Les multivers et «l’univers mathématique»

En lisant cette prose, j’ai le sentiment de lire de la métaphysique ou de la science-fiction. L’outil mathématique va jusqu’à se confondre avec l’objet qu’il est sensé étudier. Personne ne semble se poser la question du critère de réfutabilité de cette «théorie» si cela en est une. Et la crédibilité de cette théorie repose sur quelles observations ou quelles expériences ? Est-il même possible de la vérifier par des observations afin de pouvoir invalider la théorie si celle-ci est fausse ?

Comme un internaute l’a bien formulé : «la physique ne considère que le mesurable et le démontrable.»  Je suis aussi de cet avis.

Que valent des spéculations indémontrables, irréfutables, inquantifiables ? C’est de la science-fiction, de la métaphysique, de la philosophie platonicienne ou du mysticisme. Que voulez-vous que ce soit d’autre ? Ce n’est donc plus de la science, parce que c’est en-dehors de la méthode scientifique. Nombre d’entre nous le savent avec bon sens. Pour d’autres, ce n’est pas si clair que ça…

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  • « La qualité d’une expérience se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. »
  • « Oser savoir en utilisant sa raison critique c’est le fondement de notre modernité, cela reste la condition de son avenir.» (Emmanuel Kant)
  • « Seul a un caractère scientifique ce qui peut être réfuté. Ce qui n’est pas réfutable relève de la magie ou de la mystique. » (Karl Popper)
  • « Une théorie est scientifique si et seulement si elle susceptible d’être réfutée ; elle n’est pas vraie, mais tout au plus admise provisoirement. » (Karl Popper)
  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître. » (Bertrand Russell)
  • « La nausée métaphysique nous fait hoqueter des pourquoi. » (Jean Rostand, biologiste, 1894-1977)

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

On saura bientôt à quoi ressemble la planète Pluton

Le matin du 14 juillet 2015, la sonde spatiale New Horizons de la Nasa devrait passer «relativement» près de Pluton et en photographier la surface pour la première fois ! La sonde spatiale, qui a quitté la terre en janvier 2006, parviendra à destination dans un an.

J’ai déjà hâte d’examiner les premières photos.   ^^

 

 

La fréquence des ouragans en augmentation depuis 10 ans ?

Vu dans un magazine TV :

freq-ourag

La phrase suspecte dans le synopsis de l’émission TV :  «Face à ces catastrophes (les ouragans) dont la fréquence ne cesse d’augmenter depuis dix ans…»

La fréquence des ouragans augmente t-elle ?

Pas d’après ce graphique de Météo-France, fondé sur des observations :

EvolCycl_89_2009-1

L’activité cyclonique dans le monde est factuellement stable sur 20 ans dans son ensemble, entre 1989 et 2009, malgré les fluctuations. Cela dément l’affirmation selon laquelle la fréquence aurait augmenté depuis 10 ans.

Puis là non plus je n’observe pas de tendance statistiquement significative, ça a toujours fluctué :

ourag

Autrefois, les scientifiques disposaient de moins de données que maintenant. Autrefois il n’y avait pas de satellites météo. Comme maintenant nous savons tout ce qui se passe dans le monde en temps réel avec le journalisme moderne, c’est un biais statistique de croire à une augmentation de la fréquence des ouragans sur des décennies, alors que c’est la quantité de données qui a augmenté.

Je me souviens d’un graphique publié par le magazine "Science et Avenir" il y a quelques mois, ça représente la fréquence de tempêtes en France sur une période de 50 années, montrant qu’il n’existe aucune tendance à l’augmentation, il faudra que je le retrouve.

Concernant le graphique de NOAA ci-dessus, je relève les nombres d’ouragans entre 1944 à 2012, afin de vérifier les statistiques, je rééditerai ultérieurement le présent article pour ajouter ce que j’ai pu trouver.

D’après la courbe de la NOAA, de 1950 à 2009, il se produisit 6,15 ouragans par an en moyenne. Prétendre que la fréquence des ouragans par décennie a augmenté en apparence depuis 1970, c’est oublier aussi le fait que cette fréquence par décennie a baissé sensiblement entre 1950 et 1970. Pourquoi ? Mécanisme climatique inconnu ? Cela peut être dû par la distribution aléatoire de ces phénomènes, avec des périodes de creux et des périodes de pics soudains. Puis pour parler de fréquence d’ouragans supérieure à la moyenne, je fais remarquer que sur la période 1950-2009, le nombre annuel d’ouragans dont le nombre est supérieur à la moyenne : il y en a autant entre 1985 et 2009 qu’entre 1950 et 1985. Environ 42% de chance pour que le nombre d’ouragans pour une année donnée soit au-dessus de la moyenne (donc 58% en-dessous ou égal à la moyenne).Il y a statistiquement environ 1 chance sur 500 pour qu’il n’y ait aucun ouragan lors une année donnée, 1% de chance pour qu’il y en ait un par an, 4% pour qu’il y en ait 2 par an, l’optimum est atteint avec 16% de probabilité pour qu’il y ait 6 ouragans par an, et il y a environ 1 chance sur 2500 d’avoir 16 ouragans par an (possible, par le hasard).

En comparant la courbe de la NOAA ci-dessus avec les statistiques de la page suivante : http://www.recordmeteo.com/hurricanes/hurricanes-by-year.php?lang=fr j’ai constaté quelque chose : j’avais dit plus haut que la moyenne est de 6,15 ouragans par an pour la période 1950-2009 (soit 6 décennies), j’ai alors remarqué que la moyenne est de 6,2 ouragans par an pour la période 1851-2011 (c’est-à-dire en y ajoutant un siècle avant 1950). Il semble que la moyenne ne change pas.

 

Si l’on peut déduire des informations à partir des données observationnelles, en revanche c’est différent avec les simulations informatiques qui suggèrent, et sans preuve observationnelle afin de comparer, que la fréquence des ouragans sera multiplié par 10 d’ici 2050 à 2100… Voir l’image ci-dessous :

frquence-ouragan-tempratures_thumb

L’outil informatique est intéressant mais il ne faut pas trop s’y fier. On a vu ce que cela a produit vers 2008 lors de la crise des subprimes, quand on a trop fait confiance aux modèles informatiques pour prédire les marchés boursiers…

Même si moi-même je fais de la programmation informatique pour suppléer aux mathématiques, je sais qu’il faut se méfier des données générées par un ordinateur.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

Les roux menacés d’extinction à cause du réchauffement climatique ?

Originally posted on jpcmanson:

Article mis à jour le 21 juillet 2014

On ne critiquera jamais assez l’impact des médias sur le public.

Je vais montrer comment on fait pour débusquer des infos bidons sur Google. Une des phrases introductrices les plus fréquentes dans le journalisme est la suivante : «Selon une étude» ou «D’après une étude». Car pour les journalistes, citer une étude soi-disant scientifique, ça fait toujours vachement plus sérieux à montrer aux lecteurs afin de mieux les hameçonner.

Dans Google, je tape la recherche suivante :  "(selon|d’après) une étude".

J’explore les résultats de Google, et je tombe sur des pages ayant ce titre : «Les roux en voix d’extinction» ou «Les roux menacés par le réchauffement climatique». Voila un titre suspect. Je vous l’annonce dès maintenant : c’est de la désinformation. Les médias britanniques semblent promouvoir ce genre d’inepties, et le reste des médias répandent ces salades sans rien…

Voir l'original 1 414 mots de plus

Combien d’amis pour fêter au moins un anniversaire par jour ?

 

Combien faut-il d’amis (sur Facebook par exemple) de façon à fêter au moins un anniversaire tous les jours de l’année ?

Formulé autrement : combien faut-il d’amis de façon à n’avoir aucun jour sans anniversaire à fêter ?

J’ai conçu un programme en langage Perl, et je trouve un résultat analogue à celui du blogueur.

 

Code source du programme Perl :

#!/usr/bin/perl

$zeroanniv = 0;
$liste = "";
for ($friends = 1; $friends <= 100000; $friends++)
{
$bday = 1 + int(rand(365));
$liste = $liste . " " . "$bday";
for ($test = 1; $test <= 365; $test++)
{
$pos = index($liste," $test");
if ($pos < 0)
{
$zeroanniv++;
}
} # end for T
print "$friends amis :: $zeroanniv jour(s) sans anniversaire \n";
if ($zeroanniv == 0)
{
exit();
}
$zeroanniv = 0;
} # end for F

J’ai exécuté le programme plusieurs fois, j’ai noté le résultat (le nombre d’amis de façon à ne plus avoir de jours sans anniversaire). J’ai pris comme hypothèse que les dates d’anniversaire sont équiprobables entre elles (les naissances ayant lieu tel jour au hasard a priori).

D’après mes résultats, il faut 2568 ± 525 amis pour avoir au moins un anniversaire à fêter chaque jour. Avec un intervalle de confiance de 95%, il faut entre 2242 et 2893 amis.

Le blogueur a apparemment utilisé une équation de probabilités pour obtenir son résultat. Moi-même, j’ai utilisé une fonction aléatoire (genèse aléatoire de jours d’anniversaire, énumérés entre 1 et 365 selon le rang du jour dans l’année). Ce qui est certain, c’est qu’au-delà de 3000 ou 4000 amis, il n’y a plus un seul jour dans l’année sans anniversaire.

 

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© 2014 John Philip C. Manson

 

La croissance inquiétante de la science pathologique

Au sujet de la science pathologique, je vous recommande de lire ces textes :

 

Pour résumer :

 

Les symptômes de la science pathologique peuvent être résumés de la façon suivante (extrait de Physics Today, octobre 1989) :

 

  1. L’effet maximal observé est produit par un agent causatif d’intensité à peine perceptible, et l’importance de l’effet est substantiellement indépendante de l’intensité de la cause.
  2. L’effet a une importance qui demeure à la limite de la détectabilité, ou bien, plusieurs mesures sont nécessaires en raison de la très faible signification statistique des résultats.
  3. Une très grande exactitude est revendiquée.
  4. Des théories fantastiques contraires à l’expérience sont suggérées.
  5. On répond aux critiques par des excuses improvisées, inventées sous l’impulsion du moment.
  6. Le ratio des supporteurs par rapport aux critiques augmente jusqu’à près de 50 %, puis chute graduellement et tombe dans l’oubli.

 

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L’enseignement de la programmation au primaire

Les décisions en matière de pédagogie montrent que certains sont déconnectés de la réalité…

Les élèves de l’enseignement primaire auront beaucoup de mal à coder, car pour coder il faut avoir des notions de base suffisantes. À part les élèves, est-ce que les enseignants sauront maîtriser eux-mêmes les subtilités de la programmation ?

Quand j’étais à l’école primaire, rien ne me prédisposait aux mathématiques, c’était même un sujet d’angoisse pour moi. Mais le temps m’a permis de m’intéresser aux mathématiques, il faut du travail et de la patience, j’ai ainsi pu suivre des études universitaires de maths (DEUG).

Mais ce que je pense, c’est que si j’avais eu l’occasion d’apprendre à coder, à faire de la programmation, dès l’école primaire, je pense que cela aurait eu l’effet inverse de ce qu’espèrent les enseignants : enseigner une chose beaucoup trop tôt peut dégoûter définitivement les jeunes des mathématiques et de l’informatique… C’est prendre le risque que les jeunes soient davantage fâchés avec les maths et l’informatique. Leur infliger cela, c’est comme leur faire subir une peur chronique de l’eau par peur de s’y noyer.

Heureusement que ma patience m’a fait aimer les maths. Mais les méthodes pédagogiques me laissent dubitatif. Du code au primaire, mais aussi une réforme qui consiste à fusionner des régions françaises, etc, je n’y comprends plus rien, ça devient n’importe quoi, l’impression qu’on se moque de nous…

Les décisionnaires ont-ils déjà vu à quoi ressemble un langage informatique ? J’ai débuté avec les langages C++ et Q-Basic. Je maîtrise les langages Python, Perl et C, mais j’ai du mal à assimiler le code assembleur (asm). Savent-ils de quoi ils parlent à propos du code ? Ont-ils essayé eux-mêmes ?

 

Pour apprendre à coder, il faut :

  • savoir lire (l’anglais est fréquent dans les langages de programmation, mais le langage Pascal est en français)
  • savoir écrire (notamment sans faire de fautes, afin que les instructions de code puissent fonctionner)
  • savoir compter (et notamment savoir résoudre des exercices de maths de façon à les transposer sous forme de code à partir d’un algorithme conçu)
  • avoir une mémoire visuelle et une intelligence visuo-spatiale (il faut être capable de visualiser mentalement un concept de programme afin de pouvoir l’écrire)

N’importe qui n’est pas codeur qui veut. Il faut être motivé, il faut aimer ça, il faut beaucoup de pratique pour apprendre, être notamment rigoureux, et il faut surtout maîtriser les bases élémentaires pour pouvoir être capable de coder.

Exemple de code en PHP :

php

 

Apprendre à coder, c’est utile pour ceux qui suivront des études en mathématiques ou en physique, en ingénierie ou pour la création de jeux vidéo, ou le développement PHP de sites internet. Mais pourquoi à ceux à qui cela ne servira jamais plus tard ?…

 

Tiens, et si on faisait passer le permis Poids-Lourd à des gamins de l’école maternelle ?

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© 2014 John Philip C. Manson

 

Étude d’un exemple d’équivalent-CO2 (suite)

J’ai reçu aujourd’hui le nouvel annuaire téléphonique (Pages jaunes). À l’intérieur, une rubrique promeut les progrès réalisés en économie de papier en faveur de l’environnement : vrai, les pages sont composées de papier recyclé, l’annuaire est moins large, et il pèse significativement moins lourd qu’auparavant.

 

L’année dernière, l’annuaire de la Poste équivalait à 2,3 kg de CO2. En 2014, il équivaut à 2 kg de CO2.

L’an dernier, j’avais établi la preuve que la combustion d’un annuaire des pages jaunes équivaut à la production de 1,4 kg de CO2. Mais pas 2,3 kg. Je trouvais une différence inexpliquée de 900 grammes.

Cette année, il se passe un truc intéressant, ça va compléter ma petite enquête de chimie quantitative. J’avais pesé l’annuaire l’an dernier, mais j’ai aussi pesé le nouvel annuaire récemment reçu. L’annuaire de 2013 pesait 860 grammes. En 2014, le nouvel annuaire pèse 780 grammes. La pesée prouve que la masse de l’annuaire a baissé de 9,3% depuis l’année dernière. On peut constater qu’à ce niveau, de réels efforts sont entrepris pour réduire les masses de papier, c’est un bienfait. Or cette pesée (via la variation de masse d’une année à l’autre) va se révéler essentielle pour évaluer la crédibilité de ce qu’on appelle l’empreinte carbone.

En bref, on a vu que des efforts réels sont effectués pour le respect de l’environnement. Mais au niveau des calculs en ce qui concerne l’équivalent-CO2, c’est une autre histoire…

En thermodynamique et en chimie quantitative, nous savons que la quantité de dioxyde de carbone qui est émise par combustion est proportionnelle à la masse de papier que l’on aura brûlé. Pour être clair : l’annuaire de cette année est moins lourd, donc il émettra moins de CO2 que l’annuaire de 2013 si l’annuaire de 2014 était brûlé. C’est logique.

En 2013, j’avais montré que la combustion de 860 g de cellulose (soit la masse de l’annuaire de 2013) avec 1019,26 g de dioxygène, cela produit 1401,48 g de CO2 et 477,77 g d’eau.

Dans le cas de l’annuaire de 2014 qui pèse 9,3% de moins que l’annuaire de 2013, on applique un coefficient : on divise par 1,10256 ou bien on multiplie par 0,90698. Ainsi, on fait réagir par combustion 780 g de cellulose avec 924,45 g de dioxygène afin de produire 1271,11 g de CO2 et 433,33 g d’eau.

Or, l’annuaire indique que cette année, en 2014, un annuaire équivaut à 2 kg de CO2. La combustion montre que 780 g d’annuaire libère à peu près 1,27 kg de CO2, pas plus. Ce qui fait une différence massique de 729 g en 2014. Et c’était une différence de 900 g en 2013.

D’où provient cette différence massique inexpliquée ? Le transport des annuaires avec des véhicules motorisés émetteurs en CO2 ? Chaque année, et d’une année à l’autre, je présume que c’est le même nombre d’annuaires qui sont distribués : grosso modo 10 à 20 millions d’annuaires comme estimation approximative, à mon avis. Or comme le nombre d’annuaires distribués reste sensiblement le même, leur transport via les véhicules motorisés (et émetteurs de CO2) reste quantitativement le même. Or de 2013 à 2014, la différence massique est en diminution, elle n’est pas constante. Ou alors, moins d’annuaires sont distribués (-19% apparemment) et des abonnées n’en recevraient pas ?

La question est simple : comment expliquer la différence massique observée entre la combustion chimique de la cellulose et l’équivalent-CO2 ; et comment expliquer la variation de cette différence de 2013 à 2014 ?

 

Pour terminer, à la page 5 de l’annuaire de 2014, et donc à la même page que ce que j’ai dit plus haut, il y est mentionné qu’une lessive réalisée avec une machine à laver équivaut à 850 g de CO2.

Comme on sait qu’un kWh d’électricité équivaut (en France) à environ 90 g de CO2 émis par les centrales à charbon, et si l’on suppose qu’une lessive nécessite une heure de lavage, mon calcul indique que la puissance électrique moyenne de la machine à laver est de l’ordre de 9,4 kilowatts, ce qui est une valeur bien trop élevée pour être crédible…

On est paumé avec le concept d’équivalent-CO2, c’est abscons, évasif, on est dans le flou… Pourquoi ne pas utiliser des unités de mesure plus concrètes et plus accessibles à l’entendement comme le Joule, voire le kilowatt-heure ?

 

© 2014 John Philip C. Manson

 

Travailler protège t-il contre la maladie d’Alzheimer ?

Je cite :

«Selon une étude publiée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le fait de travailler plus longtemps réduirait les risques de contracter la maladie d’Alzheimer. Menée sur plus de 400 000 retraités, cette étude a démontré qu’une année supplémentaire d’activité professionnelle diminuerait de 3% les risques de développer cette maladie. C’est la première fois qu’un lien significatif est établi entre un départ plus tardif en retraite et la diminution des risques d’Alzheimer.»

Une étude statistique sur 400 000 personnes, l’échantillon est quantitativement satisfaisant, c’est déjà ça. Mais je conserve du recul par rapport aux résultats de cette étude.

Est-ce par le fait qu’on travaille plus longtemps qu’il y aurait une prévention contre la maladie d’Alzheimer ? On pourrait cependant considérer l’hypothèse en inversant la causalité : seuls ceux qui conservent leur santé peuvent continuer à travailler, la maladie contraint les gens à arrêter leur activité.

Puis 3% de risques en moins pour une année supplémentaire, c’est assez restreint comme gain.

L’effet que l’annonce a fait sur moi, c’est que certains suggèrent que nous devrions travailler plus longtemps. Il y a une bonne raison pour cela : la population vieillit, il y a de plus en plus de seniors et de moins en moins d’actifs, et il devient de plus en plus difficile de payer les retraites aux retraités. Il est sûr qu’en ce qui me concerne, je ne dois espérer toucher une retraite décente quand cela arrivera, et je pense que je vais devoir continuer mon activité professionnelle au-delà de l’âge de la retraite. Le travail est le seul moyen d’avoir des revenus suffisants. Les seniors retraités, j’en connais nombre qui vivent seuls (divorcés ou veufs) et dans la précarité, le plus souvent avec des problèmes de santé dus à la vieillesse.

L’autre jour, j’avais évoqué mes statistiques sur une ville française de 5000 habitants : dans cette ville, l’âge moyen du décès est de 77 ans (hommes et femmes confondus), ce qui suggère en apparence que nous vivons assez longtemps, mais quand on tient compte de la marge autour de l’âge moyen de décès, j’ai pu observer que le taux de mortalité devient significative à partir de l’âge de 50 ans (cancers, crises cardiaques, AVC, maladies professionnelles, accidents, suicides, etc…). Ce n’est pas très rassurant…

Il y a une forme d’ironie quand on nous incite de travailler plus longtemps. En effet, dites à des ouvriers de travailler plus longtemps dans une usine d’amiante, par exemple… Comme cela augmentera la mortalité par cancer des poumons, c’est sûr que les ouvriers mourront du cancer avant d’avoir eu le temps d’être atteints d’Alzheimer… Continuer à travailler en tant que profession libérale ou comme patron, c’est moins contraignant qu’en tant qu’ouvrier, c’est clair. Vous croyez que des maçons pourront continuer à travailler dans leur métier où les conditions sont pénibles ? Je connais des travailleurs du BTP qui, une fois ayant atteint le cap de la cinquantaine, se plaignent de douleurs chroniques, comme les lumbagos et les douleurs articulaires, c’est fréquent, et cela les rend inaptes à continuer leur travail. Quand ce sont des salariés, ils sont indemnisés quand ils sont en arrêt de travail. Mais des entrepreneurs freelance qui bossent seuls dans certains métiers pénibles, eux ils n’ont pas le statut de salariés, et tout arrêt de leur entreprise est très préjudiciable pour leurs revenus… Voila, c’est ça que je tenais à faire remarquer.

Travailler plus longtemps ? Comme patron en commandant une équipe, ou comme fonctionnaire, sans doute… Pour les métiers pénibles, entendre la suggestion selon laquelle il faudrait prolonger l’activité alors qu’il existe des travailleurs usés et éreintés, c’est se foutre du monde. Puis là en ce moment, en ce mois de juillet 2014, le temps tend à la canicule, il fait plus de 30°C au moment ou j’écris cet article : essayez d’imaginer les conditions de travail des maçons en ce moment, ils en chient, s’ils sont jeunes ça ira à peu près, mais s’ils bossent encore dans des chantiers de maçonnerie à 65 ou 70 ans c’est inhumain pour eux.Voila, quoi.

Je ne conteste pas l’étude de l’INSERM, mais je la trouve assez ironique. Autre chose à faire remarquer, c’est que les seniors qui prolongent leur activité professionnelle, ça ôte les chances des jeunes qui espèrent trouver un travail un jour, car en effet les seniors prennent la place des jeunes… Mais trouver un travail en tant que salarié, ça devient plus rare que de gagner le gros lot à la loterie : il n’y a pas de travail ni pour les jeunes ni pour les aînés.

 

Pour terminer, en ce qui concerne le cerveau humain, mieux vaut continuer à s’en servir et l’entretenir. En effet, le cerveau s’use et perd ses capacités si on ne s’en sert pas. Il faut toujours s’occuper à tout âge, même en prenant la retraite, il faut s’occuper l’esprit. Mais je suis sceptique quand j’entends dire que l’on pourrait prévenir la maladie d’Alzheimer en gardant une vie active… Même avec de la bonne volonté et une bonne hygiène de vie, on ne peut pas empêcher l’apparition des maladies liées à la sénescence.

Autre info : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/retraites-contre-alzheimer-il-faut-travailler-plus-longtemps-17-07-2014-1846844_57.php    D’après ce site, «Cinq ans de travail en plus réduisent le risque de 15 %», ce qui confirme mon calcul du risque d’Alzheimer.

Je définis le risque maximum d’Alzheimer à 1, valeur du risque dans le cas où l’on prend immédiatement la retraite sans continuer à travailler.

Voici l’équation d’évaluation du risque, d’après mes calculs, à partir des données :      y(x) =  1 – (0,97)^x   

Avec x = le nombre d’années supplémentaires de travail, et y(x) le degré de risque d’Alzheimer), égal à 1 en l’absence d’années de travail en plus, et inférieur à 1 pour x supérieur à 0.

Avec 5 ans supplémentaires, on a environ 15% de risques en moins d’avoir la maladie. Mon calcul indique qu’avec 10 ans de travail en plus, ça réduirait le risque de 26%.

Mais la quantification du risque a ses limites. Dix ans de travail supplémentaire, ça correspond à prendre sa retraite à 72 ans au lieu de 62 ans. Plus on ajoute des années de travail, moins c’est crédible de prétendre qu’on amoindrit le risque d’Alzheimer, car lorsque l’on s’approche de l’âge critique moyen de décès (espérance de vie), les individus finissent par mourir (qu’ils soient retraités ou encore au travail). De plus, si on choisit d’être optimiste, alors si on fait 15 ans de travail en plus, on réduirait le risque d’Alzheimer de 37% environ, ce n’est qu’un bénéfice assez partiel, le reste de la population n’est pas épargné par la maladie, et le pire c’est que 15 ans de travail en plus c’est avoir atteint l’âge moyen de décès (77 ou 78 ans)… N’aurait-on pas de meilleurs résultats avec l’effet placebo ?

 

Je pense qu’on devrait mettre au point un médicament (ou même plusieurs) pour traiter la maladie d’Alzheimer, c’est le meilleur moyen de combattre cette terrible maladie. Le travail comme thérapie ? Pfff, n’importe quoi…

Je ne suis pas le seul à douter de l’annonce de l’INSERM, comme l’indique ces exemples de témoignages ci-dessous :

lepoint

Moi-même j’avais un grand-oncle qui a bossé toute sa vie comme entrepreneur en maçonnerie, cela ne l’a pas empêché de mourir de la maladie d’Alzheimer, malgré qu’il ait été longtemps actif. Mon grand-père maternel, lui, qui a pris sa retraite à 60 ans il y a déjà longtemps, n’a pas Alzheimer, et il est toujours vivant (je prévois le champagne s’il devient centenaire).

Le travail c’est la santé, prendre sa retraite c’est la conserver !

J’ajouterai même que le travail rend cinglé, surtout quand les entrepreneurs se demandent quotidiennement comment ils vont s’en sortir quand on voit comment ils sont écrasés de charges… On devrait comparer la durée du travail et le taux de suicide, pour voir si c’est lié. Chiche ?

 

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© 2014 John Philip C. Manson