plus ou moins impliqués dans leur système de pensée peuvent changer pour devenir des personnes sceptiques pour avoir une vision critique sur tout , dans un souci mélioratif d’objectivité ? Il faut se demander quels éléments déclencheurs ont conduit à une pareille décision. Seuls les poissons morts se déplacent dans le sens du courant… Être dans le vent, c’est avoir le destin d’une feuille morte…

Mais venons-en au sujet ici.

Pourquoi les 4 lignes ci-dessus conduisent à l’invalidation de la «théorie» de l’internaute ? Un élève de Seconde au lycée (âge de 15 ou 16 ans environ, en France, je précise car mes lecteurs proviennent de différents pays) est capable de débusquer l’imposture s’il est capable d’esprit critique. L’esprit critique c’est dur, c’est vrai, ça se développe avec le temps et la patience, ce n’est pas automatiquement inné. Le doute, c’est directement lié à la liberté individuelle. Être libre en fonction de notre évaluation rigoureuse des faits est préférable à la soumission ignorante et aveugle à des dogmes qui emprisonnent mentalement un peuple. Il faut briser l’étau arbitraire qui empêche les hommes et les femmes de penser par eux-mêmes, et de découvrir objectivement les faits par eux-mêmes. Les êtres humains sont faits pour être libres. La liberté consiste aussi à voir les choses comme elles sont, et non pas à croire comment les choses seraient comme on le voudrait (ou surtout comme certains le décident à votre place !). Tout ce qu’on y ajoute entre les deux c’est de la manipulation mentale.

Retour au sujet du présent article.

Voici un argumentaire à partir des 4 lignes exprimées par un internaute dans un forum.

Je réitère ces 4 lignes :

  • La prétention à la création d’une nouvelle physique que même Einstein n’avait pas prévue.
  • La prétention à avoir créé un réacteur capable d’annuler la gravitation universelle.
  • La prétention a avoir créé une voiture sans roue qui se déplacerait en état de lévitation.
  • La prétention à avoir développé un système de navigation qui placerait New York à 10 minutes de Téhéran. 

La gravitation implique une masse. Pour supprimer ou annuler la pesanteur, on supprime la masse terrestre, ce qui fait quand même 6 mille milliards de milliards de tonnes. Donc c’est impossible.

Générer une accélération consiste à recréer les conditions d’une pesanteur : ainsi, si je veux réaliser une force de 1 N, il faudrait par exemple que j’utilise une fusée (selon le principe d’action/réaction : un moteur à combustion éjecte un gaz à 1 kg par seconde et à une vitesse de 1 m/s. Ainsi, pour un ingénieur, générer une accélération implique toujours de l’énergie cinétique.

Une voiture sans roues qui lévite ? Rien que pour soulever une voiture d’une tonne à un mètre du sol terrestre, il faut une force d’au moins 9810 N. Cela équivaut à 9,81 kJ, soit près de 10 kJ. S’opposer à un poids de 9810 N, ça équivaut à 4,3% de la force de propulsion d’un moteur à réaction d’un Boeing 747, c’est déjà pas mal…

Générer une accélération nécessite de l’énergie. Annuler une pesanteur implique la disparition d’une énorme quantité de masse. La voiture sans roue et qui lévite, elle n’a plus de masse ? Si c’est ça, la disparition d’une tonne équivaut à libérer une énergie d’environ 45 milliards de milliards de joules, soit environ 12500 TWh, ce qui équivaut à environ 25 années de production électrique française. D’après la physique, l’anti-gravitation c’est peu crédible, surtout sans preuves. Même si ça existait, cela serait beaucoup trop coûteux, économiquement et énergétiquement… Si l’anti-gravitation existait, je pense qu’elle ferait exploser les objets, explosions dont la violence croît avec la masse des corps, comme la désintégration entre matière/antimatière… C’est irréaliste.

La science n’a qu’elle-même pour ce qu’elle doit rester être. Elle doit rester indépendante des influences financières (les risques de fraudes scientifiques augmentent quand les chercheurs désirent obtenir des crédits publics ou privés) et politiques (on a vu ce qu’a donné le Lyssenkisme, voire une exagération journalistique du réchauffement climatique dans certains médias adeptes de l’Apocalypse, en dissonance par rapport à ce que le GIEC publie). L’appât du gain et les idéologies politiques ont toujours desservi la science. La science ça devrait garder les mains propres…

Puis en parlant de la navigation entre New York et Téhéran, il est possible de calculer la vitesse moyenne du voyage. On parcoure 9882 km de NY à Téhéran, en seulement 10 minutes. Bizarre… La durée du voyage paraît bien courte. En effet, cela fait une vitesse de 59292 km/h, soit plus de 16 km par seconde ! On sait par comparaison que les sondes spatiales, comme Pioneer 10 et 11 (qui ont quitté le système solaire) ont une vitesse d’environ 12 km/s. C’est à peu près la vitesse d’un astéroïde ou d’une météorite qui entre dans l’atmosphère terrestre. Concrètement, aller de NY jusqu’à Téhéran en 10 minutes, ça transforme tout véhicule en boule de feu, le frottement de l’air provoque la combustion instantanée de l’engin… Là aussi, le voyage trop rapide entre New York et Téhéran, ce n’est pas du tout crédible… Mais même si on concevait un bouclier invulnérable (mais c’est irréaliste), le problème est l’énorme consommation énergétique. Les réservoirs des avions de ligne ce n’est rien en comparaison… Supposons qu’un Boeing 747 de 333,4 tonnes se déplace à une vitesse de 16 km/s : cela équivaut à une énergie cinétique d’environ 12 millions de kWh… C’est énorme. Et cette énergie mobilisée en 10 minutes, ça équivaut à une puissance motrice de 72 GW environ (72 milliards de watts !!!). Ce Boeing ultrarapide (et malheureusement vraisemblablement détruit dans l’atmosphère à cause du choc thermique) aurait, s’il existait, un moteur dont la puissance vaut celle de 19 à 26 réacteurs nucléaires français… C’est énorme ! Et impossible. Sachant qu’en France il y a 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales nucléaires.

Dans toute «théorie» (scientifique, spéculative, ou d’ingénierie naïve…), l’absence de données quantitatives et surtout l’absence de calculs est la preuve que le fond est vide derrière la forme.

Des brevets d’invention n’équivalent pas à une validation scientifique d’une théorie. Les charlatans utilisent cette faille pour faire croire que leur théorie est crédible. Mais des mécènes riches et néanmoins crédules ça existe… On peut breveter presque tout, même des concepts, comme des machines de mouvement perpétuel, sachant que la thermodynamique montre pourtant que le mouvement perpétuel n’existe certainement pas et est une impossibilité physique. Une théorie scientifique repose sur des preuves empiriques, et sur des hypothèses vérifiables. Des affirmations qui sont infirmées par le calcul montre que ce n’était qu’une idée, et qu’il n’y avait rien de concret ni rien de matériel pour étayer tout ça. Des idées extraordinaires impliquent des preuves extraordinaires. Sinon ça ne reste qu’un écran de fumée (comme l’arnaque des avions renifleurs en 1977 en France, et l’escroquerie du mercure rouge en Irak)…

 

Remarque générale pour l’ensemble de mon blog :  depuis 2007, toutes les sottises que je dénonce, ce sont des éléments qui prouvent que notre monde moderne (pas seulement mais aussi l’inquisition médiévale et diverses mouvances politico-religieuses autoritaires liberticides en tout temps) profite de la crédulité humaine le plus souvent dans une totale impunité. Un confrère m’assurait que la société n’était pas construite sur le modèle de la secte. Quand on analyse le web, les magazines de la presse, dans un souci de transparence et de recherche de choses factuelles, on a sérieusement de quoi se poser des questions… L’être humain est faillible. Difficile de trouver l’équilibre entre l’insouciance et l’implication pour un monde plus rationnel. Ce que je pense, c’est qu’en essayant d’amener les gens à la raison (sans les forcer non plus), c’est leur souhaiter d’être libres. Par expérience, je confesse que le doute, dans ses critères de scepticisme scientifique, est plus fécond et plus utile que la crédulité à n’importe quoi.

Un tout petit exemple : je préférerais aider une association comme «Les restos du cœur» ou «Emmaüs» (www.emmaus-france.org «Ne pas subir, toujours agir») ou «Le Refuge» (www.lerefuge.org) plutôt que de payer les services farfelus d’un charlatan du paranormal comme les voyants, les médiums, les télépathes ou les astrologues… En France le business du paranormal dépasse de loin le budget national français de la recherche scientifique… Vous trouvez ça cohérent et normal, vous ? Moi je trouve ça révoltant. Ouvrez les yeux !!!

Pour agir efficacement, il faut agir pour des œuvres vraiment utiles. Agir utilement pour les gens qui en ont besoin, c’est plus important que d’être lâche de croire des conneries qui vous coûtent inutilement alors que ces coûts seraient réellement plus utiles ailleurs.

Dans la crédulité à travers les pseudo-sciences, je me suis aperçu que les gens croient des sottises surtout à cause des espoirs qu’ils investissent pour eux-mêmes et non pas par altruisme. La crédulité est-elle un trait d’égoïsme ? À travers les martingales sur les jeux d’argent, les gens espèrent gagner de l’argent et croient certaines «théories» qui leur permettrait de gagner le gros lot… À travers les impostures pseudo-scientifiques liées à la santé ou la psychologie, les crédules recherchent un réconfort apparent en croyant les gourous qui se font de plus en plus nombreux. Les crédules sont des anxieux qui ne pensent qu’à leur gueule, si on regarde bien. Il y a plus malheureux qu’eux. Notre monde manque de lucidité. Pour devenir rationnel, certes, mais aussi pour apprendre à devenir plus humain. Le courage c’est dépasser ses peurs, et la crédulité est un symptôme de la peur. La peur engendre les fanatismes et la haine. Réfléchir conduit à l’humanisme.

Voila, c’est tout dit pour aujourd’hui.

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

 

Recherche scientifique sans connaissance de soi n’est que ruine de la science

 

La fiabilité des travaux de recherche scientifique est étroitement liée à notre conscience honnête des risques d’erreurs causés par les biais cognitifs et psychologiques. Les êtres humains sont faillibles, épistémologiquement c’est un critère aussi important que celui de la réfutabilité potentielle des hypothèses scientifiques.

Selon ma propre expérience : lire des livres, beaucoup de livres de tout genre, c’est bien ; mais croire ce qui est écrit dans les livres est la pire chose qui puisse arriver pour les lecteurs. Toute analyse critique minutieuse des livres révèle l’existence d’erreurs. Des livres exempts d’erreurs, c’est un mythe. Arguments ci-dessous :

 

-

© 2014 John Philip C. Manson

SVJ

La vulgarisation scientifique, selon moi, est un domaine de première importance dans l’éducation, juste après les fondamentaux que sont l’écriture, la lecture, la culture générale et le calcul. Je suis cependant inquiet de l’évolution des moyens ouvrés pour faire de la vulgarisation scientifique. J’avais déjà expliqué pourquoi, dans ce blog, à travers plusieurs articles.

L’autre jour, j’ai procédé à un examen des titres des couvertures mensuelles du magazine S&V. Mais la vulgarisation de la science pour un public plus jeune ce n’est guère plus rassurant avec SVJ, l’équivalent de S&V, pour les juniors. Je vais expliquer pourquoi.

En examinant l’index du site de SVJ, on découvre quelques pages de couvertures du magazine de vulgarisation scientifique pour la jeunesse.

  • SVJ 292 :  «Huit inventions folles de la science-fiction»: pourquoi ne pas évoquer les inventions scientifiques qui sont des réalités, elles ?
  • SVJ 293«Où se cache la matière noire ? La plus grande énigme de l’univers.» Bien, c’est de la cosmologie et de l’astrophysique. Mais pour que la matière noire se cache quelque part, il faut que celle-ci existe. À ce jour, la matière noire est une hypothèse scientifique. On n’en a pas de preuves convaincantes pour le moment. Et si l’hypothèse de la matière noire (présentée à tort par certains comme une certitude et une découverte) était une sorte de rustine pour sauver une théorie de la crevaison ?…
  • SVJ 294 :  «À quoi pensent les animaux ?». Peut-on réellement se mettre à la place des animaux ? Notre anthropocentrisme limite beaucoup notre compréhension de la conscience des animaux d’une espèce à l’autre.
  • SVJ 295 :  «Les superpouvoirs de l’ADN». Nous sommes des humains ordinaires, avec un ADN normal. Nous ne sommes pas des superhéros. Cela ne sert à rien de théâtraliser la science en essayant d’en faire plus que ce qu’il n’en faut. Les superpouvoirs, c’est une expression pompeuse, ça fait référence aux mythes et à l’imaginaire. Les mécanismes de l’ADN sont naturels, nul besoin d’y ajouter une subjectivité que l’on pourrait qualifier de mystique.
  • SVJ 297 (juin 2014) :  «Le mensonge, comment le détecter.»  Je ne sais pas si SVJ présente un avis critique sur les détecteurs de mensonge. Depuis son origine, la fiabilité des détecteurs de mensonge a été vivement critiquée. Des individus entraînés peuvent tromper le détecteur en contrôlant leurs émotions, tandis que la fiabilité de détecter les mensonges n’est pas absolue : dans 5% des cas (au minimum, sinon pire) on risque d’accuser à tort des innocents. Cependant, en France et en Belgique, les détecteurs de mensonge n’ont pas valeur de preuve devant les tribunaux, heureusement. «On a vu le Big Bang» : faux, on a vu une image (via la mission WMAP) datée de 380 000 ans environ après le Big Bang, on ne verra jamais le Big Bang car les photons ne se dissocièrent de la matière que 380 000 ans après le Big Bang.
  • Un "hors série" de SVJ est consacré aux loups garous, aux zombies et aux vampires. À ce niveau, c’est de la science-fiction ou de la heroic fantasy, c’est-à-dire des genres littéraires, très populaires au cinéma (il m’arrive de regarder ces genres de films pour me distraire, mais tout cela n’a rien à voir avec de la science ni de la vulgarisation scientifique). Ou au mieux une analyse sociologique des croyances qui hantent les humains.

 

Dans l’index du site de SVJ on y voit même un sondage relatif aux superpouvoirs :

superpowers

Moi, j’aurais personnellement préféré exprimer le choix d’être assez intelligent sans être trop con non plus.

iconlol

Mais voyez ici ce sondage demandant un avis sur les superpouvoirs : ça parle de télékinésie, de télépathie…

De la science ? Euh ?!… Pas étonnant que le public marche à fond dans les parasciences et autres croyances. Le rôle de la vulgarisation scientifique est de susciter des vocations, un intérêt pour les sciences, avec des moyens pertinents, ludiques aussi si on veut, mais dans la rigueur avec laquelle l’on doit dire ce qu’est la science, et dire ce qui ne relève pas de la méthode scientifique. Il faudrait par exemple inciter à réaliser des expériences scientifiques (contrôlées par un adulte si cela est une éducation donnée à des enfants). Depuis les débuts de l’essor moderne des sciences, du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours, je fais remarquer que l’expérimentation est remplacée peu à peu par des "connaissances" livresques. On lit des livres, on n’expérimente pas par soi-même, le plus souvent. C’est préoccupant. Des livres peuvent contenir des erreurs, on peut croire des erreurs par accident, ou par négligence, ou en prenant de mauvaises habitudes. Et de nos jours, la vulgarisation ressemble plus à de l’imaginaire collectif, une scénarisation de la science plutôt qu’à des faits qui sont observés, discutés, expérimentés, avec des hypothèses passées au peigne fin (par l’esprit critique) afin de tenter de les réfuter quand elles sont intrinsèquement fausses. Se remémorer des livres n’est pas savoir. La connaissance scientifique du monde ne vient que de l’expérimentation. Voila ce que j’en pense, quoi…

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme "l’opposition officielle" à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans "La quête inachevée", Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

Le catastrophisme, c’est du réchauffé

LIENS À LIRE :

 

Exemple d’évaluation de l’astrologie

Dans un magazine féminin, je tombe sur la dernière page qui parle d’astrologie. Ce qui y est décrit peut être comparé avec ce qui existe dans les faits réels.

Voici une image du paragraphe en question :

maxi-astro

 

Vérification avec le logiciel de planétarium Stellarium (des observations astronomiques directes c’est même mieux, mais faut avoir les moyens) :

  • Mercure rejoint Uranus : vrai, on appelle cela une conjonction, quand deux astres se réunissent dans une même zone du ciel terrestre.
  • Mercure et Uranus en conjonction dans la constellation du Bélier : faux, la conjonction se produit actuellement (en cette mi-avril 2014) dans la constellation des Poissons. L’astrologie commet l’erreur de ne pas prendre en compte le phénomène de précession des équinoxes, phénomène pourtant connu depuis l’antiquité grecque (Hipparque, il y a plus de 20 siècles)… Mais précession ou pas, l’astrologie reste invalide et subjective quelque soit la bidouille utilisée…
  • Une opposition formée entre Jupiter et Pluton : vrai.
  • Au 13e degré des signes cardinaux ? D’après la grille équatoriale, ce serait plutôt un angle d’environ 30°, et d’après la grille azimutale ce serait environ 5°.
  • Mars en opposition avec Mercure : approximativement vrai, l’alignement entre Mars, la Terre et Mercure est plutôt imparfait.
  • Éclipse totale de la pleine lune ce mardi : vrai, mais l’éclipse totale de lune est seulement visible depuis l’Amérique du Nord.
  • «Tout un programme qui ne s’annonce pas des plus sereins» : avec un S final à l’adjectif… Les événements n’ont aucun lien de causalité avec les alignements astronomiques (sauf bien-sûr lorsqu’un énorme astéroïde s’écrase fortuitement sur Terre). Et si les éclipses présageaient des changements, ça ce saurait, notamment les changements liés à la politique («le changement c’est maintenant» , disait le Président…). Les changements sont le fruit de la volonté humaine (ou des lois de la nature plus forte que nous), mais les changements n’ont jamais été initiés par des projections d’une ombre sur un support quelconque… Quand une mouche vole autour d’une ampoule électrique allumée, et que l’ombre de la mouche est projetée sur mon agenda posé sur mon bureau, cela présagerait-il une future promotion professionnelle ? L’astrologie c’est tout aussi absurde.
  • Pluton devient rétrograde pour 5 mois : je suppose que c’est quand la Terre et Pluton se rapproche au plus près puis la Terre s’éloigne ensuite de Pluton ; cela survient alors dans la période du 14 avril au 23 septembre 2014, c’est-à-dire approximativement d’un équinoxe à l’autre. Par exemple, la Terre se rapproche de Pluton jusqu’au 2 juillet 2014 à 03:49, puis s’en éloigne ensuite, puis après un délai d’environ 6 mois, la Terre en opposition avec Pluton se rapproche ensuite de Pluton. Qu’une planète avance ou recule, cela n’influence en rien nos destinés et nos habitudes, à moins d’être très crédules (ou hypocondriaques…).
  • Chiron en s’associant à Vénus ? En astronomie, Chiron désigne un astéroïde cométaire, il a sa propre orbite entre Saturne et Uranus (http://fr.wikipedia.org/wiki/%282060%29_Chiron). Le logiciel Stellarium n’a pas Chiron dans sa base de données, je ne peux pas vérifier la position de Chiron sur son orbite. Mais si l’astéroïde Chiron n’a rien à voir avec le thème astrologique présenté dans l’image ci-dessus, on doit rappeler qu’en astronomie, Chiron est une lune de Saturne que Hermann Goldschmidt crut détecter en 1861, mais qui s’avéra imaginaire, et son existence fut donc réfutée… De quel Chiron les astrologues parlent-ils ? Je dois préciser que l’astéroïde Chiron n’était absolument pas connu avant l’automne 1977, il y a seulement à peine 37 ans que cet astéroïde fut découvert, et donc les astrologues ne pouvaient pas en parler auparavant… Donc si les astrologues utilisent dans leurs «prédictions» la lune imaginaire de Saturne, Chiron, qui n’existe même pas, cela n’a aucun sens…
  • Il ne faut pas confondre Chiron (précédemment cité) avec Charon qui est une lune de Pluton, et Charon fut découvert en 1978, et de ce fait, Charon était inconnu avant cette date… http://fr.wikipedia.org/wiki/Charon_%28lune%29

 

On le constate, l’astrologie se décrédibilise, une fois de plus…

 

Voici un article sur l’éclipse de lune survenue récemment : http://tempsreel.nouvelobs.com/sciences/20140414.OBS3861/suivez-l-eclipse-totale-de-lune-en-direct.html

Cependant, dans ce journal, on peut lire une phrase intrigante :  «Le satellite de la Terre a viré au rouge au cours d’un phénomène astronomique rarissime.»  Rarissime ? Que définit-on par rarissime ?…

Si la lune était exactement sur le plan de l’écliptique en permanence, il se produirait des éclipses lunaires et solaires une fois par mois, soit 12 fois par an.

En ouvrant mon agenda d’astronomie daté de 1990, je constate qu’il y eut une éclipse lunaire le 6 août 1990, visible en Asie. Aussi, il y eut une éclipse solaire le 26 janvier 1990, visible en Antarctique, et une autre le 22 juillet 1990, visible en Finlande et dans l’ex-URSS.

Il y a au moins 1 à 2 éclipses de lune par an. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89clipse_lunaire Ce n’est pas souvent, mais cela peut arriver plusieurs fois au cours d’une année. La chute d’un astéroïde de 10 km de diamètre sur la Terre, voila un phénomène franchement rarissime…

 

En 2014, il y a 2 éclipses lunaires : le 15 avril et le 8 octobre. Mais en 2013, il y en a eu 3. Rarissime, disent-ils ? Ils se sont renseignés au moins ?…

Il y a eu 23 éclipses de lune entre avril 2005 et octobre 2014, dont 8 éclipses totales.

En ce qui concerne les tétrades (4 éclipses consécutives), on doit penser au cycle du Saros, http://fr.wikipedia.org/wiki/Saros selon lequel le soleil, la Terre et la Lune retrouvent approximativement la même géométrie relative et une éclipse presque identique se produit selon une période de 223 mois synodiques ou lunaisons (environ 18 ans) qui peut être utilisée pour prédire les éclipses de Soleil et de Lune. Comme l’astrologie fait le déni de la précession des équinoxes depuis plus de deux millénaires, je présume qu’elle renie aussi l’existence du Saros… D’après moi, il y aurait en moyenne 5 tétrades par siècle.

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Attention aux fausses publications scientifiques

Je poste ici un petit article vite fait. Je viens de lire un article intéressant qui résume tout l’intérêt d’avoir une attitude sceptique et critique.

Il ne faut jamais se convaincre qu’une publication prétendument scientifique est systématiquement la vérité. La vérité n’est pas le meilleur critère. On évalue une publication par son degré de solidité, afin de s’assurer d’une part de son caractère réfutable et d’autre part de sa crédibilité objective.

Lire doit être donc une approche analytique et rationnelle, et non un comportement irréfléchi qui absorbe émotionnellement tout comme une éponge en croyant que tout est vrai.

De nos jours, et surtout depuis la naissance d’internet, l’attitude critique est une nécessité, aussi bien dans les sciences à cause de cette gangrène que sont les fraudes scientifiques et les pseudo-sciences qu’en politique où dominent les promesses non tenues, les mensonges, les manipulations et les trahisons…

Sans comité de lecture par des spécialistes, il n’y aurait pas d’évaluation de travaux scientifiques, et ce serait anarchique et catastrophique. Même avec un comité de lecture comme garde-fou, on n’est jamais complètement sûr à 100% que l’on sera à l’abri d’erreurs. Et pourtant, des erreurs surviennent encore parfois malgré l’existence de filtres, et c’est parfois ahurissant :  https://www.google.fr/#q=teissier+sorbonne  et https://www.google.fr/#q=%22double+th%C3%A8se+controvers%C3%A9e%22

Pour votre sécurité, vous devriez porter un casque de motard quand vous lisez des soi-disant publications scientifiques.  ;)

© 2014 John Philip C. Manson

 

Physique quantique, mysticisme et métaphysique

Bonjour à tous. Ceci n’est présentement pas un article, mais une réponse de dialogue via Facebook, étant donné que mon blog a cessé son activité depuis fin décembre 2013. Au fait, bonne et heureuse année 2014 à tous !

SP
Bonjour. Ayant interrompu mon activité de blogueur, je vous réponds avec un peu de retard. Actuellement en déplacement pour cause de début de projet professionnel, je n’ai pas de ligne internet permanente, je surfe très occasionnellement sur internet via téléphonie mobile qu’environ 5 à 10 minutes par jour (les tarifs de la 3G sont prohibitifs et dissuasifs, oouuuhhh !). Mais j’ai pris exceptionnellement le temps de répondre à votre message.

Tout d’abord, je partage complètement votre point de vue sur l’état actuel de la vulgarisation scientifique, il existe comme un recul, une démission, par rapport à cette démarche importante. La perte d’intérêt des jeunes pour les sciences sont la cause et la conséquence de cet échec. Il faudrait enrayer cet échec. Mais on ne peut pas non plus forcer les jeunes à aimer ce qu’ils n’aimeront pas ni ce qu’ils ne voudront jamais aimer.

La science était autrefois perçue comme le moteur du progrès, de l’émancipation, une victoire contre l’ignorance et les dogmes. De nos jours, la science tend à être soit décrédibilisée (parce qu’elle est parfois instrumentalisée par la politique), soit rejetée parce qu’elle est perçue comme une menace contre les ressources naturelles à cause de l’ère industrielle, voire même dénaturée de son contexte par les charlatans qui se proclament de la "science" pour vendre leurs doctrines fantaisistes. Je pense personnellement qu’il faut un nouveau souffle : un renouveau du siècle des Lumières, le retour à la raison pour contrer les superstitions et l’aliénation de l’esprit humain victime de l’emprise des croyances inégalitaires et liberticides.

Je constate notamment une baisse de qualité de la vulgarisation depuis les années 1980, mais il existe cependant des exceptions, comme le livre de Normand Baillargeon (« Petit cours d’autodéfense intellectuelle») qui présente un contenu assez intéressant. Le tort de l’enseignement est de présenter les mathématiques comme une discipline incontournable pour la sélection tout en laissant penser que c’est une discipline inutile. Or les maths sont loin d’être inutiles : pour ne citer que quelques exemples, elles permettent par exemple la sécurité des systèmes bancaires grâce à la cryptographie, elles permettent de déchiffrer le code Enigma pendant la Seconde Guerre Mondiale contre les nazis grâce aux talents du mathématicien Alan Turing, et aussi les maths permettent de détecter des contre-vérités dans les médias. Il faut rendre les sciences plus attractives sans risquer de dénaturer le sens de leur contenu, ni sans prendre le risque de prendre une quelconque indépendance avec la méthode scientifique (à moins d’avoir innové dans une méthode plus efficace, mais j’en doute).

L’enseignement des sciences doit permettre de créer des vocations scientifiques, cela est impératif à l’heure actuelle où les effectifs dans les facultés des sciences sont en baisse depuis une quinzaine d’années. Créer des vocations sans pour autant dénaturer les critères qui définissent la science. La vulgarisation scientifique comporte parfois des maladresses qui entraînent des erreurs d’interprétation chez le public. Un exemple classique : le Big Bang est souvent présenté à tort comme une explosion de matière qui remplit un espace vide, alors que le Big Bang concerne l’expansion de l’espace.

Vulgariser la science est une mission très difficile. Avoir des connaissances ne suffit pas, il faut avoir un certain talent pour communiquer des savoirs au public, être compris sans trop simplifier ni dénaturer le sens des théories scientifiques.

Le scepticisme scientifique part d’une bonne intention, comme vous le dites, mais ce scepticisme scientifique fait partie de la méthode scientifique, c’est une nécessité, et vous le savez. On formule une hypothèse, puis on réalise une expérience pour évaluer l’hypothèse, l’hypothèse est ensuite confortée par l’expérience ou bien elle est infirmée par l’expérience. Le caractère potentiellement réfutable d’une hypothèse définit son caractère scientifique. C’est un critère épistémologique, défini par Karl Popper, et parmi d’autres épistémologies possibles, mais c’est actuellement la méthode la plus pertinente et la plus efficace, parce que ça marche.

S’il est vrai que certaines associations ou lobbies peuvent être motivés par l’appât du gain, la notoriété, la mystification ou la manipulation, il ne faut guère généraliser non plus, et il faudrait donner une argumentation plus claire en citant des exemples concrets. L’erreur est humaine, les êtres humains sont faillibles, même les scientifiques les plus intègres peuvent commettre eux-mêmes des erreurs méthodiques. Nul n’est à l’abri des erreurs et de la tromperie. En ce sens, l’esprit critique peut s’appliquer aussi bien à l’encontre des sceptiques qu’aux cibles des sceptiques, les êtres humains sont égaux.

Si au premier abord, la zététique se présente comme une méthode intéressante, elle reste cependant circonscrite à un domaine d’études trop restreint : le surnaturel et le paranormal. Je suis plutôt favorable à une palette beaucoup plus large de sujets d’études : pas seulement le paranormal, mais aussi d’autres thématiques comme par exemple les fraudes scientifiques, les contre-vérités véhiculées par le journalisme (dont les tentatives de vulgarisation scientifique peuvent être très maladroites).

Bien des publications se limitent à la vulgarisation scientifique de théories connues, en décrivant les grandes lignes. Mais il faut surpasser cela. Il faut présenter des analyses critiques objectives de ces théories. C’est-à-dire que les théories scientifiques sont présentées à tort comme des vérités, alors qu’au sens épistémologique elles ne sont qu’une représentation faillible et provisoire de la réalité physique. De même, il faut réinventer le journalisme : la presse grand public diffuse quotidiennement des « informations » plus ou moins en rapport avec les sciences, et lorsque l’on vérifie les chiffres, les données quantitatives (quand il y en a), l’on constate souvent des erreurs que beaucoup de lecteurs ne daignent pas signaler parce qu’ils auront interprété les textes comme des vérités qu’ils ne pensent pas à les remettre en question.

Le scepticisme scientifique, à travers les évaluations des connaissances par des outils efficaces (comme les mathématiques et les expériences scientifiques), est une démarche légitime et nécessaire.

Mais lorsque ce scepticisme devient hypercritique quand la subjectivité remplace l’objectivité, ce scepticisme devient abusif quand il cherche à tout nier.
Mais le scepticisme scientifique, lorsqu’il est bien conduit, à travers une démarche rigoureuse et objective, vient souvent à réfuter des « théories », celles-ci s’écroulant comme des châteaux de cartes. Et ceux qui ont pris le parti de croire à ces théories (ou plutôt ces croyances) en gardent fréquemment un goût amer et vindicatif. Ainsi, je suis surpris et étonné lorsque vous citez l’AFIS et les Sceptiques du Québec comme faisant partie d’une mouvance caricaturale et pernicieuse. Je lis occasionnellement le magazine de l’AFIS, et en général leurs textes sont de qualité et font souvent un résumé détaillé des problématiques. Cependant, il existe d’autres magazines de vulgarisation scientifique (avec des titres racoleurs) qui sont plus appropriés à recevoir un blâme (j’en ai parlé à plusieurs reprises dans mon blog).

Le scepticisme scientifique ne consiste pas à nier et tout rejeter en bloc. Le scepticisme ne combat pas des idées a priori. Le doute fonctionne selon un principe clair : si une hypothèse ne colle pas avec des observations ou des expériences, l’hypothèse est rejetée et abandonnée ; mais l’hypothèse est retenue comme crédible (sans pour autant passer pour une Vérité) si elle reste cohérente avec les faits (à condition qu’il y ait une causalité). Je comprends bien la situation des croyants qui se sentent lésés par des critiques, parce que leurs croyances auront été mise en échec face à la méthode scientifique. Les connaissances sont accessibles au moyen de la méthode scientifique, tandis que les croyances (souvent bourrées de contradictions) sont une option qui donne le meilleur moyen de se tromper…

En ce qui concerne la physique quantique, j’ai écrit plusieurs articles à ce sujet dans mon blog. En résumé, la physique quantique est une théorie scientifique crédible qui décrit la dynamique des particules à l’échelle subatomique. C’est une théorie qui peut conduire à de nombreux débats philosophiques, c’est vrai. En science, on teste des hypothèses pour construire une théorie, ou pour la modifier, ou même parfois pour l’invalider. La science procède par élimination, par tri, par une constante remise en question, et cela est nécessaire, sinon il n’existerait pas de théories scientifiques, ni même d’évolution des connaissances.

Vous percevez la physique quantique comme devant prouver un concept métaphysique. Vous évoquez ici du problème de la dualité esprit/matière. Sur le plan philosophique, je suis plutôt en faveur du matérialisme, non pas par choix esthétique, mais par tout ce que je connais actuellement des sciences depuis de longues années. Philosophiquement, d’autres points de vue sont plausibles, mais je ne vois de connaissances objectives qu’à travers des faits observables, au moyen de preuves directes ou indirectes, car la réflexion et la raison seules ne suffisent pas. Philosophiquement, je considère l’esprit (ou plutôt la conscience) comme une conséquence, un effet, de la matière. Certains affirment que l’esprit précède la matière tandis qu’il ne peut a priori exister d’esprit sans matière. Mais un argumentaire a peu de valeur en l’absence de preuves concrètes. Pour parler des faits : plus un cerveau (réseau de neurones) est lésé et endommagé, plus la conscience est gravement altérée, voire détruite, c’est ce que l’on observe. Quant aux phénomènes de dédoublement de la conscience à travers ce qu’on appelle le «voyage astral», cela est expliqué par la chimie : la kétamine et les endorphines peuvent produire des modifications de la conscience. Récemment, j’ai eu connaissance d’une étude publiée par des chercheurs de l’université du Michigan à propos des cas de décorporations lors de «mort imminente» et qui met en évidence un comportement du cerveau qui pourrait générer cette impression paranormale, rapprochée du "paradis" par des milliers de patients "ressuscités" après une mort clinique. Un phénomène chimique fait que le cerveau mélange tout, générant une expérience unifiée et homogène. La réaction cérébrale découlerait du choc physiologique provoqué par l’arrêt cardiaque. En analysant l’activité cérébrale de rats au moment de leur mort, les chercheurs se sont aperçus que l’activité cérébrale, loin de s’arrêter net par manque d’oxygène, s’intensifiait de façon exceptionnelle dans les trente secondes qui suivent l’arrêt du cœur.

En bref, j’ai évoqué la physique quantique selon le plan scientifique, puis son implication avec la conscience sur le plan philosophique. Ce que je peux dire de la théorie quantique, c’est qu’elle est en accord avec les expériences et les observations ; je n’ai pas d’avis tranché sur le plan philosophique sur la question : il existe plusieurs interprétations sérieuses et crédibles de la physique quantique. Laquelle de ces interprétations est la bonne ? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais concernant les interprétations mystiques et irrationnelles de la physique quantique, on sort complètement du cadre de la science et cela ne sert à rien.

Mais lorsque vous affirmez que la physique quantique est en accord avec une conception métaphysique, on sort du cadre de la méthode scientifique pour entrer dans celui de la métaphysique. Que vaut la métaphysique ? Quelles connaissances (ou au contraire quelles réfutations) la métaphysique peut-elle apporter ? C’est une question à laquelle je n’ai pas vraiment de réponses.

Quand vous dénoncez des charlatans du mysticisme quantique, vous avez raison sur ce point. J’ai évoqué le thème du mysticisme quantique dans le but de dénoncer les interprétations farfelues de la physique quantique, interprétations qui relèvent du mysticisme, de la pseudo-science ou de la métaphysique. Ce qui fait l’intérêt de la science, sa valeur, c’est le caractère potentiellement réfutable d’une hypothèse pour que celle-ci ait une nature scientifique. En ce sens, je suis en faveur de l’épistémologie de Karl Popper, sans pour autant me ranger dans un dogmatisme illusoire. Sur le thème du mysticisme quantique, j’ai voulu dénoncer les interprétations farfelues qui entraînent des dérives idéologiques. Ces dérives surfent sur la mode actuelle du New Age. Le New Age a l’une des caractéristiques suivantes : tout se vaut, malgré les contradictions ; cette mouvance crée des amalgames inadaptés et inappropriés, en formant des syncrétismes religieux, mystiques, idéologiques. Ainsi, le New Age ne craint pas de mélanger abusivement la science avec les croyances les plus diverses, elle crée des amalgames fantaisistes, elle dénature la science.

Je pensais que vous étiez d’accord avec moi quand vous dénoncez les charlatans du mysticisme quantique. Mais vous-mêmes faites l’amalgame entre la physique quantique et le phénomène de la conscience. Peut-être qu’à l’avenir les ordinateurs quantiques pourront permettre de construire une intelligence artificielle équivalente à l’esprit humain pour que la question soit prise au sérieux, mais pour le moment cela relève de la spéculation et non d’une véritable théorie quantique de la conscience. On ne sait pas ce que le futur réserve.

La physique quantique ne prétend pas décrire un univers mystique, ni métaphysique, ni même spiritualiste, et n’est pas non plus en rapport avec la psychologie et la place de l’Homme dans l’univers. Je fais franchement la distinction entre le contentement des connaissances actuelles que nous avons (sans nier de nouvelles hypothèses réfutables, ni sans nier qu’un jour il existera une véritable théorie quantique scientifique de la conscience car on n’est sûr de rien) et l’espoir de voir d’éventuelles croyances validées par la science un jour (croire n’est pas nécessaire, mais (pour citer Henri Poincaré) j’admets que c’est par l’intuition que nous trouvons MAIS (et surtout) c’est par la logique et les expériences que nous prouvons). Pour résumer, je prend au sérieux le critère épistémologique de démarcation (entre la science et la non-science), parce qu’à travers mon parcours personnel il m’a démontré son utilité et sa nécessité. Il y a rupture entre science et croyance.

Évidemment, je ne mets pas au même niveau les métaphysiciens (qui sont des philosophes) et les gourous qui récupèrent et dénaturent la science dans le but de tromper. Les métaphysiciens ne sont pas des gourous ni des charlatans. Ce sont des penseurs. L’attitude scientifique, c’est vouloir tester une idée et la comparer avec des phénomènes physiques. Je ne fais que rappeler la nécessité d’une démarcation, parce que la spéculation métaphysique, la science et l’imposture du New Age ne se basent pas du tout sur la même méthode ni la même approche. Il existe une différence entre CONCEPT et OBSERVATION. J’oriente mes concepts philosophiques selon les connaissances actuelles données par la science. J’aurais beaucoup de mal à me satisfaire de concepts (esthétiques ou élégants) qui n’auront pas été comparés avec des connaissances scientifiques, car sinon ces concepts s’apparenteraient à des croyances. Un concept abstrait comme les nombres premiers par exemple, est indépendant des phénomènes de la physique, cela ne pose pas de problème. Mais lorsque qu’un concept a un lien avec la physique ou les sciences de la nature, par exemple la sourcellerie et la radiesthésie, on se doit de comparer ces concepts avec la réalité présentée par le terrain. J’avais personnellement expérimenté la radiesthésie il y a plus de 20 ans, d’abord avec enthousiasme, puis le scepticisme a pris le dessus, parce que l’expérimentation m’a appris une bonne leçon : la radiesthésie est la conséquence de l’effet idéomoteur, et des tests comparatifs avec le hasard m’ont montré que la radiesthésie ne fait pas de meilleur score que le hasard. On ne naît pas sceptique, on le devient. Il devient plus dur ensuite de redevenir un croyant, voire même que c’est devenu impossible. Le doute n’est pas un choix arbitraire, ni dogmatique, ni sectaire ; le doute est la conséquence d’observations. Apprendre à observer, et avoir le courage de remettre des concepts en question. C’est un travail difficile, mais cela en vaut la peine. Le doute m’a permis d’en apprendre plus,  plutôt qu’à travers l’espoir que suscitent les concepts s’ils avaient été (désirés comme) vrais a posteriori.

Comme le disait Philip K. Dick : la réalité c’est ce qui reste et subsiste quand on cesse d’y croire. J’ai personnellement appris à me méfier des concepts. La vraie valeur de la construction des connaissances n’existe qu’à travers la méthode expérimentale. Isaac Newton disait que la conviction n’est le fruit que de la preuve… malgré le fait que Newton eut toutefois pratiqué l’alchimie… (mais au moins il a essayé). Il faut pouvoir évaluer des concepts, tester leur solidité par rapports aux faits. Les mathématiques peuvent n’avoir qu’elles-mêmes comme objet d’étude, indépendamment des phénomènes physiques, elles sont une pure abstraction non dénuée d’intérêt. Mais des théories scientifiques, en physique, en chimie, ou en biologie, cela repose essentiellement sur des observations et des expériences, c’est une contrainte à laquelle l’on ne peut pas s’en affranchir. Il faut nécessairement du concret dans les sciences de la nature. Si la métaphysique et la physique quantique sont cohérentes entre elles, il faut pouvoir le prouver avec des liens de causalité. La conscience est-elle quantique ? C’est une question à caractère scientifique car il est possible de concevoir des expériences pouvant conduire à des tests d’hypothèses réfutables (via les ordinateurs quantiques, avec des simulations informatiques). Mais c’est un domaine qui émerge à peine, c’est encore trop tôt, il va falloir patienter peut-être quelques décennies. L’avenir nous le dira (peut-être).

La science se base sur une méthode rigoureuse et exigeante, mais cela n’empêche pas de voir apparaître de nouvelles théories crédibles et intéressantes à travers une diversité d’hypothèses, pourvu que ces hypothèses-là aient la possibilité d’être réfutables (il faut pouvoir les réfuter, donc permettre qu’elles puissent être a priori fausses). De plus, il ne faut jamais nier l’existence d’incertitudes.

En ce qui concerne Jacques Lavau, je l’ai cité à travers sa citation suivante : «La science se distingue de tous les autres modes de transmission des connaissances, par une croyance de base : nous croyons que les experts sont faillibles, que les connaissances transmises peuvent contenir toutes sortes de fables et d’erreurs, et qu’il faut prendre la peine de vérifier, par des expériences.»   Sa citation est pertinente, elle résume la méthode scientifique à travers une attitude prudente et un certain recul. Mais si monsieur Lavau faisait polémique, je n’en ai pas eu connaissance, et je ne le connais pas personnellement. Là aussi, comme votre avis pour l’AFIS, je suis un peu étonné de votre point de vue. Cela m’aurait été plus clair si je savais ce que vous reprochez à monsieur Lavau, aux zététiciens et à l’AFIS.

Éprouveriez-vous un rejet du scepticisme scientifique parce que vos idées n’auraient pas été prises au sérieux ? Il peut arriver que des sceptiques commettent des maladresses. C’est humain. On ne peut pas toujours rester constamment objectif. Les sceptiques ne sont pas vraiment supérieurs aux crédules, ils essaient juste d’être plus prudents mais certains sceptiques peuvent basculer dans la paranoïa aussi bien que les gourous qui, eux aussi, se sentent persécutés. ;)  Je ne serai pas étonné que des scientifiques pratiquent une activité artistique parallèlement. Les êtres humains ne sont pas formés que de raison (il m’arrive de prendre du recul même par rapport à la science, et c’est ce que j’ai fini par faire récemment). Mais la raison manque cependant à beaucoup d’humains…

Comme le disait Blaise Pascal : « Deux folies : exclure la raison, et n’admettre que la raison ».

Cordialement.

John Philip C. Manson, le 12 janvier 2014.