Analyse critique de Projet S

  • Initialement publié le 11 octobre 2011 dans mon premier blog désormais disparu, cet article est restauré dans mon blog actuel le 29 janvier 2013.

CRITIQUE DE PROJET S

Bien avant l’avènement d’Internet, vers 1990, la jeunesse s’informait (et s’informe toujours) via des magazines dédiés à la vulgarisation scientifique pour la jeunesse et via des cassettes vidéo. C’est le cas de Projet S, un ensemble de fiches perforées organisées en catégories et reliées dans un classeur, et dont les sujets concernent l’actualité scientifique entre 1985 et 1990.

De nos jours, les supports d’information ont évolué : on est désormais à l’ère d’internet, du géant Google (je suis un adepte assidu et inconditionnel de ce portail) et des DVD.

Ayant retrouvé le classeur de Projet S environ 21 ans plus tard, je constate un contraste culturel frappant entre l’époque où je lisais comme une éponge tout ce qui me tombait sous la main et l’époque actuelle où rien ne résiste à mon analyse critique acérée…

Si l’ensemble des fiches de Projet S sont pertinentes à l’égard des faits, il existe un certain nombre de contre-exemples qui valent d’être cités dans le présent article. Vous allez comprendre toute la saveur de l’esprit critique et son utilité indispensable.

AuraMan

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  • Dans cette image qui illustre une page de Projet S, relative à la biologie, l’effet Kirlian est présenté comme un phénomène qui tient du mystère alors qu’il est expliqué complètement : c’est un phénomène d’ionisation des molécules d’eau, nommé effet corona. Ainsi, l’image de Projet S fait du tort à la science, parce qu’elle donne une crédibilité illégitime aux guérisseurs et au charlatanisme. Cette dérive regrettable est le fait de l’ignorance ou de la croyance, c’est un manque de rigueur objective. Cela démontre qu’on doit faire attention à ce qu’on lit car les lecteurs ne sont pas à l’abri des erreurs (voir ici, car lien précédent mort, new link : http://jpcmanson.wordpress.com/2011/12/03/les-encyclopedies-sont-elles-sans-erreurs-et-infaillibles/).

ClimateSystem


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  • Dans la première image, le climat futur est conjecturé et présente deux options: une nouvelle ère glaciaire ou un réchauffement. En effet, il y a 20 ans et des poussières, on n’entendait pas parler du réchauffement climatique anthropique, en tout cas, absolument pas avant 1988. L’image de Projet S semble suggérer des causes naturelles, à l’époque, pour parler de changement futurs. Mais le problème ici, si je vous présente cette image, ce n’est pas à propos des causes. Dans la troisième vignette de l’image, à droite, il est écrit que si la Terre se réchauffe, les calottes glaciaires fondraient, et causant une montée des eaux. Voila le problème : la fonte des glaces polaires (flottantes, surtout en Arctique) ne peuvent absolument pas élever le niveau de la mer à cause du principe d’Archimède (voir plutôt ici, bien plus complet : http://jpcmanson.wordpress.com/2013/01/25/les-icebergs-flottants-ne-font-pas-varier-le-niveau-des-mers-en-fondant/).Ce qui ote de la crédibilité scientifique à l’image. Pour la seconde image, même remarque que précédemment.

evoluted

Paranormal


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  • Dans cette page singulière, tordre les cuillères n’est pas bien difficile quand ces ustensiles sont composés d’alliages métalliques à mémoire de forme et qui se tordent comme par magie quand la température de la main réchauffe ces objets. Ensuite, le pouvoir des sourciers ou radiesthésistes est mis à mal par l’expérimentation scientifique. La page d’où est issue l’image parle du scepticisme des scientifiques, heureusement.

SubmarineCities


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  • Une vue d’artiste sur le futurisme imagine des cités sous-marines. Ne vaudrait-il pas mieux de ne pas toucher à la mer ? Même les utopies rêvent de transformer la planète en poubelle… Le futurisme est une sorte de fantasme idéologique fondé sur l’obsession d’un progrès illusoire de la technologie. Le futurisme est une recherche du bien-être, l’illusion que tout sera mieux dans l’avenir. La technologie est certes utile, mais elle ne doit pas déshumaniser l’esprit humain ni le remplacer. Il faut rester réaliste et lucide. À quoi sert-il de créer et construire des choses très coûteuses alors que le monde géopolitique est frappé par la crise, à quoi ça sert si l’on ne s’occupe pas de certaines priorités graves sous-jacentes, comme la progression de l’illettrisme, le déclin des vocations dans les voies scientifiques. Ce que je constate c’est que plus on s’enfonce peu à peu dans le virtuel et le technologisme, les individus se déshumanisent, ils ne communiquent plus vraiment entre eux, prisonniers qu’ils sont dans leurs illusions. La plupart des jeunes sont coupés des réalités de la vie : nombre d’entre eux n’ont jamais vu pousser une fraise, ni caressé un poussin, ni même observé la lune dans un télescope… La vie n’est pas dans la poubelle qu’est devenue la télévision.

superbrain

  • Sur l’image ci-contre (cliquer pour agrandir), le futurisme conçoit l’homme du futur comme étant une intelligence supérieure. Ici encore, l’évolution génétique est présentée comme déterministe, en prédisant le développement des lobes frontaux. C’est risible, entre l’envie d’en rire et celle d’en pleurer… Comme je l’ai dit plus haut : l’évolution est entièrement aléatoire, elle est un mécanisme imprédictible. Mais il y a pire dans l’image : le texte promeut des croyances irrationnelles que sont la télépathie et la télékinésie, qui n’ont aucun fondement scientifique. C’est ici un cas manifeste de science fictive et de pseudo-science, et cela n’a rien à faire dans des documents spécialement conçus pour la vulgarisation scientifique.

Future_is_Terminator


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  • Dans l’image ci-contre, le futurisme présente l’avenir comme entièrement mécanisé et dominé par des robots performants. Un bel avenir ? Je n’en suis pas convaincu. Si les robots remplacent complètement l’homme, il n’y aura plus besoin d’ingénieurs, d’ouvriers, d’artisans, c’est tout la fin d’une économie qui apparaît, avec un lot de troubles : des révoltes populaires à cause de la progression extrême du chômage. Les métiers foutent le camp. Et si les gens sont sans emploi, avec quel pouvoir d’achat achèteront-ils les objets fabriqués par les machines ? Le futurisme est une utopie : c’est un acte de foi dans l’émerveillement pour la technologie, mais qui est aveugle face aux réalités humaines et aux facteurs économiques. Le futurisme est de la science fictive.

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  •  L’image prétend que des américains ont résolu le problème de la famine… Aucune source n’est citée, l’affirmation n’est pas sûre.  La solution des américains, selon l’image, est de produire des vaches de 4,5 tonnes. Cela explique peut-être la progression des problèmes d’obésité de la population aux USA (vaches aux hormones ou transgéniques…). Mais que la vache pèse 100 kg ou 6 tonnes, ça ne résout pas le problème de la famine en Afrique par exemple, en effet, comment nourrir et abreuver les vaches géantes s’il n’y a rien à manger (il faut chaque jour 70 kg de végétation et 80 litres d’eau minimum pour assurer les besoins d’une seule vache)

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Dans cette image ci-dessus, c’est affirmé que 57 mégatonnes de puissance nucléaire équivaut à un radiateur qui fonctionne pendant 9 ans… Mais sachant qu’une kilotonne égale 4,184×10¹² J, alors 57 mégatonnes égalent 2,38×10¹⁷ J. Pour que l’égalité entre l’énergie nucléaire et le radiateur soit respectée, il faudra que ce radiateur ait une puissance électrique de 878 MW (mégawatts), alors qu’un radiateur ordinaire a une puissance d’environ 2 kW (kilowatts) seulement. Bref, l’affirmation dans l’image est complètement erronée.

BILAN :    Sans esprit critique, n’importe quel jeune gobe tout ce qui est écrit dans les revues de vulgarisation, en pensant que toutes les informations écrites sont toutes valables. Il existe plusieurs degrés de vulgarisation scientifique : par degré de pertinence décroissant, cela va des magazines les plus sérieux et corrects (comme La Recherche, Pour la Science, Science Mag, Nature…) à des publications beaucoup moins respectueuses de la rigueur et des faits (comme certaines revues sur la science fictive et le paranormal). La gravité du contexte est d’autant plus forte quand il s’agit d’un mélange du vrai et du faux. Les spécialistes et les lecteurs habitués de la méthode scientifique ne se laissent pas prendre par l’écueil de la désinformation, mais les lecteurs lambda, bien qu’ayant un esprit curieux, ne sauront pas distinguer ce qui est objectivement établi de ce qui a été construit mensongèrement. Bref, ce que je veux dire, c’est que lire et boire des textes comme une éponge, et analyser rigoureusement des textes pour évaluer leur pertinence factuelle, c’est un énorme contraste. Le présent article est là pour témoigner de cette réalité : il n’existe pas de livres infaillibles, et tout doit absolument être analysé pour évaluation. Croire des textes sur parole c’est prendre un risque anticulturel, c’est se mentir à soi-même sans même le savoir. L’esprit critique est une recherche, non pas de la vérité, mais de l’élimination de ce qui est superflu et inutile, le rejet de ce qui est explicitement faux. Le travail du doute, c’est ça la science.

© 2011-2012-2013 John Philip C. Manson

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