Comment réaliser une recherche documentaire : le cas de l’ESRA

  • Ceci est l’un des articles les plus aboutis de mon blog. J’ai pris mon temps pour le rédiger. Le contenu de cet article vous intéressera si vous aimez lire patiemment les détails, comme une lente autopsie soigneuse. Ainsi je vous préviens d’avance : le texte est un peu long, au risque de décourager ou dissuader les lecteurs les moins courageux. Pour les plus impatients d’entre vous, j’ai gardé le meilleur pour la fin, où j’ai exploré des pistes en matière de théorie des nombres, vous pouvez si vous le voulez lire directement la fin de ce présent article. Autrement, l’ensemble de ce dossier est intéressant.
    D’habitude, j’ai fréquemment rédigé mes articles directement dans l’interface d’édition du blog lui-même. Là j’ai pris tout mon temps, à partir d’un brouillon avec un simple éditeur de texte.

 

De quoi mon article parle t-il ? Hé bien, je vais vous le dire.
Ayant un contact occasionnel qui me demandait des renseignements sur un bouquin de Bernard Werber, j’en profite pour relancer ce thème déjà abordé il y a plusieurs mois sur mon blog. Ici : http://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/18/analyse-partielle-de-la-nouvelle-encyclopedie-du-savoir-relatif-et-absolu/
J’ai appris que l’écrivain est connu aussi dans d’autres pays, et pas seulement en France où il est très populaire. C’est l’occasion de recadrer les choses dans leur contexte.

Je tiens à préciser formellement que la critique ci-dessous ne porte pas directement sur l’écrivain lui-même, j’atteste qu’il est un bon romancier, mais la critique porte principalement sur la manière dont les lecteurs perçoivent son oeuvre, notamment selon un point de vue historique et scientifique.

Les éditions successives de «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» et de «La nouvelle encyclopédie…» du même nom forment un ensemble bien relatif.
Annoncé comme une encyclopédie de connaissances, ce livre n’est finalement qu’un recueil de légendes urbaines, d’anecdotes fantaisistes qui côtoient plus ou moins la métaphysique ou la spiritualité. Ayant fait état de nombre d’erreurs manifestes sur le thèmes scientifiques pendant la lecture, on est vite déçu par le manque de travail documentaire de l’auteur (à moins qu’il l’ai délibérément voulu dans le cadre de son roman, c’est-à-dire un contenu fictif de A à Z puisqu’il s’agit de littérature).

Je ne comprends absolument pas l’enthousiasme des lecteurs quand ceux-ci prétendent avoir accès à des connaissances alors que l’ESRA (acronyme désignant l’encyclopédie de Werber) est une oeuvre littéraire de fiction. Il est incroyable que de nombreux lecteurs prennent cet ouvrage pour argent comptant, comme des références scientifiques avérées, alors que le bouquin est truffé d’erreurs, d’inexactitudes ou d’anecdotes non prouvées. On peut vanter Werber pour sa prodigieuse imagination et son écriture fluide pour écrire des romans de science-fiction. L’enthousiasme est légitime quand on parle d’un ouvrage de science-fiction (c’est justement ce qu’il est) et perçu comme tel. Mais l’enthousiasme devient incompréhensible si le public perçoit l’ouvrage comme de la vulgarisation scientifique authentique. On peut légitimement émettre des réserves (preuves à l’appui ici-bas) en ce qui concerne la diffusion de prétendues connaissances scientifiques authentiques dans l’ESRA. Les détails que je vais donner sont suffisamment concis, les inexactitudes révélées sont évidentes et flagrantes. Ces inexactitudes entrent peut-être en scène dans le cadre d’un récit imaginaire de science-fiction, ou bien ce sont des gaffes produites par inadvertance, je ne sais pas si elles sont volontaires ou pas. Je penche plutôt pour l’hypothèse que ces erreurs soient volontaires, car l’auteur a été journaliste scientifique, et je ne crois pas qu’il aurait gaffé à ce point, je pense qu’il sait ce qu’il fait). Ce n’est pas l’auteur qui est à blâmer, mais la plupart de ses lecteurs. Vous devriez lire les commentaires enthousiastes d’internautes dans les sites web marchands francophones (comme Amazon) dans les pages qui parle des livres de l’ESRA publiés par l’auteur : on ne peut que constater l’aveuglement des lecteurs qui croient sincèrement s’instruire au gré de la lecture des «connaissances» scientifiques rencontrées dans l’encyclopédie. Ces lecteurs pourraient éventuellement être intéressés par une analyse critique. Sinon, au pire, ils n’apprécieront aucun forme de critique.

Certains pourraient affirmer que je n’ai pas lu Werber et que mes critiques sont faciles, vilaines ou insolentes. Or j’ai lu Werber afin de mieux cerner la pertinence de son encyclopédie. Si une écrasante majorité de lecteurs font des éloges sur l’écrivain, il existe une petite minorité de lecteurs qui ont un avis critique négatif sur son oeuvre (quand cette oeuvre est erronément perçue comme un ensemble de connaissances, ce que les critiques contestent). Et pourtant, c’est cette petite minorité qui a l’avis le plus lucide.

Je ne juge pas ad hoc une oeuvre sous prétexte que j’aurais décidé arbitrairement qu’elle n’est pas bien. J’ai des arguments concrets à livrer. Je donne ces arguments pour informer, pas pour exercer un jugement de valeur.

On peut voir «L’encyclopédie du savoir relatif et absolu» comme un roman de fiction, une fable, de la science-fiction. Je lis moi-même occasionnellement de la science-fiction, surtout en BD. Se distraire et se faire plaisir en lisant de la science-fiction, tout en sachant que c’est une oeuvre littéraire de fiction, ça va. Mais croire à tort qu’une oeuvre de fiction raconte des faits réels, cela ne va plus, l’on risque de s’égarer (et parfois cela va loin pour certains lecteurs)… On peut néanmoins offrir ces livres à des enfants ou des adolescents, tout en leur disant que ce sont des anecdotes de fiction, que c’est juste de la lecture pour se distraire, mais que ce n’est pas de la lecture pour s’informer ni pour acquérir des connaissances objectives. Croire à tort que des choses erronées sont des «vérités», c’est un égarement intellectuel. La culture scientifique du grand public est déjà assez galvaudée…

Comment faire un travail documentaire ? Voila la question essentielle de ce présent article. Avoir en mémoire des connaissances de base pour détecter des erreurs, des approximations ou des affirmations non prouvées, c’est très bien. Pour avoir une pareille mémoire, il faut être un grand lecteur, lire de tout, et savoir démêler le vrai du faux. Cela s’apprend. Mais il faut y mettre de la volonté. Et si l’on n’a pas de connaissances en mémoire, ce n’est pas grave du tout, mais cela prendra un peu plus de temps, à travers une recherche documentaire patiente. Mais je donnerai un petit bémol : même si on a une bonne mémoire, il ne faut jamais se fier à sa mémoire, parce qu’une mémoire, même bonne dans l’ensemble, peut occasionner des erreurs involontaires, c’est ce que j’ai appris par expérience. La rigueur d’un travail documentaire est plus important et plus fiable que la confiance que l’on a pour notre mémoire. Je ne prétends jamais à la science infuse. Je prends pour principe de départ que l’on ne sait rien, que l’on n’est sûr de rien, et qu’il convient mieux de vérifier avant de croire n’importe quoi. C’est le principe de mon blog : je suppose que je ne sais rien, je prends le soin de vérifier ce qu’on entend dire à travers les médias, je fais des comparaisons avec des sources sérieuses, et je livre mes conclusions, et lorsque je ne suis pas sûr de mon avis, je demande à l’un de mes contacts plus habile que moi-même quand le niveau requis de connaissances devient plus poussé.

Comment faire un travail documentaire ? On compose une équipe. Pas forcément des experts universitaires barbus avec des lunettes et ayant 50 ans d’expérience professionnelle, non. On peut même constituer une équipe composée exclusivement de lycéens des filières scientifiques et technologiques, et issus des classes de 1ère et de Terminale, donc des élèves âgés d’environ 16 à 19 ans. Des individus jeunes, certes, mais cela n’empêche pas qu’ils sont tout-à-fait compétents pour réaliser une recherche documentaire soigneuse s’ils font preuve de rigueur. En plus, avec l’avènement d’Internet, les recherches sont plus rapides que dans un CDI de lycée ou une bibliothèque universitaire, mais il faut toutefois trier efficacement les divers contenus trouvés sur le web.

Principe du travail documentaire : on lit un texte à vérifier, on le compare avec des contenus du web dont les sources sont pertinentes sur le plan scientifique ou sur le plan historique, et on livre une conclusion.

Je suis tout-à-fait confiant que l’équipe de lycéens, si l’on en constitue une, est tout-à-fait capable de déceler les erreurs que j’ai moi-même rencontrées dans l’encyclopédie du savoir relatif et absolu. N’importe qui, ou presque, est capable, avec sa seule motivation, sa volonté, de détecter les erreurs contenues dans l’ouvrage ci-nommé.
Ces erreurs sont flagrantes comme un gros bouton d’acné au milieu du nez, n’importe qui ayant un esprit éveillé peut déceler ces erreurs sans difficulté.

Tout croire dans ce que l’on lit d’un livre, surtout quand certains affirment que le livre est un inventaire de connaissances, c’est ne pas savoir vraiment lire. L’approche d’un livre avec un regard critique, c’est souvent vachement intéressant.  ^^

Je récapitule ci-dessous les diverses erreurs et inexactitudes rencontrées lors de la lecture de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu» (2009), ce qui fut l’objet d’un article précédent dans mon blog avec cependant des nouveautés que je rajouterai ici aussi. Je me suis basé essentiellement sur ma propre mémoire des connaissances pour déceler des erreurs (je suis aussi sensible qu’un sismographe, je suis assez bon pour ça mais je ne suis pas infaillible), mais pour être vraiment sûr (parce que l’erreur est humaine) je prends quand même le soin de vérifier cela au moyen de sources externes suffisamment fiables.

Maintenant, voici l’analyse critique de l’ESRA.

Dans le tome 2 intitulé «Le jour des Fourmis», on peut lire à la page 46 cet extrait, mot pour mot : «En septembre 1519, le roi aztèque Moctezuma partit à la rencontre de l’armée espagnole avec des chars jonchés de bijoux en guise d’offrandes. Le soir même, il était assassiné.»

Voici mon argument : Moctezuma rencontra Hernan Cortés le 8 novembre 1519, mais Moctezuma fut assassiné en juin 1520, plusieurs mois après cette première rencontre, mais certainement pas le soir-même un jour d’automne 1519. L’erreur dans l’encyclopédie est flagrante…

Réinventer l’Histoire en créant de nouveaux destins, dans le cadre d’une oeuvre littéraire de fiction, cela s’appelle de l’uchronie, c’est un des styles de la science-fiction. Par exemple, on peut créer une histoire fictive où Moctezuma aura été zigouillé le premier jour de l’invasion des Conquistadores, ou même imaginer l’histoire fictive uchronique des États-Unis qui auront eu la particularité de devenir un régime politique autoritaire communiste (et portant toujours l’acronyme USA, mais avec la dénomination suivante : Union Soviétique Américaine).  ^^

Mais réécrire l’Histoire, la vraie, en pensant avoir été conforme à la réalité historique et la présenter comme telle (l’auteur comme ses lecteurs) alors que cela ne l’est pas, c’est une gaffe en matière de pédagogie… Je pense que l’auteur a voulu donner une version uchronique de l’Histoire, il en a le droit dans le cadre de son roman puisqu’il s’agit d’une oeuvre de fiction. Mais ses lecteurs n’auront pas tous eu la même approche, pensant avoir affaire à un récit authentique alors qu’il est manifestement fictif.

Premier article de «La nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu», intitulé «Au début». Cela parle du commencement de l’univers, le Big Bang. L’auteur raconte qu’au début de l’univers il n’y avait rien avec un peu d’hydrogène : donc s’il y avait de l’hydrogène c’est qu’il y avait quelque chose et non pas "rien". Après, l’auteur dit que l’univers se réveille : en fait, le commencement de l’univers est aussi le commencement du temps, la physique est une science incapable de remonter au-delà des premiers instants, il est donc inexact de dire qu’il y a un réveil puisque cette affirmation suggère qu’il y a un changement d’état (attente puis action) alors que le temps avant le Big Bang n’est pas supposé exister… Après, Werber affirme : «L’hydrogène détone». En fait, le verbe est inapproprié : la détonation fait plutôt penser à une violente explosion de type chimique, comme une violente combustion (en l’hydrogène et l’oxygène par exemple). Le Big Bang n’est pas une explosion chimique, d’où l’appellation impropre de détonation. C’est en fait la fusion thermonucléaire de l’hydrogène pour former de l’hélium. Plus précisément, il s’agit de la nucléosynthèse primordiale, laquelle est à l’origine des premiers éléments chimiques dans l’univers : hydrogène, hélium, lithium, béryllium… Mais Werber (ou plutôt Edmond Wells, personnage fictif créé par Werber, et Wells est désigné comme étant lui-même l’auteur fictif de l’encyclopédie) n’en évoque même pas le nom. Il précise heureusement peu après qu’il s’agit de réactions nucléaires. Critiquer l’appellation de détonation, ce n’est pas le détail le plus significatif, il peut paraître léger en effet, mais voici la suite c’est bien mieux. Après alors, l’auteur nous donne les taux de composition chimique de l’univers. Une vérification des chiffres montre rapidement qu’ils concernent plutôt la composition chimique du soleil, et non celle de l’univers. Des erreurs dès le premier thème abordé…

En effet, concernant la composition chimique de l’univers, il y a 75% d’hydrogène et 25% d’hélium (proportions connues depuis les années 40).
La composition chimique du soleil est de 92,1% d’hydrogène, et 7,8% d’hélium, proportions similaires aux données indiquées par Werber : respectivement 90% et 0,1%.

Parler de détonation c’est un détail minime excusable, mais se tromper dans les chiffres à propos de la composition chimique de l’univers, c’est quand même plus gênant…

Le plus terrible n’est pas l’existence de telles erreurs dans ce bouquin. Enfin bon, ce n’est qu’un roman de science-fiction et de philosophie-fiction. Le plus terrible, c’est la cécité culturelle apparente des lecteurs de ce livre qui ne s’aperçoivent pas du tout de ces erreurs, et les prennent sincèrement pour des vérités historiques et scientifiques, sans le moindre recul critique. L’écrivain réalise quelque chose d’intéressant : il fait révéler un symptôme, l’inaptitude d’une proportion non négligeable de lecteurs qui n’utilisent pas de discernement critique.

Je vois toute lecture comme une occasion de remise en question et comme un passe-temps pour se divertir, et non comme un moyen de croire n’importe quoi. Je n’ai pas toujours eu ce recul critique, mais j’ai su m’apercevoir que celui-ci est une nécessité.

À propos de l’encyclopédie, on croit dès la couverture que c’est un recueil scientifique, un recueil de faits, de théorèmes, de pensées. Mais on se sent finalement mystifié tout le long du recueil. Cela casse le plaisir si l’on s’attendait au préalable à lire des connaissances éprouvées. Vous savez maintenant que cette encyclopédie est à lire en connaissance de cause : c’est une oeuvre littéraire de fiction, un roman ordinaire, n’ayant que peu en commun avec la richesse objective de l’Encyclopédie Larousse. Le mérite du bouquin est de stimuler l’imaginaire et de distraire. Mais si ce bouquin s’érigeait en vulgarisation scientifique (ou défini comme tel par des lecteurs maladroits), il est ce que j’ai de vu de pire dans ce domaine, suggérant un niveau proche de l’amateurisme, à travers des exemples simplistes et évasifs. Mais dans son contexte littéraire de fiction, ce qu’est le bouquin en réalité, ce bouquin peut être distrayant à lire.

Je ne nie pas la qualité littéraire de l’ouvrage, son auteur est un bon romancier, mais la façon biaisée dont le livre est perçu contextuellement par ses nombreux lecteurs c’est ça le fond de la critique.

Prendre ce livre comme une encyclopédie de connaissances véridiques, exactes et exemptes d’erreurs, c’est comme si je vous racontais que la Terre du Milieu existe vraiment, que l’Oeil de Sauron est une menace réelle, et que nos amis les Hobbits et les Elfes vont réellement nous donner un coup de main pour vaincre les forces du mal. Gandalf veille sur nous. Aragorn m’a même prêté son énorme épée. Si, si, j’vous l’jure.  ^^

Le second article de la nouvelle encyclopédie concerne la réalité parallèle. Cela concerne plutôt les concepts métaphysiques que les connaissances scientifiques.
La science est définie comme ayant la possibilité de réfuter une hypothèse si celle-ci est fausse. Ainsi, par exemple, tous les cygnes sont blancs, mais si je veux réfuter cette hypothèse généraliste, il suffit que j’ai la possibilité d’observer au moins un cygne noir (ou d’une autre couleur) pour invalider l’hypothèse selon laquelle tous les cygnes sont blancs. Il peut paraître très difficile de recenser tous les cygnes, mais on a cependant la possibilité de faire des observations. Dans le cas de la métaphysique, on ne peut ni démontrer la véracité d’une idée, ni même en établir la fausseté : les idées métaphysiques ne sont donc pas des hypothèses scientifiques. Exemple de question non scientifique : Dieu a t-il une barbe ? On ne peut absolument rien vérifier, c’est inobsersable et inquantifiable. On ne peut pas concevoir une observation ou une expérience permettant de prouver factuellement que Dieu a une barbe, on ne peut pas le réfuter non plus. L’hypothèse «Dieu a une barbe» n’est pas scientifique. Même remarque pour les réalités parallèles : on ne peut en tirer aucune connaissance à ce jour, on ne saura peut-être jamais si les réalités parallèles existent, ni même si elles n’existent pas. Tandis que la science peut permettre les observations et les quantifications de phénomènes. Il n’y a pas de scientificité quand la potentialité de réfutabilité est et reste inapplicable.

Le cinquième article de la nouvelle encyclopédie est intitulée «Question sur l’espace-temps». Werber évoque la structure sphérique des atomes. Il raconte que certains électrons sont proches du noyau atomique et que d’autres électrons en sont plus éloignés. Il affirme aussi que les électrons émettent de l’énergie quand ils s’éloignent du noyau atomique et qu’ils absorbent de l’énergie quand ils se rapprochent du noyau. Ce qui est faux ! En fait, quand un électron s’éloigne du noyau, il absorbe de l’énergie, et il en émet quand il s’en éloigne. En inversant, l’auteur s’est trompé. Il semble avoir oublié ses cours sur l’électromagnétisme et sur la physique quantique, cela peut arriver. Mais la moindre des choses c’est de se renseigner sur le sujet avant d’écrire un bouquin. Étant moi-même beaucoup lecteur, je sais que les écrivains, que ce soit des auteurs de romans ou des essayistes, font un important travail documentaire pour écrire des fictions crédibles ou des essais sérieux. Par exemple, j’ai pu m’apercevoir que le livre de Pascal Bruckner, «Les fanatiques de l’apocalypse» (dont j’avais consacré un article dans mon blog) est le fruit d’une recherche documentaire soigneuse.

Le treizième article de la nouvelle encyclopédie est intitulé «L’usure du cerveau». L’auteur parle d’un neuropsychologue américain, le professeur Rosenzweig, de l’université de Berkeley, qui a voulu connaître le rôle du milieu sur nos facultés cérébrales. Werber parle d’une expérience sur des hamsters. Ces animaux furent occupés par diverses activités et Rosenzweig aurait remarqué des différences corticales par rapport aux autres hamsters qui étaient restés oisifs. Werber affirme que les hamsters actifs ont une élévation de masse cortical de 6% par rapport au groupe témoin, et que les neurones sont 13% plus gros que ceux du groupe témoin. Sur la base de ces affirmations, j’en ai déduit que la densité des neurones aura diminué concernant les hamsters actifs par rapport aux hamsters oisifs. Pourquoi la densité a t-elle varié significativement ? Bizarre…

Rosenzweig est le nom de plusieurs homonymes. Une recherche sur Google permet d’en apprendre plus. Mark R. Rosenzweig (1922-2009) était un chercheur authentique, il a travaillé sur la neuroplasticité des animaux. Rosenzweig a montré que le cerveau animal ne devient pas mature après l’enfance mais qu’il continue de se développer, de se modeler, et de s’adapter. C’est tout.

L’expérience de Rosenzweig, narrée par Werber, a été réalisée en 1947, mais avec des rats, pas avec des hamsters. Oui, encore une erreur…

En réalité, Rosenzweig a montré qu’un milieu enrichi (des jeux pour les rats) augmente l’activité d’une enzyme : la cholinestérase. Werber n’explique rien à ce sujet. Une enzyme est une protéine. C’est seulement en 1962 que Rosenzweig découvrit que les rats joueurs ont un volume cortical augmenté. Mais concernant la masse corticale, je n’en sais pas plus. Il n’y eut donc pas une mais plusieurs expériences, avec des rats, et étalées sur plusieurs années (sur 15 ans au moins).

Une lacune flagrante dans l’encyclopédie de Werber : aucune source n’est citée quelque soit le sujet abordé.

L’auteur commet à plusieurs reprises des inexactitudes. Inexactitudes volontaires, peut-être. Il a peut-être voulu délibérément et implicitement tester l’esprit critique des lecteurs, et si c’est cela, il a bien fait, il aura montré une réalité : la cécité scientifique du public, l’absence d’esprit critique des lecteurs. En tout cas, si c’était une expérience sociologique ou de psychologie sociale, elle est concluante… Si tous ses lecteurs avaient un niveau de formation scientifique (filière bac S ou filières du bac technologique), il n’aurait peut-être pas autant de succès en littérature… Mais cependant, des lecteurs issus de filières scientifiques et qui sont dépourvus d’esprit critique, ça existe, j’en ai déjà vus…

Le trente-huitième article de la nouvelle encyclopédie concerne les sphères. L’auteur affirme que pleins de choses sont sphériques : des atomes aux planètes. En fait, à propos des planètes, ce sont des sphères imparfaites (on parle plutôt même de boules quand elles sont pleines de matière, la sphère désigne la délimitation formée par sa surface). En ce qui concerne les atomes, ce ne sont pas non plus exactement des sphères. Une incertitude existe sur la position des électrons en mouvement autour du noyau atomique. La forme des atomes est un "nuage" électronique, c’est flou et imprécis. À notre échelle, on considère les particules comme ponctuelles plutôt que sphériques ou ellipsoïdales. À l’échelle subatomique, tout est flou (d’après les bases de la physique quantique). Les lycéens en Terminale (filières scientifiques) savent cela. Les atomes sont improprement des sphères, ils ont même des orbitales étirées (selon les différentes couches électroniques). Les orbitales relèvent plus de la probabilité sur la position des électrons que sur des formes précises comme celles que l’on voit à notre échelle (voir l’équation de fonction d’onde de Schrödinger, celle-ci correspond à une amplitude de probabilité). Ainsi, évoquer une forme sphérique idéale pour des atomes, par rapport aux paramètres probabilistes en physique quantique, ça n’a guère de sens…

Werber parle aussi des quatre interactions fondamentales de l’univers : la gravitation, l’interaction électromagnétique, l’interaction faible et l’interaction forte. Werber prétend alors que l’interaction forte confine les particules dans le noyau atomique et que l’interaction faible confine les quarks ensemble. Encore une erreur, l’auteur a inversé les faits : l’interaction faible assure la cohésion des nucléons entre eux (protons et neutrons), et les quarks sont confinés par l’interaction forte.

Dans le livre «L’ultime secret», à la première page, Werber nous livre une citation d’Einstein : «Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales». Après vérification sur Google, avec la citation mot pour mot en critère de recherche, je tombe sur un site web suisse, unique résultat, et qui suggère ce texte : ««Nous n’utilisons que 10% de nos capacités cérébrales», clamaient les scientologues il y a 30 ans.». Quelle surprise… La citation est attribuée à tort à Einstein, elle est apocryphe. Comme Einstein avait été naturalisé américain, il aurait certainement écrit sa citation en anglais s’il en avait été l’auteur. J’ai relancé la recherche sur Google mais en anglais. Je tombe sur cette page du Wikipedia anglophone : http://en.wikipedia.org/wiki/Ten_percent_of_brain_myth
L’utilisation du cerveau à 10% est un mythe, une légende urbaine, une rumeur infondée. Voici la page francophone : fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_l%27utilisation_incompl%C3%A8te_du_cerveau
Ce mythe est habituellement entretenu de nos jours par la mouvance New Age… Par ailleurs, les oeuvres de fiction véhiculent beaucoup d’idées reçues dont celle-ci.
Les technologies d’imagerie cérébrale telles que la tomographie par émission de positons (TEP) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) permettent de suivre l’activité cérébrale d’un humain vivant. Elles démontrent que chaque partie du cerveau est en activité, au moins partiellement, même pendant le sommeil. Les seules zones qui sont inactives sont des zones lésées gravement.
Quand même, faire croire qu’Einstein ait dit une citation sur un sujet farfelu, alors qu’il ne la jamais dite ni écrite, c’est comme renier ses compétences alors qu’il a beaucoup contribué à la physique, et cela n’est pas honorer sa mémoire…

Enfin, je termine par un article de Werber, intitulé «142857», dans le roman «Nous les dieux», et présent, semble t-il, dans la «Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu». Werber semble s’intéresser aux jeux mathématiques, connus aussi sous le nom de mathématiques récréatives. Malgré leur caractère ludique, le jeu mathématique que l’on va aborder fait partie de la théorie des nombres. C’est même l’une de mes spécialités préférées en maths. C’est amusant et cela vaut de s’intéresser sur ce que Werber dit. Je cite l’auteur : «Le carré de 142 857 est 20408122449. Ce nombre est formé de 20 408 et 122 449, dont l’addition donne… 142 857. Edmond Wells, Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, Tome V». J’ai aperçu cette affirmation partiellement via Google, n’ayant malheureusement pas le texte en entier.
En substance, Werber semble attribuer au nombre entier 142857 des propriétés remarquables, dont celle dont je viens de citer.
Mais ce nombre fait-il figure de candidat unique, ou n’est-il qu’un nombre parmi de nombreux autres partageant les mêmes propriétés. Une démonstration complète avec des polynômes est fastidieuse, alors j’ai utilisé un moyen de calcul informatique. J’avais pensé au préalable au langage Perl mais l’écriture du code risquait d’être très compliquée. J’ai rapidement préféré le choix du langage Python dont la subtilité permet d’écrire un code bien plus simplifié que l’on ne le croyait. On va utiliser la base décimale. L’algorithme est le suivant : on prend un entier, on l’élève au carré, on scinde en deux séquences le nombre obtenu à peu près dans sa partie centrale, on aura donc soit deux entiers à 6 chiffres chacun, soit deux entiers dont l’un a 5 chiffres et l’autre 6 chiffres, soit 6 et 5 chiffres respectivement.

Voici le code source de mon programme en Python :

#!/usr/bin/python
n = 1000
while (n <= 999999):
carre = n * n
sq = str(carre)
seq1 = sq[0:5]
seq2 = sq[5:11]
q1 = long(seq1)
q2 = long(seq2)

somme = q1 + q2
if (somme == n):
print "(",n,")^2 = ", sq, " : ", seq1," + ",seq2," = ",str(somme)

seq3 = sq[0:6]
seq4 = sq[6:14]

q3 = long(seq3)
q4 = long(seq4)

somme = q3 + q4
if (somme == n):
print "(",n,")^2 = ", sq, " : ", seq3," + ",seq4," = ",str(somme)

n=n+1

—————————————

J’ai entre-temps amélioré le code en nuançant les séquences scindées, pour affiner les résultats.
Les résultats sont intéressants : le nombre 142857 n’est pas le seul à avoir la propriété définie par Werber. Il y en a par dizaines.
Preuve ci-dessous :

( 1000 )^2 =  1000000  :  1000  +  000  =  1000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 4950 )^2 =  24502500  :  2450  +  2500  =  4950
( 5050 )^2 =  25502500  :  2550  +  2500  =  5050
( 7272 )^2 =  52881984  :  5288  +  1984  =  7272
( 7777 )^2 =  60481729  :  6048  +  1729  =  7777
( 9999 )^2 =  99980001  :  9998  +  0001  =  9999
( 10000 )^2 =  100000000  :  10000  +  0000  =  10000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 17344 )^2 =  300814336  :  3008  +  14336  =  17344
( 22222 )^2 =  493817284  :  4938  +  17284  =  22222
( 38962 )^2 =  1518037444  :  1518  +  037444  =  38962
( 77778 )^2 =  6049417284  :  60494  +  17284  =  77778
( 82656 )^2 =  6832014336  :  68320  +  14336  =  82656
( 95121 )^2 =  9048004641  :  90480  +  04641  =  95121
( 99999 )^2 =  9999800001  :  99998  +  00001  =  99999
( 100000 )^2 =  10000000000  :  100000  +  00000  =  100000 (invalidé car une des séquences est nulle)
( 142857 )^2 =  20408122449  :  20408  +  122449  =  142857
( 148149 )^2 =  21948126201  :  21948  +  126201  =  148149
( 181819 )^2 =  33058148761  :  33058  +  148761  =  181819
( 187110 )^2 =  35010152100  :  35010  +  152100  =  187110
( 208495 )^2 =  43470165025  :  43470  +  165025  =  208495
( 318682 )^2 =  101558217124  :  101558  +  217124  =  318682
( 329967 )^2 =  108878221089  :  108878  +  221089  =  329967
( 351352 )^2 =  123448227904  :  123448  +  227904  =  351352
( 356643 )^2 =  127194229449  :  127194  +  229449  =  356643
( 389620 )^2 =  151803744400  :  15180  +  374440  =  389620
( 390313 )^2 =  152344237969  :  152344  +  237969  =  390313
( 461539 )^2 =  213018248521  :  213018  +  248521  =  461539
( 466830 )^2 =  217930248900  :  217930  +  248900  =  466830
( 499500 )^2 =  249500250000  :  249500  +  250000  =  499500
( 500500 )^2 =  250500250000  :  250500  +  250000  =  500500
( 533170 )^2 =  284270248900  :  284270  +  248900  =  533170
( 538461 )^2 =  289940248521  :  289940  +  248521  =  538461
( 609687 )^2 =  371718237969  :  371718  +  237969  =  609687
( 627615 )^2 =  393900588225  :  39390  +  0588225  =  627615
( 643357 )^2 =  413908229449  :  413908  +  229449  =  643357
( 648648 )^2 =  420744227904  :  420744  +  227904  =  648648
( 670033 )^2 =  448944221089  :  448944  +  221089  =  670033
( 681318 )^2 =  464194217124  :  464194  +  217124  =  681318
( 791505 )^2 =  626480165025  :  626480  +  165025  =  791505
( 812890 )^2 =  660790152100  :  660790  +  152100  =  812890
( 818181 )^2 =  669420148761  :  669420  +  148761  =  818181
( 851851 )^2 =  725650126201  :  725650  +  126201  =  851851
( 857143 )^2 =  734694122449  :  734694  +  122449  =  857143
( 961038 )^2 =  923594037444  :  923594  +  037444  =  961038
( 994708 )^2 =  989444005264  :  989444  +  005264  =  994708
( 999999 )^2 =  999998000001  :  999998  +  000001  =  999999
( 5479453 )^2 =  30024405179209  :  300244  +  05179209  =  5479453
( 8161912 )^2 =  66616807495744  :  666168  +  07495744  =  8161912

En recherchant sur Google, avec les mots-clés suivants (en provenance de mes résultats) : "142857 148149 181819 187110 208495", j’ai regardé s’il existait une liste répertoriée de ces nombres.
Je constate alors que ces nombres sont connus sous le nom de nombres de Kaprekar, d’après le nom d’un mathématicien indien qui les a étudiés.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Kaprekar

En me renseignant sur le web, j’ai pu apercevoir dans quelques forums des reproductions du texte de Werber sur le nombre 142857, et il apparaît que l’auteur n’a pas daigné mentionner que 142857 (parmi d’autres nombres du même type) est un nombre de Kaprekar. La moindre des choses serait de nommer les choses que l’on raconte, histoire de permettre aux lecteurs intéressés de se renseigner et d’approfondir le sujet s’ils le désiraient.

Une autre remarque à propos du nombre 142857, c’est que Werber a montré que les multiples de ce nombre (du facteur 1 au facteur 9) sont composés des mêmes chiffres dans le désordre (en base 10) du nombre initial. Des anagrammes numériques en quelque sorte. Propriété extraordinaire ou plutôt assez banale ? Particularité de ces nombres : ils ne comportent pas le chiffre zéro.

J’ai conçu un programme en langage Perl. En voici le code source, adapté en particulier pour les nombres à 4 chiffres.

#!/usr/bin/perl

for ($a = 1; $a <= 9; $a++)
{
for ($b = 1; $b <= 9; $b++)
{
for ($c = 1; $c <= 9; $c++)
{
for ($d = 1; $d <= 9; $d++)
{

$nombre = (1000 * $a) + (100 * $b) + (10 * $c) + $d;

for ($factor = 2; $factor <= 9; $factor++)
{
$multiple = $factor * $nombre;

for ($z = 1; $z <= 9; $z++)
{
for ($y = 1; $y <= 9; $y++)
{
for ($x = 1; $x <= 9; $x++)
{
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{

$verif = (1000 * $z) + (100 * $y) + (10 * $x) + $w;

if ($verif == $multiple)
{
$sommenombre = $a + $b + $c + $d;
$sommemultiple = $w + $x + $y + $z;
$produitnombre = $a * $b * $c * $d;
$produitmultiple = $w * $x * $y * $z;

if (($sommenombre == $sommemultiple) and ($produitnombre == $produitmultiple))
{
print "$nombre x $factor = $multiple  \n\a";
} # end if algo

$w = $x = $y = $z = 9;
} # end if verif

}  # end for w
}  # end for x
}  # end for y
}  # end for z

}   # end for factor

}  # end for d
}  # end for c
}  # end for b
}  # end for a

########### END ##################

Voici le résultat pour les nombres à 4 chiffres :

1359 x 7 = 9513
1386 x 6 = 8316
1782 x 4 = 7128
2178 x 4 = 8712
2475 x 3 = 7425

Il existe en effet plusieurs nombres de type anagrammatique parmi les nombres à 4 chiffres, mais ils sont néanmoins relativement peu nombreux : 5 cas pour 9000 entiers à 4 chiffres non nuls (dans l’intervalle 1000 à 9999).

Maintenant, après amélioration du programme Perl, voici une partie (et non la totalité) des nombres anagrammatiques à 5 chiffres ci-dessous, ils sont significativement plus nombreux que ceux à 4 chiffres. La quantité d’anagrammes numériques semble augmenter sensiblement avec le nombre de chiffres par nombre. Ainsi, plus un nombre est grand, plus il sera susceptible d’avoir des anagrammes. Cela voudrait même dire qu’il existerait une infinité d’anagrammes numériques, et le nombre 142857 est très loin d’être le seul…
J’ai constaté que le programme pouvait parfois générer des nombres qui ne sont pas anagrammes, il arrive que cela ne soit pas les mêmes chiffres, j’ai ôté ces erreurs dans le résultat ci-dessous :

11688 x 7 = 81816
11883 x 7 = 83181
12375 x 3 = 37125
13359 x 7 = 93513
13449 x 7 = 94143
13599 x 7 = 95193
13659 x 7 = 95613
13986 x 6 = 83916
14247 x 3 = 42741
14724 x 3 = 44172
14859 x 6 = 89154
15192 x 6 = 91152
16782 x 4 = 67128
17832 x 4 = 71328
17982 x 4 = 71928
19728 x 4 = 78912
19782 x 4 = 79128
21678 x 4 = 86712
21783 x 4 = 87132
21798 x 4 = 87192
21978 x 4 = 87912
23751 x 3 = 71253
23958 x 4 = 95832
24147 x 3 = 72441
24714 x 3 = 74142
24876 x 3 = 74628
24975 x 3 = 74925
27585 x 3 = 82755
28575 x 3 = 85725

Je dénombre 29 nombres à 5 chiffres qui possèdent chacun un anagramme numérique.

En ce qui concerne les anagrammes numériques à 6 chiffres dont 142857 fait partie, je conjecture qu’il en existerait des dizaines ou des centaines (c’est directement vérifiable par calcul informatique, mais c’est très long…). Avec les résultats comme indices ci-dessus, on voit que le nombre 142857 n’est donc pas une exception.

Mais quelle est la probabilité pour qu’un nombre soit à la fois un nombre de Kaprekar et un nombre ayant des anagrammes numériques ? Je suppose que cette probabilité augmente d’autant plus que le nombre est grand. Pour les nombres inférieurs à 142857, la probabilité pourrait être nulle ou presque (je n’ai pas vérifié mais c’est plausible). Mais pour les nombres supérieurs à 142857, jusqu’à l’infini, la probabilité augmente vraisemblablement.

Pour approfondir et terminer ce dernier sujet, je vais parler d’un type particulier d’anagrammes numériques.
Examinons cette forme suivante : 23958 x 4 = 95832. On voit le terme 958 de part et d’autre, puis 23 qui est permuté pour former 32.
J’ai développé un programme simple qui permet de générer tous les nombres anagrammes de cette forme précise pour les entiers à 5 chiffres.

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 9; $w++)
{
for ($x = 0; $x <= 9; $x++)
{
for ($z = 1; $z <= 9999; $z++)
{
$nombre = 1000 * ((10 * $w) + $x) + $z;
$multiple = (100 * $z) + (10 * $x) + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print "$nombre x $div = $multiple \n";
}
}

}
}
}

Pour les nombres à 5 chiffres : 3 cas de ce type de nombres.

10989 x 9 = 98901
12903 x 7 = 90321
23958 x 4 = 95832

Maintenant, je teste la forme particulière [aaabbb] de façon à ce que le multiple (qui est un anagramme) soit de la forme [bbbaaa], pour les nombres à 6 chiffres.

Voici le code Perl :

#!/usr/bin/perl
for ($w = 1; $w <= 999; $w++)
{
for ($x = 1; $x <= 999; $x++)
{
$nombre = 1000 * $w + $x;
$multiple = 1000 * $x + $w;
$modulo = $multiple % $nombre;
if ($modulo == 0)
{
$div = $multiple / $nombre;
if (($div >= 2) and ($div <= 9))
{
print "$nombre x $div = $multiple \n";
}
}

}
}

J’obtiens ceci :
142857 x 6 = 857142

Cela se complique si on cherche pour les nombres de plus de 6 chiffres.
Mais maintenant, j’essaie autre chose : les anagrammes palindromes. L’intérêt ici est qu’on prenne enfin en compte les zéros intercalaires.

1 cas pour les entiers à 4 chiffres : 2178 x 4 = 8712
2 cas pour les entiers à 5 chiffres : 10989 x 9 = 98901 et 21978 x 4 = 87912
2 cas pour les entiers à 6 chiffres : 109989 x 9 = 989901 et 219978 x 4 = 879912
2 cas pour les entiers à 7 chiffres : 1099989 x 9 = 9899901 et 2199978 x 4 = 8799912
4 cas pour les entiers à 8 chiffres : 10891089 x 9 = 98019801 et 10999989 x 9 = 98999901 et 21782178 x 4 = 87128712 et 21999978 x 4 = 87999912
4 cas pour les entiers à 9 chiffres : 108901089 x 9 = 980109801 et 109999989 x 9 = 989999901 et 217802178 x 4 = 871208712 et 219999978 x 4 = 879999912
6 cas pour les entiers à 10 chiffres : 1089001089 x 9 = 9801009801 et 1098910989 x 9 = 9890198901 et 1099999989 x 9 = 9899999901 et 2178002178 x 4 = 8712008712 et 2197821978 x 4 = 8791287912 et 2199999978 x 4 = 8799999912
Après, le temps de calcul est nettement trop long…

Le but de cette présentation ? Montrer une preuve empirique que les anagrammes (les anagrammes palindromes ici en particulier) se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les entiers comportent davantage de chiffres. Par conséquent, à défaut d’une démonstration mathématique complète (hélas !), il existerait une infinité d’anagrammes, afin d’illustrer que le nombre 142857 ne fait pas figure d’exception.

Voila, c’est la fin du dossier. Peut-être que cela vous aura convaincu, mais je ne me fais pas d’illusion.

Pour résumer, nous avons eu affaire à un anachronisme historique évident (la date de la mort de Moctezuma), à une confusion flagrante sur les proportions chimiques de l’hydrogène et de l’hélium concernant la composition chimique de l’univers (confondue avec celle du soleil), puis l’évocation des réalités parallèles dont l’existence ne peut être prouvée, ni réfutée. Ensuite, la bourde concernant le saut d’un électron d’une orbitale à l’autre (l’auteur a inversé le fait, entre l’émission d’un photon et l’absorption). Ensuite, l’auteur a confondu les rats avec des hamsters, puis il y a la bourde à propos des interactions forte et faible (il a inversé l’attribution des nucléons et celle des quarks à leur interaction respective, en confondant l’interaction forte et l’interaction faible). Ensuite, il y a le non-sens de l’attribution d’une forme sphérique parfaitement déterminée pour les atomes lorsqu’on sait que la physique quantique établit qu’à l’échelle atomique les formes sont plutôt floues et probabilistes. Pire, l’auteur fait parler Einstein et lui attribue une citation apocryphe fantaisiste… Pour finir, il y a ce fameux nombre 142857, présenté implicitement comme miraculeux, ou plutôt comme quelque chose d’unique. J’ai montré empiriquement (par des programmes informatiques dont j’ai fourni le code source ici) que le nombre 142857 n’était pas isolé et que d’autres nombres présentaient les mêmes propriétés.

Seule une partie de l’ESRA a été analysée, le dossier n’aura établi qu’une partie des erreurs pouvant y exister. Autant d’erreurs, ce n’est pas seulement du fait que l’erreur est humaine. Cela semble délibéré. Ou alors l’ESRA aura été écrit à la hâte. Toutes ces erreurs pourraient nous inciter à grogner, mais enfin bon… Elles révèlent cependant, et c’est intéressant, que beaucoup de lecteurs peuvent prendre toute anecdote comme une vérité alors que la moindre recherche documentaire (qui n’est pas si compliquée à réaliser, bien que ça prenne du temps) aurait mis en évidence ces erreurs, et inciter au doute.

Pour conclure :
Des erreurs volontaires pour concevoir une oeuvre de fiction, et que d’aucuns considèrent sans ambiguïté l’oeuvre comme une fiction, cela ne nécessite pas de recadrage critique. Cependant, quand des erreurs (délibérées ou non) s’amoncellent dans une oeuvre de fiction qui est considérée à tort par certains lecteurs comme étant un matériel pédagogique authentique, alors un recadrage critique est nécessaire et utile. D’une part, l’on ne confond pas la science-fiction avec la science, l’on ne doit pas confondre non plus la science avec la science fictive. Voila, c’est tout ce que je voulais dire.

Maintenant vous pouvez quitter cette page et reprendre une activité normale.  ;)

© 2014 John Philip C. Manson

Bibliographie

Sur le thème des livres publiés par le physicien Stephen Hawking, j’avais écrit un article qui dressait l’analyse d’un de ses livres les plus récents.

 

Le professeur Wolfgang Smith, physicien américain, a écrit un livre intitulé «Réponse à Stephen Hawking – De la physique à la science-fiction», où il fait une critique des écrits du professeur Hawking.

La page 3 du livre laisse un résumé complet du contexte :

phys-scifi

Je suis d’accord sur le fait que nous devons rester prudent à ne pas mêler la science avec la métaphysique voire avec la religion.

S’il n’y avait pas de garde-fous qui interviennent de temps à autre, nous serions aveuglément abusés par des dérives qui nous glissent peu à peu dans diverses formes d’obscurantisme.

Cela montre néanmoins que les lecteurs eux-mêmes doivent s’autoformer à l’esprit critique, à travers leurs lectures. Ce n’est pas aux sceptiques médiatiques de dire ce qu’il faut faire. Il ne faut jamais lire un livre naïvement en considérant tout pour vrai, un livre doit être lu de manière analytique, à la recherche de contradictions, de non-sens, d’erreurs. Sinon cela n’est pas vraiment savoir lire… Des livres qui disent 100% vrai, exempts d’erreurs, et parfaits, ça n’existe pas. Les livres, comme leurs auteurs, sont faillibles. Même moi je suis faillible, mais je m’efforce malgré tout de faire très attention, je me relis souvent.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

 

Mésusages idéologiques, pseudo-vulgarisation scientifique, mysticisme et métaphysique

  • En lisant le blog de M. Anton Suwalki, je tombe sur quelque chose d’intéressant :  http://www.imposteurs.org/article-quantox-un-livre-de-richard-monvoisin-114728786.html

En bref, cela dénonce l’intrusion du mysticisme dans la science, et la récupération de la physique quantique comme alibi pour servir les charlatans du New Age. C’est un sujet que j’avais déjà abordé en détail dans mon blog.

Ce qui est intéressant en particulier c’est cette page : http://cortecs.org/textes-et-opinions/these-r-monvoisin-pour-une-didactique-de-lesprit-critique/  où il est question d’une thèse nommée «Pour une didactique de l’esprit critique» dont le contenu est intéressant. Vous pourrez la lire ici :  http://cortecs.org/wp-content/uploads/2010/11/CorteX_Monvoisin_these_didactique_esprit_critique.pdf  (document de 444 pages).

À la page 389 de cette thèse, on y lit des observations pertinentes que j’avais moi-même constaté. Une certaine forme de vulgarisation scientifique repose malheureusement moins sur l’objectivité sobre que sur des techniques de communication, de mise en valeur d’images, de stéréotypes, d’usage immodéré de métaphores, d’approximations, et autres a priori.

Un aperçu de la page 389 de la thèse :

hubreev

(Cliquer pour agrandir)

«Dis… Pourquoi ?», voit-on en titre.

Le pourquoi appartient à la métaphysique. La science aborde la question du comment, pas du pourquoi. La chose la plus essentielle qui soit si peu vulgarisée, c’est bien l’épistémologie et les critères de scientificité, ainsi que la méthode scientifique.

Si les pseudo-sciences sont souvent l’objet de critiques pleinement justifiées, je pense qu’il est tout aussi intéressant et important d’analyser et de décortiquer les différentes formes de vulgarisation scientifique, afin de montrer des réalités discordantes, voire des aberrations.

En juin 1997, le magazine S&V se hasardait à utiliser l’effet paillasson. Je me souviens avoir lu moi-même cette page de magazine. La thèse de M. Monvoisin aborde ce sujet à la page 391.

Un aperçu ci-dessous :

paillasson

(Cliquer pour agrandir)

«Fracassante découverte», voila une dénomination tendancieuse et suspecte.

 

  • De la bonne vulgarisation scientifique, ça existe. Je prends l’exemple du magazine «Pour La Science». Mais même si un magazine a une qualité reconnue, cela ne doit pas pour autant nous dispenser de l’esprit critique… Les autres magazines de vulgarisation scientifique : à prendre avec des pincettes, à mon avis.

 

L’important n’est pas ce qu’on lit, mais avec quelle approche intellectuelle on considère ce que l’on lit. Croire tout ce qu’on lit, c’est foncer droit dans le mur… L’exercice de l’esprit critique est une approche analytique qui nous apprend bien plus de choses que la seule crédulité qui nous rendait perméables à toutes les salades et à toutes les sauces…

Certaines publications s’égarent dans des dérives inutiles et stériles, en s’éloignant du cadre de la scientificité, dont acte :

hs-c-e

(Page 394 de la thèse)

Cet exemple concernant ce Hors-Série du magazine C&E montre que ce n’est déjà plus de la vulgarisation scientifique.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

Des ouragans «féminins» plus meurtriers ?

Des ouragans au prénom féminin seraient plus meurtriers ?…

Je suis absolument d’accord avec la critique développée par Anton Suwalki dans son article en lien ci-dessus.

De prétendues «études» qui font le buzz sur internet en racontant des salades tout en faisant des raccourcis sexistes, c’est abusif, c’est à dénoncer. Le pire c’est que certains blogueurs scientifiques se sont faits prendre au piège en relayant ce genre d’ineptie sans le moindre recul critique.

Le sexisme, le racisme ou l’homophobie, ça ne me fait absolument pas rire… Les blagues ou canulars douteux qui s’essayent à l’humour sur les stéréotypes ne font qu’aider à les propager et les entretenir.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

Une découverte majeure sur le Big Bang ?

Je cite : «Une équipe d’astrophysiciens américains affirme avoir détecté les ondes que tous les scientifiques rêvaient de découvrir : celles provoquées par le fameux Big Bang il y a 14 milliards d’années, celles des tout premiers instants de l’Univers… Le phénomène imaginé par Einstein n’avait encore jamais été observé. Le dialogue ci-dessus, seuls quelques physiciens peuvent le comprendre, mais c’est la confirmation de ses théories et l’aboutissement d’une vie.»

En regardant la vidéo on en apprend plus : il s’agit de la découverte d’ondes gravitationnelles vieilles de 13,82 milliards d’années (et non pas 14 milliards) qui confirmeraient la théorie de l’inflation cosmique.

La vidéo date du 18 mars 2014, cela fait déjà 4 mois. C’est inhabituel que je n’ai pas appris la nouvelle plus tôt…

Mais ce n’est pas tout. Voici un coup de théâtre :

 

Une seule expérience scientifique n’est jamais concluante : il faut toujours attendre de voir si d’autres observations corroborent ou contredisent les résultats de celle-ci. L’annonce d’une découverte ne devrait être faite que lorsque l’on aura écarté les autres hypothèses possibles qui étaient susceptibles d’expliquer le phénomène observé.

On constate que, de plus en plus souvent, les scientifiques se mettent en rapport avec la presse pour annoncer leurs résultats, sans attendre la moindre validation de leurs pairs comme c’est normalement et habituellement le cas dans le circuit de la méthode scientifique. C’est le cas notamment de quelques bourdes médiatiques comme les neutrinos (faussement) plus rapides que la lumière, les exoplanètes habitables (mais qui n’existent finalement pas), puis les ondes gravitationnelles de l’inflation cosmique (qui pourraient n’être qu’un artefact causé par des poussières galactiques)…

Dans la presse, publier des controverses scientifiques actuelles est plus intéressant et plus lucide que publier des «découvertes» abusivement enthousiastes qui n’ont pas été évaluées. Se passionner pour une «découverte» avec enthousiasme sans se soucier de sa validation, ce n’est pas de la science mais de la foi. C’est dangereux de confondre «découverte» et coup de pub

 

Comme nous parlons des annonces précipitées de découvertes, de coup de pub, d’enthousiasme et de fanfare, je vais parler aussi d’un truc du même acabit.

Hier, je suis tombé sur des articles bizarres. En voici la liste ci-dessous :

En gros, on nous annonce que la Terre a évité de justesse une éruption solaire qui aurait pu anéantir notre mode de vie basé sur les appareils électriques… Certains médias parlent même d’anéantissement. Une terrible fin du monde «plausible» qui n’a jamais eu lieu… C’était le 23 juillet 2012, et ce jour-là, je n’ai rien vu, rien !

  • Pourquoi nous raconte tout cela seulement deux ans après ?
  • Examinons cette page : http://www.lepoint.fr/astronomie/en-2012-une-tempete-solaire-a-manque-d-aneantir-la-civilisation-contemporaine-25-07-2014-1848986_1925.php    il y est dit que la précédente éruption observée c’était en 1859, mais à l’époque il n’y avait pas de satellite pour surveiller de façon très précise l’activité solaire afin de quantifier l’ampleur du phénomène. À l’époque la technique était la coronographie solaire, euh non, même pas, puisque l’astronome Bernard Lyot inventa le premier coronographe qu’à partir des années 1930 !
  • Puis voici quelque chose d’étrange, une phrase de l’article de Le Point affirme ceci : «il y a 12 % de risques qu’une tempête solaire puissante touche la Terre dans les 10 prochaines années». D’où sort cette estimation ? Comment peut-elle être aussi précise ? Cette affirmation est néanmoins intéressante, elle semble faire référence à la loi de Poisson : elle présume une probabilité de risque dans un intervalle de temps. Alors, en moyenne, une éruption solaire frappe certainement la Terre tous les combien de temps ? Cela est-il déjà arrivé dans un passé proche ? Je vais enquêter sur cette piste. Pour donner une évaluation de la probabilité d’un événement, il faut qu’il existe un échantillon statistique basé sur des éruptions solaires ayant frappé la Terre dans le passé. Cet échantillon statistique existe t-il ? On ne peut pas établir une probabilité sur la base d’un seul ou deux événements connus et validés scientifiquement… Après enquête, j’ai estimé qu’une probabilité de 12% sur une décennie, cela correspond en moyenne à entre 0 et 2 éruptions solaires frappant la Terre par siècle. A t-on des statistiques comparables de ces événements qui ont été a priori observés (et avec quel matériel d’observation selon les époques ?) ?
  • Ce qui est cocasse, c’est qu’ils arrivent à chiffrer les coûts engendrés par les dégâts subis par une éruption solaire que la Terre n’a même pas subi… C’est un peu comme se proclamer témoin d’un crime qui n’a jamais été commis…

Très fort quand même. Certains parviennent à calculer une probabilité malgré l’absence de données empiriques (comme la formule de Drake dont on ne connaît la valeur d’aucun des paramètres)… Et certains réussissent à décrire à quoi ressemble la Terre ravagée, dans ses moindres détails, alors que l’événement tant redouté n’a jamais eu lieu… J’affirme que, dans ce contexte, l’imaginaire et les spéculations ont remplacé abusivement la rigueur rationnelle et surtout l’objectivité empirique.

Avec cette histoire d’éruption solaire aux saveurs apocalyptiques, on nous affole pour pas grand-chose… Pourquoi ?

Science pathologique ?  (http://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/19/la-croissance-inquietante-de-la-science-pathologique/)

 

J’ai l’impression que l’objectivité fout le camp dans le journalisme contemporain qui s’essaie à la vulgarisation scientifique. Tout paraît jouer dans le registre émotionnel : l’enthousiasme provoqué par une «découverte», la peur et l’angoisse face à un avenir incertain et hostile…

Les faits seuls nous intéressent.

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Sur le même sujet, j’avais posté un article sur les protubérances solaires : http://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/19/une-eruption-solaire/  Curieusement, les journalistes avaient publié des choses à propos du soleil, environ 3 mois même avant l’éruption de juillet 2012. Seraient-ils prophètes ? Ou «fabriquent»-il un peu les infos ?

Pour ce qui concerne l’éruption solaire de juillet 2012, j’ai pris position pour le scepticisme. Mais cela ne veut pas dire que je renie quoi que ce soit. L’éruption solaire exceptionnelle est un événement plausible. Néanmoins je fais remarquer la multiplication de bourdes scientifiques ces derniers temps, on n’est jamais assez prudent. Ainsi, le risque d’éruption solaire (le vent solaire exceptionnellement intense de la couronne solaire) en interaction avec le champ magnétique terrestre, c’est quelque chose de possible. Mais quand il ne s’est rien passé, on ne peut pas extrapoler en l’absence de données matérielles. C’est comme pour le climat global : personne n’est capable de prédire avec précision à quoi ressembleront nos campagnes quand il y aura 2°C ou 6°C de plus. On ne peut se fier que sur des observations, pas sur des spéculations, bien que nous soyons conscient des risques. Lorsque nous parlons d’événements futurs (réels ou hypothétiques), nous nous trompons souvent. On a vu ce que les fantasmes du futurisme ont suggéré autrefois pour l’an 2000…

J’ai pu reconstituer ma journée du 23 juillet 2012 : ce jour-là je faisais de la retouche d’images numériques ; je n’ai remarqué absolument rien d’anormal ce jour-là à propos d’hypothétiques problèmes électriques que le soleil aurait pu provoquer.

Il est possible que certains trouvent que j’ai un ton véhément. Je l’assume, mais j’essaie de garder mon sang-froid. Le contexte est compréhensible : la surenchère de l’alarmisme apocalyptique dont le journalisme est si friand commence à devenir agaçante. Et certains scientifiques prennent leurs propres mirages pour des réalités, au mépris de l’évaluation critique qui doit pourtant être appliquée dans toutes les étapes de la démarche scientifique.

 

 

Pour terminer, voici une anecdote de 2008 : http://www.lepostier.fr/le-postier/connaissance/lasteroide-apophis-nico-marquardt-13-ans-et-la-nasa.html

Un ado aurait corrigé une erreur de la NASA à propos de la probabilité de chute de l’astéroïde Apophis sur la Terre. La probabilité estimée par la NASA était de 1 sur 45000, remplacée apparemment par celle du jeune allemand : 1 sur 450. Ce que les journalistes ont omis de dire, c’est qu’en octobre 2009, la NASA a publié un communiqué dans lequel elle affirme qu’après avoir affiné ses calculs, elle n’évalue plus cette probabilité qu’à environ 1 sur 250 000. Ce n’est donc ni 1 sur 45000, ni 1 sur 450… Le 10 janvier 2013, après le passage de Apophis près de la Terre le 9 janvier, les scientifiques de la NASA ont évalué, d’après des observations au radar, que l’astéroïde n’entrera pas en collision avec la Terre en 2036. L’astéroïde n’est plus classé qu’au niveau 0 sur l’échelle de Turin. C’est-à-dire que le risque de collision est nul. Tout le monde s’était trompé auparavant sur l’estimation du risque de collision…

J’ai remarqué que nombre de médias sur internet ne corrigent pas leurs articles après publication, quand des choses ont été entre-temps démenties. Par exemple, on doute maintenant de l’existence des exoplanètes habitables du système Gliese 581, mais hélas il existe des milliers d’articles sur le web qui n’ont pas remis à jour l’information, présentant maintenant à tort une découverte qui n’en est pas une… Je pense qu’un article de plus de 3 mois est périmé, et qu’il vaut mieux rechercher des articles les plus récents.

Exemple de pages non mises à jour : http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581_c#Habitabilit.C3.A9_de_cette_exoplan.C3.A8te et http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581

Or, dans la page Vikidia sur Gliese 581c, je découvre cette affirmation : «À cause que l’exoplanète est proche de son étoile, elle subit une force de marée 400 fois plus importante que la Lune exerce sur la Terre.»
Or le titre "Caractéristiques climatiques" est totalement inapproprié. Il s’agit ici d’astronomie et non de climat… Et si l’affirmation sur la force de marée est vraie, alors la condition est que la masse de la planète Gliese 581c devra être supérieure à 391 masses terrestres sachant que l’étoile Gliese 581 est plus légère que le soleil (0,31 masse solaire). Or d’après la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Gliese_581_c il y est mentionné que Gliese 581c pèse 5,3 masses terrestres. Donc ce qui est affirmé sur la force de marée sur Vikia est manifestement faux, la grandeur étant trop élevée (c’est moins de 400 fois).

 

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  • «Les astrologues parlent bien de l’avenir, Mais ils ne le font pas venir."»  (proverbe français)

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© 2014 John Philip C. Manson

 

 

 

Les multivers et «l’univers mathématique»

En lisant cette prose, j’ai le sentiment de lire de la métaphysique ou de la science-fiction. L’outil mathématique va jusqu’à se confondre avec l’objet qu’il est sensé étudier. Personne ne semble se poser la question du critère de réfutabilité de cette «théorie» si cela en est une. Et la crédibilité de cette théorie repose sur quelles observations ou quelles expériences ? Est-il même possible de la vérifier par des observations afin de pouvoir invalider la théorie si celle-ci est fausse ?

Comme un internaute l’a bien formulé : «la physique ne considère que le mesurable et le démontrable.»  Je suis aussi de cet avis.

Que valent des spéculations indémontrables, irréfutables, inquantifiables ? C’est de la science-fiction, de la métaphysique, de la philosophie platonicienne ou du mysticisme. Que voulez-vous que ce soit d’autre ? Ce n’est donc plus de la science, parce que c’est en-dehors de la méthode scientifique. Nombre d’entre nous le savent avec bon sens. Pour d’autres, ce n’est pas si clair que ça…

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  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. »
  • « Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître. » (Bertrand Russell)
  • « La nausée métaphysique nous fait hoqueter des pourquoi. » (Jean Rostand, biologiste, 1894-1977)

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

La croissance inquiétante de la science pathologique

Au sujet de la science pathologique, je vous recommande de lire ces textes :

 

Pour résumer :

 

Les symptômes de la science pathologique peuvent être résumés de la façon suivante (extrait de Physics Today, octobre 1989) :

 

  1. L’effet maximal observé est produit par un agent causatif d’intensité à peine perceptible, et l’importance de l’effet est substantiellement indépendante de l’intensité de la cause.
  2. L’effet a une importance qui demeure à la limite de la détectabilité, ou bien, plusieurs mesures sont nécessaires en raison de la très faible signification statistique des résultats.
  3. Une très grande exactitude est revendiquée.
  4. Des théories fantastiques contraires à l’expérience sont suggérées.
  5. On répond aux critiques par des excuses improvisées, inventées sous l’impulsion du moment.
  6. Le ratio des supporteurs par rapport aux critiques augmente jusqu’à près de 50 %, puis chute graduellement et tombe dans l’oubli.

 

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