Des ouragans «féminins» plus meurtriers ?

Des ouragans au prénom féminin seraient plus meurtriers ?…

Je suis absolument d’accord avec la critique développée par Anton Suwalki dans son article en lien ci-dessus.

De prétendues «études» qui font le buzz sur internet en racontant des salades tout en faisant des raccourcis sexistes, c’est abusif, c’est à dénoncer. Le pire c’est que certains blogueurs scientifiques se sont faits prendre au piège en relayant ce genre d’ineptie sans le moindre recul critique.

Le sexisme, le racisme ou l’homophobie, ça ne me fait absolument pas rire… Les blagues ou canulars douteux qui s’essayent à l’humour sur les stéréotypes ne font qu’aider à les propager et les entretenir.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

Une découverte majeure sur le Big Bang ?

Je cite : «Une équipe d’astrophysiciens américains affirme avoir détecté les ondes que tous les scientifiques rêvaient de découvrir : celles provoquées par le fameux Big Bang il y a 14 milliards d’années, celles des tout premiers instants de l’Univers… Le phénomène imaginé par Einstein n’avait encore jamais été observé. Le dialogue ci-dessus, seuls quelques physiciens peuvent le comprendre, mais c’est la confirmation de ses théories et l’aboutissement d’une vie.»

En regardant la vidéo on en apprend plus : il s’agit de la découverte d’ondes gravitationnelles vieilles de 13,82 milliards d’années (et non pas 14 milliards) qui confirmeraient la théorie de l’inflation cosmique.

La vidéo date du 18 mars 2014, cela fait déjà 4 mois. C’est inhabituel que je n’ai pas appris la nouvelle plus tôt…

Mais ce n’est pas tout. Voici un coup de théâtre :

 

Une seule expérience scientifique n’est jamais concluante : il faut toujours attendre de voir si d’autres observations corroborent ou contredisent les résultats de celle-ci. L’annonce d’une découverte ne devrait être faite que lorsque l’on aura écarté les autres hypothèses possibles qui étaient susceptibles d’expliquer le phénomène observé.

On constate que, de plus en plus souvent, les scientifiques se mettent en rapport avec la presse pour annoncer leurs résultats, sans attendre la moindre validation de leurs pairs comme c’est normalement et habituellement le cas dans le circuit de la méthode scientifique. C’est le cas notamment de quelques bourdes médiatiques comme les neutrinos (faussement) plus rapides que la lumière, les exoplanètes habitables (mais qui n’existent finalement pas), puis les ondes gravitationnelles de l’inflation cosmique (qui pourraient n’être qu’un artefact causé par des poussières galactiques)…

Dans la presse, publier des controverses scientifiques actuelles est plus intéressant et plus lucide que publier des «découvertes» abusivement enthousiastes qui n’ont pas été évaluées. Se passionner pour une «découverte» avec enthousiasme sans se soucier de sa validation, ce n’est pas de la science mais de la foi. C’est dangereux de confondre «découverte» et coup de pub

 

Comme nous parlons des annonces précipitées de découvertes, de coup de pub, d’enthousiasme et de fanfare, je vais parler aussi d’un truc du même acabit.

Hier, je suis tombé sur des articles bizarres. En voici la liste ci-dessous :

En gros, on nous annonce que la Terre a évité de justesse une éruption solaire qui aurait pu anéantir notre mode de vie basé sur les appareils électriques… Certains médias parlent même d’anéantissement. Une terrible fin du monde «plausible» qui n’a jamais eu lieu… C’était le 23 juillet 2012, et ce jour-là, je n’ai rien vu, rien !

  • Pourquoi nous raconte tout cela seulement deux ans après ?
  • Examinons cette page : http://www.lepoint.fr/astronomie/en-2012-une-tempete-solaire-a-manque-d-aneantir-la-civilisation-contemporaine-25-07-2014-1848986_1925.php    il y est dit que la précédente éruption observée c’était en 1859, mais à l’époque il n’y avait pas de satellite pour surveiller de façon très précise l’activité solaire afin de quantifier l’ampleur du phénomène. À l’époque la technique était la coronographie solaire, euh non, même pas, puisque l’astronome Bernard Lyot inventa le premier coronographe qu’à partir des années 1930 !
  • Puis voici quelque chose d’étrange, une phrase de l’article de Le Point affirme ceci : «il y a 12 % de risques qu’une tempête solaire puissante touche la Terre dans les 10 prochaines années». D’où sort cette estimation ? Comment peut-elle être aussi précise ? Cette affirmation est néanmoins intéressante, elle semble faire référence à la loi de Poisson : elle présume une probabilité de risque dans un intervalle de temps. Alors, en moyenne, une éruption solaire frappe certainement la Terre tous les combien de temps ? Cela est-il déjà arrivé dans un passé proche ? Je vais enquêter sur cette piste. Pour donner une évaluation de la probabilité d’un événement, il faut qu’il existe un échantillon statistique basé sur des éruptions solaires ayant frappé la Terre dans le passé. Cet échantillon statistique existe t-il ? On ne peut pas établir une probabilité sur la base d’un seul ou deux événements connus et validés scientifiquement… Après enquête, j’ai estimé qu’une probabilité de 12% sur une décennie, cela correspond en moyenne à entre 0 et 2 éruptions solaires frappant la Terre par siècle. A t-on des statistiques comparables de ces événements qui ont été a priori observés (et avec quel matériel d’observation selon les époques ?) ?
  • Ce qui est cocasse, c’est qu’ils arrivent à chiffrer les coûts engendrés par les dégâts subis par une éruption solaire que la Terre n’a même pas subi… C’est un peu comme se proclamer témoin d’un crime qui n’a jamais été commis…

Très fort quand même. Certains parviennent à calculer une probabilité malgré l’absence de données empiriques (comme la formule de Drake dont on ne connaît la valeur d’aucun des paramètres)… Et certains réussissent à décrire à quoi ressemble la Terre ravagée, dans ses moindres détails, alors que l’événement tant redouté n’a jamais eu lieu… J’affirme que, dans ce contexte, l’imaginaire et les spéculations ont remplacé abusivement la rigueur rationnelle et surtout l’objectivité empirique.

Avec cette histoire d’éruption solaire aux saveurs apocalyptiques, on nous affole pour pas grand-chose… Pourquoi ?

Science pathologique ?  (http://jpcmanson.wordpress.com/2014/07/19/la-croissance-inquietante-de-la-science-pathologique/)

 

J’ai l’impression que l’objectivité fout le camp dans le journalisme contemporain qui s’essaie à la vulgarisation scientifique. Tout paraît jouer dans le registre émotionnel : l’enthousiasme provoqué par une «découverte», la peur et l’angoisse face à un avenir incertain et hostile…

Les faits seuls nous intéressent.

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Sur le même sujet, j’avais posté un article sur les protubérances solaires : http://jpcmanson.wordpress.com/2012/04/19/une-eruption-solaire/  Curieusement, les journalistes avaient publié des choses à propos du soleil, environ 3 mois même avant l’éruption de juillet 2012. Seraient-ils prophètes ? Ou «fabriquent»-il un peu les infos ?

Pour ce qui concerne l’éruption solaire de juillet 2012, j’ai pris position pour le scepticisme. Mais cela ne veut pas dire que je renie quoi que ce soit. L’éruption solaire exceptionnelle est un événement plausible. Néanmoins je fais remarquer la multiplication de bourdes scientifiques ces derniers temps, on n’est jamais assez prudent. Ainsi, le risque d’éruption solaire (le vent solaire exceptionnellement intense de la couronne solaire) en interaction avec le champ magnétique terrestre, c’est quelque chose de possible. Mais quand il ne s’est rien passé, on ne peut pas extrapoler en l’absence de données matérielles. C’est comme pour le climat global : personne n’est capable de prédire avec précision à quoi ressembleront nos campagnes quand il y aura 2°C ou 6°C de plus. On ne peut se fier que sur des observations, pas sur des spéculations, bien que nous soyons conscient des risques. Lorsque nous parlons d’événements futurs (réels ou hypothétiques), nous nous trompons souvent. On a vu ce que les fantasmes du futurisme ont suggéré autrefois pour l’an 2000…

J’ai pu reconstituer ma journée du 23 juillet 2012 : ce jour-là je faisais de la retouche d’images numériques ; je n’ai remarqué absolument rien d’anormal ce jour-là à propos d’hypothétiques problèmes électriques que le soleil aurait pu provoquer.

Il est possible que certains trouvent que j’ai un ton véhément. Je l’assume, mais j’essaie de garder mon sang-froid. Le contexte est compréhensible : la surenchère de l’alarmisme apocalyptique dont le journalisme est si friand commence à devenir agaçante. Et certains scientifiques prennent leurs propres mirages pour des réalités, au mépris de l’évaluation critique qui doit pourtant être appliquée dans toutes les étapes de la démarche scientifique.

 

 

Pour terminer, voici une anecdote de 2008 : http://www.lepostier.fr/le-postier/connaissance/lasteroide-apophis-nico-marquardt-13-ans-et-la-nasa.html

Un ado aurait corrigé une erreur de la NASA à propos de la probabilité de chute de l’astéroïde Apophis sur la Terre. La probabilité estimée par la NASA était de 1 sur 45000, remplacée apparemment par celle du jeune allemand : 1 sur 450. Ce que les journalistes ont omis de dire, c’est qu’en octobre 2009, la NASA a publié un communiqué dans lequel elle affirme qu’après avoir affiné ses calculs, elle n’évalue plus cette probabilité qu’à environ 1 sur 250 000. Ce n’est donc ni 1 sur 45000, ni 1 sur 450… Le 10 janvier 2013, après le passage de Apophis près de la Terre le 9 janvier, les scientifiques de la NASA ont évalué, d’après des observations au radar, que l’astéroïde n’entrera pas en collision avec la Terre en 2036. L’astéroïde n’est plus classé qu’au niveau 0 sur l’échelle de Turin. C’est-à-dire que le risque de collision est nul. Tout le monde s’était trompé auparavant sur l’estimation du risque de collision…

J’ai remarqué que nombre de médias sur internet ne corrigent pas leurs articles après publication, quand des choses ont été entre-temps démenties. Par exemple, on doute maintenant de l’existence des exoplanètes habitables du système Gliese 581, mais hélas il existe des milliers d’articles sur le web qui n’ont pas remis à jour l’information, présentant maintenant à tort une découverte qui n’en est pas une… Je pense qu’un article de plus de 3 mois est périmé, et qu’il vaut mieux rechercher des articles les plus récents.

Exemple de pages non mises à jour : http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581_c#Habitabilit.C3.A9_de_cette_exoplan.C3.A8te et http://fr.vikidia.org/wiki/Gliese_581

Or, dans la page Vikidia sur Gliese 581c, je découvre cette affirmation : «À cause que l’exoplanète est proche de son étoile, elle subit une force de marée 400 fois plus importante que la Lune exerce sur la Terre.»
Or le titre "Caractéristiques climatiques" est totalement inapproprié. Il s’agit ici d’astronomie et non de climat… Et si l’affirmation sur la force de marée est vraie, alors la condition est que la masse de la planète Gliese 581c devra être supérieure à 391 masses terrestres sachant que l’étoile Gliese 581 est plus légère que le soleil (0,31 masse solaire). Or d’après la page http://fr.wikipedia.org/wiki/Gliese_581_c il y est mentionné que Gliese 581c pèse 5,3 masses terrestres. Donc ce qui est affirmé sur la force de marée sur Vikia est manifestement faux, la grandeur étant trop élevée (c’est moins de 400 fois).

 

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  • «Les astrologues parlent bien de l’avenir, Mais ils ne le font pas venir."»  (proverbe français)

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© 2014 John Philip C. Manson

 

 

 

Les multivers et «l’univers mathématique»

En lisant cette prose, j’ai le sentiment de lire de la métaphysique ou de la science-fiction. L’outil mathématique va jusqu’à se confondre avec l’objet qu’il est sensé étudier. Personne ne semble se poser la question du critère de réfutabilité de cette «théorie» si cela en est une. Et la crédibilité de cette théorie repose sur quelles observations ou quelles expériences ? Est-il même possible de la vérifier par des observations afin de pouvoir invalider la théorie si celle-ci est fausse ?

Comme un internaute l’a bien formulé : «la physique ne considère que le mesurable et le démontrable.»  Je suis aussi de cet avis.

Que valent des spéculations indémontrables, irréfutables, inquantifiables ? C’est de la science-fiction, de la métaphysique, de la philosophie platonicienne ou du mysticisme. Que voulez-vous que ce soit d’autre ? Ce n’est donc plus de la science, parce que c’est en-dehors de la méthode scientifique. Nombre d’entre nous le savent avec bon sens. Pour d’autres, ce n’est pas si clair que ça…

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  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. »
  • « Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître. » (Bertrand Russell)
  • « La nausée métaphysique nous fait hoqueter des pourquoi. » (Jean Rostand, biologiste, 1894-1977)

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

La croissance inquiétante de la science pathologique

Au sujet de la science pathologique, je vous recommande de lire ces textes :

 

Pour résumer :

 

Les symptômes de la science pathologique peuvent être résumés de la façon suivante (extrait de Physics Today, octobre 1989) :

 

  1. L’effet maximal observé est produit par un agent causatif d’intensité à peine perceptible, et l’importance de l’effet est substantiellement indépendante de l’intensité de la cause.
  2. L’effet a une importance qui demeure à la limite de la détectabilité, ou bien, plusieurs mesures sont nécessaires en raison de la très faible signification statistique des résultats.
  3. Une très grande exactitude est revendiquée.
  4. Des théories fantastiques contraires à l’expérience sont suggérées.
  5. On répond aux critiques par des excuses improvisées, inventées sous l’impulsion du moment.
  6. Le ratio des supporteurs par rapport aux critiques augmente jusqu’à près de 50 %, puis chute graduellement et tombe dans l’oubli.

 

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Théories naïves, ingénierie et forums d’internet

  • Peu avant le mois d’août 2014, ce sera une période transitoire pour mon blog. Je serai en déménagement dans le cadre de mon projet professionnel. Le blog sera temporairement inactif. «I’ll be back !» (voix de Terminator).  ;)

 

Le thème d’aujourd’hui c’est un mélange de philosophie, de sciences et de psychologie sociale. Cela concerne certains individus qui distillent leur «théorie» révolutionnaire dans les forums d’internet. Je pense qu’aucun forum de vulgarisation scientifique n’échappe à ce phénomène. Des plaisantins, ou des individus de bonne foi, viennent publier leur théorie fantastique dans la plupart des forums. Les discussions qui résultent de cette intervention sont diverses : certains en rient, d’autres ont des réactions épidermiques de rejet, d’autres pratiquent immédiatement la censure. La pire chose est d’entretenir les trolls quand ce sont des internautes qui viennent envenimer volontairement un forum. J’ai déjà observé de bons forums de vulgarisation scientifique qui ont décidé de fermer à cause de ces trolls, c’est le pire choix à faire, le mauvais choix à ne pas faire. Une des règles à suivre, c’est de ne pas nourrir les trolls, sous peine de verrouiller les topics des forums. Le mieux est d’instaurer un règlement intérieur dans les forums, on fixe des conditions tout en préservant la liberté d’expression. La seule limite ce sont les abus manifestes.

C’est humain, n’importe quel administrateur d’un forum d’internet peut perdre patience, parce qu’il aura été déstabilisé. Péter les plombs c’est humain, ça peut arriver à tout le monde, à divers degrés. Je ne crois pas que les trolls agissent de bonne foi. Ils se servent d’internet pour pourrir l’ambiance, pour rompre l’équilibre social. Par sadisme ? Par jeu ? Je ne le sais pas.

Je pense que la plupart de mes contacts Facebook et Google+ ont été confrontés à ce genre d’incidents. Le domaine des sciences est un thème particulièrement sensible… Je peux affirmer et garantir que le type de thème qui ne suscite pas de polémiques, c’est dans les milieux artistiques sur internet : sur une période de deux ans, je n’ai observé aucun incident. Parallèlement à mes activités scientifiques, je pratique l’art aussi : on me respecte, et je respecte les artistes, je leur témoigne mon admiration et mon estime. L’esprit critique ne vaut que pour les domaines relatifs à l’objectivisme scientifique. L’art est pleinement subjectif, il est la signature des créateurs, les œuvres d’art sont une manifestation de l’identité des artistes, elles sont la manifestation de leur être. Jamais je ne donne de critique négative envers des artistes.

Dans les sciences, c’est très différent : la réalité objective, observable et intelligible est indépendante de la personnalité des êtres humains, et en ce sens les personnes doivent respecter la réalité naturelle comme elle est. Les pseudo-sciences et les croyances font offense à la réalité de ce qu’est la Nature. Évidemment, personne ne connaîtra ce qu’est la Nature au sens ultime, on ne peut que s’en approcher sans jamais l’atteindre dans l’absolu. Mais l’on ne doit pas faire passer pour absolument et définitivement vraies des hypothèses qui pourraient se révéler fausses en fonction des faits.

On peut penser de moi que je suis maniaque, psychorigide, paranoïaque, phobique social, méfiant, emmerdant avec mon apparente obsession de la méthode scientifique. C’est peut-être vrai. C’est l’enfer de se sentir persécuté, menacé, en danger, oui. Mais douter plutôt que croire n’importe quoi m’a apporté plus de richesse intérieure que de sottise. On apprend plus à douter qu’à croire.

Je vais présenter un exemple. Voici des points vérifiables parmi le baratin d’un internaute qui voulait présenter sa «théorie» dans un forum scientifique comme une sorte d’Évangile.

 

  • La prétention à la création d’une nouvelle physique que même Einstein n’avait pas prévue.
  • La prétention à avoir créé un réacteur capable d’annuler la gravitation universelle.
  • La prétention a avoir créé une voiture sans roue qui se déplacerait en état de lévitation.
  • La prétention à avoir développé un système de navigation qui placerait New York à 10 minutes de Téhéran. 

Réfléchir pendant 15 minutes peut sauver votre honneur. Le déshonneur est de perdre la face en étant ridiculisé pour avoir préféré la facilité de croire. Si vous avez réussi un Bac S, F5 ou F6 ou ES sans pouvoir contrer les pseudo-sciences, alors vous êtes inexcusables et ne méritez pas votre diplôme… Je peux déclarer que je suis dur surtout avec moi-même, je me montre de plus en plus exigeant envers moi-même. Changer est une qualité sociale. Mais changer positivement pour des choses objectives demande un effort important. Combien de crédules plus ou moins impliqués dans leur système de pensée peuvent changer pour devenir des personnes sceptiques pour avoir une vision critique sur tout , dans un souci mélioratif d’objectivité ? Il faut se demander quels éléments déclencheurs ont conduit à une pareille décision. Seuls les poissons morts se déplacent dans le sens du courant… Être dans le vent, c’est avoir le destin d’une feuille morte…

Mais venons-en au sujet ici.

Pourquoi les 4 lignes ci-dessus conduisent à l’invalidation de la «théorie» de l’internaute ? Un élève de Seconde au lycée (âge de 15 ou 16 ans environ, en France, je précise car mes lecteurs proviennent de différents pays) est capable de débusquer l’imposture s’il est capable d’esprit critique. L’esprit critique c’est dur, c’est vrai, ça se développe avec le temps et la patience, ce n’est pas automatiquement inné. Le doute, c’est directement lié à la liberté individuelle. Être libre en fonction de notre évaluation rigoureuse des faits est préférable à la soumission ignorante et aveugle à des dogmes qui emprisonnent mentalement un peuple. Il faut briser l’étau arbitraire qui empêche les hommes et les femmes de penser par eux-mêmes, et de découvrir objectivement les faits par eux-mêmes. Les êtres humains sont faits pour être libres. La liberté consiste aussi à voir les choses comme elles sont, et non pas à croire comment les choses seraient comme on le voudrait (ou surtout comme certains le décident à votre place !). Tout ce qu’on y ajoute entre les deux c’est de la manipulation mentale.

Retour au sujet du présent article.

Voici un argumentaire à partir des 4 lignes exprimées par un internaute dans un forum.

Je réitère ces 4 lignes :

  • La prétention à la création d’une nouvelle physique que même Einstein n’avait pas prévue.
  • La prétention à avoir créé un réacteur capable d’annuler la gravitation universelle.
  • La prétention a avoir créé une voiture sans roue qui se déplacerait en état de lévitation.
  • La prétention à avoir développé un système de navigation qui placerait New York à 10 minutes de Téhéran. 

La gravitation implique une masse. Pour supprimer ou annuler la pesanteur, on supprime la masse terrestre, ce qui fait quand même 6 mille milliards de milliards de tonnes. Donc c’est impossible.

Générer une accélération consiste à recréer les conditions d’une pesanteur : ainsi, si je veux réaliser une force de 1 N, il faudrait par exemple que j’utilise une fusée (selon le principe d’action/réaction : un moteur à combustion éjecte un gaz à 1 kg par seconde et à une vitesse de 1 m/s. Ainsi, pour un ingénieur, générer une accélération implique toujours de l’énergie cinétique.

Une voiture sans roues qui lévite ? Rien que pour soulever une voiture d’une tonne à un mètre du sol terrestre, il faut une force d’au moins 9810 N. Cela équivaut à 9,81 kJ, soit près de 10 kJ. S’opposer à un poids de 9810 N, ça équivaut à 4,3% de la force de propulsion d’un moteur à réaction d’un Boeing 747, c’est déjà pas mal…

Générer une accélération nécessite de l’énergie. Annuler une pesanteur implique la disparition d’une énorme quantité de masse. La voiture sans roue et qui lévite, elle n’a plus de masse ? Si c’est ça, la disparition d’une tonne équivaut à libérer une énergie d’environ 45 milliards de milliards de joules, soit environ 12500 TWh, ce qui équivaut à environ 25 années de production électrique française. D’après la physique, l’anti-gravitation c’est peu crédible, surtout sans preuves. Même si ça existait, cela serait beaucoup trop coûteux, économiquement et énergétiquement… Si l’anti-gravitation existait, je pense qu’elle ferait exploser les objets, explosions dont la violence croît avec la masse des corps, comme la désintégration entre matière/antimatière… C’est irréaliste.

La science n’a qu’elle-même pour ce qu’elle doit rester être. Elle doit rester indépendante des influences financières (les risques de fraudes scientifiques augmentent quand les chercheurs désirent obtenir des crédits publics ou privés) et politiques (on a vu ce qu’a donné le Lyssenkisme, voire une exagération journalistique du réchauffement climatique dans certains médias adeptes de l’Apocalypse, en dissonance par rapport à ce que le GIEC publie). L’appât du gain et les idéologies politiques ont toujours desservi la science. La science ça devrait garder les mains propres…

Puis en parlant de la navigation entre New York et Téhéran, il est possible de calculer la vitesse moyenne du voyage. On parcoure 9882 km de NY à Téhéran, en seulement 10 minutes. Bizarre… La durée du voyage paraît bien courte. En effet, cela fait une vitesse de 59292 km/h, soit plus de 16 km par seconde ! On sait par comparaison que les sondes spatiales, comme Pioneer 10 et 11 (qui ont quitté le système solaire) ont une vitesse d’environ 12 km/s. C’est à peu près la vitesse d’un astéroïde ou d’une météorite qui entre dans l’atmosphère terrestre. Concrètement, aller de NY jusqu’à Téhéran en 10 minutes, ça transforme tout véhicule en boule de feu, le frottement de l’air provoque la combustion instantanée de l’engin… Là aussi, le voyage trop rapide entre New York et Téhéran, ce n’est pas du tout crédible… Mais même si on concevait un bouclier invulnérable (mais c’est irréaliste), le problème est l’énorme consommation énergétique. Les réservoirs des avions de ligne ce n’est rien en comparaison… Supposons qu’un Boeing 747 de 333,4 tonnes se déplace à une vitesse de 16 km/s : cela équivaut à une énergie cinétique d’environ 12 millions de kWh… C’est énorme. Et cette énergie mobilisée en 10 minutes, ça équivaut à une puissance motrice de 72 GW environ (72 milliards de watts !!!). Ce Boeing ultrarapide (et malheureusement vraisemblablement détruit dans l’atmosphère à cause du choc thermique) aurait, s’il existait, un moteur dont la puissance vaut celle de 19 à 26 réacteurs nucléaires français… C’est énorme ! Et impossible. Sachant qu’en France il y a 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales nucléaires.

Dans toute «théorie» (scientifique, spéculative, ou d’ingénierie naïve…), l’absence de données quantitatives et surtout l’absence de calculs est la preuve que le fond est vide derrière la forme.

Des brevets d’invention n’équivalent pas à une validation scientifique d’une théorie. Les charlatans utilisent cette faille pour faire croire que leur théorie est crédible. Mais des mécènes riches et néanmoins crédules ça existe… On peut breveter presque tout, même des concepts, comme des machines de mouvement perpétuel, sachant que la thermodynamique montre pourtant que le mouvement perpétuel n’existe certainement pas et est une impossibilité physique. Une théorie scientifique repose sur des preuves empiriques, et sur des hypothèses vérifiables. Des affirmations qui sont infirmées par le calcul montre que ce n’était qu’une idée, et qu’il n’y avait rien de concret ni rien de matériel pour étayer tout ça. Des idées extraordinaires impliquent des preuves extraordinaires. Sinon ça ne reste qu’un écran de fumée (comme l’arnaque des avions renifleurs en 1977 en France, et l’escroquerie du mercure rouge en Irak)…

 

Remarque générale pour l’ensemble de mon blog :  depuis 2007, toutes les sottises que je dénonce, ce sont des éléments qui prouvent que notre monde moderne (pas seulement mais aussi l’inquisition médiévale et diverses mouvances politico-religieuses autoritaires liberticides en tout temps) profite de la crédulité humaine le plus souvent dans une totale impunité. Un confrère m’assurait que la société n’était pas construite sur le modèle de la secte. Quand on analyse le web, les magazines de la presse, dans un souci de transparence et de recherche de choses factuelles, on a sérieusement de quoi se poser des questions… L’être humain est faillible. Difficile de trouver l’équilibre entre l’insouciance et l’implication pour un monde plus rationnel. Ce que je pense, c’est qu’en essayant d’amener les gens à la raison (sans les forcer non plus), c’est leur souhaiter d’être libres. Par expérience, je confesse que le doute, dans ses critères de scepticisme scientifique, est plus fécond et plus utile que la crédulité à n’importe quoi.

Un tout petit exemple : je préférerais aider une association comme «Les restos du cœur» ou «Emmaüs» (www.emmaus-france.org «Ne pas subir, toujours agir») ou «Le Refuge» (www.lerefuge.org) plutôt que de payer les services farfelus d’un charlatan du paranormal comme les voyants, les médiums, les télépathes ou les astrologues… En France le business du paranormal dépasse de loin le budget national français de la recherche scientifique… Vous trouvez ça cohérent et normal, vous ? Moi je trouve ça révoltant. Ouvrez les yeux !!!

Pour agir efficacement, il faut agir pour des œuvres vraiment utiles. Agir utilement pour les gens qui en ont besoin, c’est plus important que d’être lâche de croire des conneries qui vous coûtent inutilement alors que ces coûts seraient réellement plus utiles ailleurs.

Dans la crédulité à travers les pseudo-sciences, je me suis aperçu que les gens croient des sottises surtout à cause des espoirs qu’ils investissent pour eux-mêmes et non pas par altruisme. La crédulité est-elle un trait d’égoïsme ? À travers les martingales sur les jeux d’argent, les gens espèrent gagner de l’argent et croient certaines «théories» qui leur permettrait de gagner le gros lot… À travers les impostures pseudo-scientifiques liées à la santé ou la psychologie, les crédules recherchent un réconfort apparent en croyant les gourous qui se font de plus en plus nombreux. Les crédules sont des anxieux qui ne pensent qu’à leur gueule, si on regarde bien. Il y a plus malheureux qu’eux. Notre monde manque de lucidité. Pour devenir rationnel, certes, mais aussi pour apprendre à devenir plus humain. Le courage c’est dépasser ses peurs, et la crédulité est un symptôme de la peur. La peur engendre les fanatismes et la haine. Réfléchir conduit à l’humanisme.

Voila, c’est tout dit pour aujourd’hui.

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

 

Recherche scientifique sans connaissance de soi n’est que ruine de la science

 

La fiabilité des travaux de recherche scientifique est étroitement liée à notre conscience honnête des risques d’erreurs causés par les biais cognitifs et psychologiques. Les êtres humains sont faillibles, épistémologiquement c’est un critère aussi important que celui de la réfutabilité potentielle des hypothèses scientifiques.

Selon ma propre expérience : lire des livres, beaucoup de livres de tout genre, c’est bien ; mais croire ce qui est écrit dans les livres est la pire chose qui puisse arriver pour les lecteurs. Toute analyse critique minutieuse des livres révèle l’existence d’erreurs. Des livres exempts d’erreurs, c’est un mythe. Arguments ci-dessous :

 

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© 2014 John Philip C. Manson

SVJ

La vulgarisation scientifique, selon moi, est un domaine de première importance dans l’éducation, juste après les fondamentaux que sont l’écriture, la lecture, la culture générale et le calcul. Je suis cependant inquiet de l’évolution des moyens ouvrés pour faire de la vulgarisation scientifique. J’avais déjà expliqué pourquoi, dans ce blog, à travers plusieurs articles.

L’autre jour, j’ai procédé à un examen des titres des couvertures mensuelles du magazine S&V. Mais la vulgarisation de la science pour un public plus jeune ce n’est guère plus rassurant avec SVJ, l’équivalent de S&V, pour les juniors. Je vais expliquer pourquoi.

En examinant l’index du site de SVJ, on découvre quelques pages de couvertures du magazine de vulgarisation scientifique pour la jeunesse.

  • SVJ 292 :  «Huit inventions folles de la science-fiction»: pourquoi ne pas évoquer les inventions scientifiques qui sont des réalités, elles ?
  • SVJ 293«Où se cache la matière noire ? La plus grande énigme de l’univers.» Bien, c’est de la cosmologie et de l’astrophysique. Mais pour que la matière noire se cache quelque part, il faut que celle-ci existe. À ce jour, la matière noire est une hypothèse scientifique. On n’en a pas de preuves convaincantes pour le moment. Et si l’hypothèse de la matière noire (présentée à tort par certains comme une certitude et une découverte) était une sorte de rustine pour sauver une théorie de la crevaison ?…
  • SVJ 294 :  «À quoi pensent les animaux ?». Peut-on réellement se mettre à la place des animaux ? Notre anthropocentrisme limite beaucoup notre compréhension de la conscience des animaux d’une espèce à l’autre.
  • SVJ 295 :  «Les superpouvoirs de l’ADN». Nous sommes des humains ordinaires, avec un ADN normal. Nous ne sommes pas des superhéros. Cela ne sert à rien de théâtraliser la science en essayant d’en faire plus que ce qu’il n’en faut. Les superpouvoirs, c’est une expression pompeuse, ça fait référence aux mythes et à l’imaginaire. Les mécanismes de l’ADN sont naturels, nul besoin d’y ajouter une subjectivité que l’on pourrait qualifier de mystique.
  • SVJ 297 (juin 2014) :  «Le mensonge, comment le détecter.»  Je ne sais pas si SVJ présente un avis critique sur les détecteurs de mensonge. Depuis son origine, la fiabilité des détecteurs de mensonge a été vivement critiquée. Des individus entraînés peuvent tromper le détecteur en contrôlant leurs émotions, tandis que la fiabilité de détecter les mensonges n’est pas absolue : dans 5% des cas (au minimum, sinon pire) on risque d’accuser à tort des innocents. Cependant, en France et en Belgique, les détecteurs de mensonge n’ont pas valeur de preuve devant les tribunaux, heureusement. «On a vu le Big Bang» : faux, on a vu une image (via la mission WMAP) datée de 380 000 ans environ après le Big Bang, on ne verra jamais le Big Bang car les photons ne se dissocièrent de la matière que 380 000 ans après le Big Bang.
  • Un "hors série" de SVJ est consacré aux loups garous, aux zombies et aux vampires. À ce niveau, c’est de la science-fiction ou de la heroic fantasy, c’est-à-dire des genres littéraires, très populaires au cinéma (il m’arrive de regarder ces genres de films pour me distraire, mais tout cela n’a rien à voir avec de la science ni de la vulgarisation scientifique). Ou au mieux une analyse sociologique des croyances qui hantent les humains.

 

Dans l’index du site de SVJ on y voit même un sondage relatif aux superpouvoirs :

superpowers

Moi, j’aurais personnellement préféré exprimer le choix d’être assez intelligent sans être trop con non plus.

iconlol

Mais voyez ici ce sondage demandant un avis sur les superpouvoirs : ça parle de télékinésie, de télépathie…

De la science ? Euh ?!… Pas étonnant que le public marche à fond dans les parasciences et autres croyances. Le rôle de la vulgarisation scientifique est de susciter des vocations, un intérêt pour les sciences, avec des moyens pertinents, ludiques aussi si on veut, mais dans la rigueur avec laquelle l’on doit dire ce qu’est la science, et dire ce qui ne relève pas de la méthode scientifique. Il faudrait par exemple inciter à réaliser des expériences scientifiques (contrôlées par un adulte si cela est une éducation donnée à des enfants). Depuis les débuts de l’essor moderne des sciences, du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours, je fais remarquer que l’expérimentation est remplacée peu à peu par des "connaissances" livresques. On lit des livres, on n’expérimente pas par soi-même, le plus souvent. C’est préoccupant. Des livres peuvent contenir des erreurs, on peut croire des erreurs par accident, ou par négligence, ou en prenant de mauvaises habitudes. Et de nos jours, la vulgarisation ressemble plus à de l’imaginaire collectif, une scénarisation de la science plutôt qu’à des faits qui sont observés, discutés, expérimentés, avec des hypothèses passées au peigne fin (par l’esprit critique) afin de tenter de les réfuter quand elles sont intrinsèquement fausses. Se remémorer des livres n’est pas savoir. La connaissance scientifique du monde ne vient que de l’expérimentation. Voila ce que j’en pense, quoi…

 

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Sur l’histoire de Vienne (Autriche)

Aujourd’hui, je vais parler d’un documentaire TV que j’ai regardé hier soir le 30 avril 2014.

Voici le synopsis :

Vienne

Ce documentaire sur l’histoire de Vienne, en Autriche, fut intéressant.

Il évoqua la dynastie des Habsbourg qui régna longtemps sur l’Europe. Mozart, Beethoven et Klimt furent des artistes marquants. Bien sûr, des personnages politiques fameux comme la reine Marie-Antoinette, et l’Aiglon (le fils de Napoléon), et l’impératrice Sissi, sont incontournables.

Le documentaire parla de la chute des Habsbourg et la montée du nazisme, et l’Anschluss, avec l’avènement de l’abominable Hitler, lequel peignit des aquarelles à Vienne mais qui eut échoué pour entrer aux Beaux-Arts.

Ce documentaire intéressant comporte cependant une lacune importante, et c’est un devoir d’en parler, parce qu’il manque des faits qui font pourtant partie de l’histoire de Vienne. Ainsi, le documentaire n’a pas abordé le Cercle de Vienne, qui était un club important réunissant des savants et des philosophes. Le programme du Cercle de Vienne était l’empirisme logique.

La tendance y était à l’empirisme logique (ou « positivisme logique »), et était influencée par Ernst Mach (dont, après Ludwig Boltzmann, Schlick était le successeur à la chaire de philosophie des sciences), Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russell, George Edward Moore, David Hilbert, Henri Poincaré, Albert Einstein, Karl Popper (qui fut admis comme "l’opposition officielle" à la Théorie de la connaissance défendue par le Cercle, mais qui n’en fut jamais membre. Dans "La quête inachevée", Popper s’attribue même le meurtre du positivisme logique défendu par le Cercle de Vienne), Gottlob Frege. Il n’y a pas d’unité de pensée dans le Cercle, et celui-ci se caractérise moins par des dogmes que par un programme commun.

Le Cercle développe en effet ce qu’il appelle une « conception scientifique du monde », dont trois éléments majeurs sont à peu près partagés par tous les membres.

  1. Les sciences doivent être unifiées dans le langage de la physique (réductionnisme des sciences empiriques) ou de la logique (logicisme), car toute connaissance est soit empirique soit formelle.
  2. La philosophie est une élucidation des propositions scientifiques par l’analyse logique ; elle se réduit à une théorie de la connaissance.
  3. Cette conception affirme que beaucoup d’énoncés métaphysiques sont dépourvus de sens (Unsinnig): les problèmes philosophiques traditionnels auraient été mal posés, et leurs solutions auraient été exprimées inadéquatement. C’est par exemple la thèse principale de Ludwig Wittgenstein, formulée dans le Tractatus logico-philosophicus: la plupart des énoncés métaphysiques seraient dépourvus de sens ; lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne portent pas sur le monde, mais sur le langage (conception partagée par Rudolf Carnap en 1934).

 

Le Cercle de Vienne est marqué par une tragédie qui entraîna la dispersion du club. Moritz Schlick était un philosophe allemand berlinois, physicien de formation (il étudia la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de « maître à penser du Cercle de Vienne», il est l’un des premiers philosophes « analytiques ». Il mourut à Vienne le 22 juin 1936, assassiné par un de ses anciens étudiants, de plusieurs coups de pistolet en pleine poitrine sur les marches de l’Université de Vienne. L’ignoble assassin, Johan Nelböck, fut très vite libéré et devint un membre du parti nazi autrichien après l’Anschluss… Pourtant, Schlick n’était même pas israélite. Mais les intellectuels (communistes, savants ou artistes) étaient eux aussi pris pour cible…

 

J’ai voulu expliquer ici que le documentaire n’avait pas abordé ce sujet majeur, et que cela ne devait pas être oublié, parce que ça fait partie de l’histoire de Vienne. Le physicien viennois Ludwig Boltzmann fait lui aussi partie de l’histoire de Vienne, il est le fondateur de la physique statistique, un domaine passionnant. Les conceptions de Boltzmann ont exercé une influence décisive sur le positivisme logique du Cercle de Vienne, ainsi que sur Ludwig Wittgenstein qui reconnaîtra en Boltzmann l’une de ses influences principales.

La pensée du Cercle de Vienne, avec la nuance apportée par la contribution de Karl Popper, est un héritage qui a influencé la science moderne. C’est cette influence qui m’a orienté dans la philosophie des sciences, l’histoire des sciences, et l’épistémologie. C’est même à l’origine de mon intérêt pour les critères de la scientificité et le concept de réfutabilité, et même à l’origine de l’existence de mon blog, avec mon leitmotiv qui est l’exercice de l’esprit critique.

 

Comment un bon documentaire télévisé a t-il pu passer à côté de ce mouvement important que fut le Cercle de Vienne ? Qu’est-ce qui justifie cet oubli ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

Le catastrophisme, c’est du réchauffé

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